I. Tîmée, Sg, d, trad. Martin
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diverses périodes séparément mentionnées, dans leTimée et dans le Phèdre. Peu importe la valeur qui doit être assignée à ce nombre, et qui est indiquée par la République en un langage fort énigmatique*. Ce qui nous intéresse ici c'est la signification que Platon y attache, je II y a, dit-il, des retours de fécondité et de stérihté pour les plantes qui naissent dans le sein de la terre comme pour Tâme et le corps des animaux qui vivent sur sa surface ; et ces retours ont lieu quand Tordre éternel ramène sur elle-même, pour chaque espèce, sa révolution circulaire, laquelle s'achève dans un espace ou plus court ou plus long, suivant que la vie de ces espèces est plus courte ou plus longue... Les générations divines ont une période qui comprend un nombre parfait; mais pour la race humaine il y a un nombre géométrique dont le pouvoir préside aux bonnes et aux mauvaises générations... »
Ainsi les phénomènes célestes et humains, dans leur universelle totalité, sont soumis à la loi d'un nombre. Cela ne surprend pas si Ton songe que les deux cercles primitifs qu'a formés l'âme du monde, aussi bien le cercle de Vautre, que le cercle du même, ont été construits dans des conditions qui préparent l'iiarmonie de l'univers. Platon en effet ne s'est pas contenté de
I. Rep., VIII, 546. Cf. J. Dupuis, Le Nombre de Platon, à la fin (Je la traduction de Théon de Smyrne. Hachette, Paris, 1893.
3l6 LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRÈCE
nous dire quelles essences composent Tâme du monde, qui donneront aux mouvements plus ou moins de régularité et d'uniformité; pour que son action soit harmonieuse, il nous montre le démiurge y découpant, pour ainsi dire, des parties dont le calcul se fait suivant certaines règles numériques déterminées, et qui finalement sont entre elles comme les nombres de la gamme musicale*. Ce passage exprime le sentiment très net qu'a Platon de l'intime connexité de l'harmonie musicale et de l'ordre intelligible des choses. Il se trouve confirmé par tous ceux où le rôle de la musique dans l'éducation de l'esprit est présenté avec tant d'insistance. Citons en particulier cette phrase du XIP livre des Lois, par laquelle Platon, après avoir rappelé qu'il y a dans les astres « une intelligence qui préside à tous les êtres )), déclare qu'on doit être versé « dans les sciences qui préparent à ces connaissances et qu'après avoir saisi le rapport intime qu'elles ont avec la musique, on doit s'en servir pour mettre de l'harmonie dans les mœurs et dans les lois ». La possibilité de comparer les rapports des nombres qui interviennent dans une circonstance quelconque à ceux que découvre l'harmonie musicale semble être pour Platon le gage le plus assuré de l'ordre et de l'équilibre. Qu'est-ce, par exemple, qui réalisera dans l'Etat l'équilibre idéal des
I. Tiinée, 35, 36. Cf. le commentaire de Th. Martin, note xxiii.
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trois classes qui représentent Tune la prudence, Tautre le courage, la troisième la tempérance? Ou qu'est-ce qui unira dans Tindividu, de la façon la plus solide et la plus stable les trois parties de l'âme qui répondent à ces vertus? C'est la justice, or la justice est une sorte d'harmonie de ces parties. (( Elle veut, dit Platon (quand il la considère chez l'homme) que d'abord l'homme pose bien à chacune des parties de l'âme les fonctions qui lui sont propres, qu'il prenne le commandement de lui-même, et qu'il établisse en soi l'ordre et la concorde; qu'il mette entre les trois parties de son âme un accord parfait, comme entre les trois tons extrêmes de l'harmonie, l'octave, la basse et la quinte, et les autres tons intermédiaires, s'il en existe; qu'il lie ensemble tons les éléments qui le composent, et, malgré leur diversité, qu'il soit un, mesuré, plein d'harmonie... * )).
Cette sorte d'équilibre idéal que Platon trouve ainsi réalisé d'une façon toute spéciale dans l'accord parfait de l'harmonie musicale, résulte plus généralement à ses yeux d'une proportion convenable des parties. Il faut que chacune d'elles intervienne en quantité suffisante, mais qui ne dépasse pas la juste mesure. La juste mesure, le milieu entre le trop et le trop peu, c'est la une notion qui pour Platon joue partout un très grand rôle.