‹ Les philosophes salariésChapitre 10 sur 36 · U^ LA SCIENCE DE M. COUSIN · texte numérisé non relu

U^ LA SCIENCE DE M. COUSIN

stance universelle de TUn était panthéiste; M. Cousin a rétracté ses passages des Fragments philosophiques sur la substance. Le second terme du rapport (la cause) impliquait la supposition que TUn, que Dieu était éternellement et nécessairement Créateur, attendu que là substance est inséparable de la qualité et la qualité inséparable de Taction (1). M. Cousin s'est rétracté sur cette nécessité éternelle de la création. Le troisième terme du fini et du multiple, par une conséquence irrésistible, était à son tour hétérodoxe. Si Tun était éternellement créateur, il en résultait que la création était éternelle , et la nature se trouvait contemporaine de Dieu. Ici encore M. Cousin s'est donné un éclatant démenti. Dans Tentrain de renseignement officiel, M. Cousin démontre l'existence de Dieu par la célèbre preuve des causes. Nous sommes forcés, dit-il , de remonter de cause en cause; la série infinie de^ causes finies est contradictoire, on ne peut l'admettre ; il y a donc une cause infinie de la création, cette cause est Dieu. La série infinie des causes finies est donc absurde , l'éternité du monde est donc absurde , car elle suppose la série infinie des causes finies ; le monde a donc été crée dans le temps ; il y a donc eu une époque où la trinité éclectique n'existait pas, le troisième terme du multiple manquait, le second terme de la cause n'avait pas agi; la substance seule existait.

Incapable de se maintenir à la hauteur du panthéisme, M. Cousin n'est guère plus heureux quand il revient à la démonstration de l'existence de Dieu par la preuve vulgaire des causes. Si l'éternité du monde est contradictoire, si elle

(i) «P^otre Dieu, disait M. Cousin dans ses beaux temps, est à la fois » substance et cause, toujours substance et toujours cause, n'étant subit stance qu'en tant que cause, et n'étant cause qu'en tant que substance; » c'est-à-dire étant cause absolue , une et plusieurs , éternité et temps , » espace et nombre, essence et vies, indivisible en totalité, principe tin et » milieu, au sommet de l'être et à son plus humble degré , infini et fini w tout ensemble, triple enfin, c'est-à-dire à la fois Dieu, nature et humanité. • En effet, si Dieu n'est pas tout, il n'est rien. » Frag. phiios., préface, pag. :sxxviii*

LA VIE d'après m. cousin. /»9

suppose une série infinie de causes finies, cette contradiction est universelle. Le temps est éternel , et pourtant la succession des heures est finie ; l'espace est immense, et cependant les parties de Tespace sont finies. Pourquoi le monde ne seraif-il pas à son tour éternel et limité? Le Dieu créateur n'évite pas la contradiction. N'est-il pas infini? La nature n est-elle pas finie? Dieu et la nature pourraient-ils coexister sans se détruire mutuellement ? Pourquoi Dieu est-il sorti de son inaction pour créer le mondç? Pourquoi Fa-t-il créé tel jour, à telle heure, ni plus tôt ni plus tard? Pourquoi, la-t-il placé dans cette partie et non pas dans une autre partie de l'espace? Toute réponse subirait la contradiction du fini et de Tinfini , la contradiction des idées que Kant signalait; mais M. Cousin croit à la création, parce qu'il redoute l'antinomie de l'Eglise.

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