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CHAPITRE VI

lia ¥ie d'après M. Cousin.

La vérité toute seule n'a pas de sens; en se révélant, elle ne donne qu une science morte ; la raison qui l'affirme est indifférente à tout. Dès que la raison a distingué le vrai du faux, son rôle est fini; mais, parla vie, une révélation nouvelle s'ajoute à la révélation des choses, et tous les phénomènes acquièrent un sens. Le sens d'un drame n'est jamais ' dans l'intelligence, il. est dans la vie. Qui nous dit qu'un drame n'est pas fini au deuxième acte? Qui nous apprend qu'on ne peut baisser la toile avant la dernière scène? Ce n'est pas la raison , elle se borne à percevoir la vérité ; le drame reste vrai, quel que soit le point où il s'arrête. La vie seule nous fait sentir le défaut d'harmonie d'un drame interrompu. Tout, pour nous, est dramatique : la conversation, le discours, l'allocution; nos occupations de tous

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les jours, notre destinée tout entière, sont toujours conçues avec le sens du drame. On se développe par la lutte, c'estjà-dire parla provocation, par le combat, par le trioipphe; dès que la provocation est faite, la raison ne demande rien, la vie s^inquiète des suites. Esclave de la révélation des choses, la raison Test aussi de la révélation de la vie quand nous agissons. La vie pose le but, la raison se charge de l'atteindre : elle mesure nos forces , elle sonde la réalité , elle travaille tant que la vie lui impose le travail. C'est la vie qui organise la société; elle nous fait passer de religiojp en religion ; elle attache un intérêt aux vérités; elle protège les unes, elle préfère les autres; elle crée tout, même la science, puisqu'elle crée l'intérêl de la science. Pourquoi les modes vieillissent-elles? Quelle est la raison qui les, fait paraître surannées? Pour quel motif des livres qui ont fasciné toute une génération deviennent-ils tout à coup ennuyeux jusqu'au dégoût? Quel est le secret du ridicule, de l'enthousiasme, de la folie, de la poésie? La science de la vie seule peut répondife. Si noMS consultions la logique, les contradictions éclateraient au sein de la vie. Nous verrions aux prises la civUisatioii. et l'état sauvage sans trouver un motif de préférence. Nous ne saurions distinguer le sérieux du ridicule, le bon sens de la folie, l'enthousiasme du Relire. Heureusement la vie résout tous les problèmes de la vie, et on lui cède comme on cède à l'existence des choses extérieures.

M. Cousin reste étranger à la science de la^ vie ; il craint que le cœur ne batte trop vite, il craint que la vie ne cherche la vérité qu'il cache. La vie cherchç les religions ; elle les a créées, c'est pourquoi elles sont belles, ^léme lorsqu'elles ne sont plus vraies. La vie cherche leparadis sur la terre, l'harmonie possible entre les instincts de l'homme et la nature des choses, entre le bonheur et la vérite, entre l'inspiration et la réalité. La vie se repose dans chaque religion, comme si le problème était résolu; elle est païenne ou chrétienne, puis elle se renouvelle, elle

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change, elle déborde, elle appelle les révolutions, elle les réalise. La vie déjoue les calculs des pHiIosophes ; elle dépasse la république de Platon , les rêves des hommes de la Renaissance, les espérances de Rousseau. La vie est fatidique : chaque religion est le symbole de la religion qui doit la remplacer. Le judaïsme est la figure du christianisme; le christianisme est la figure de notre religion de l'humanité. Sondez lea mystères de la vie , dénombrez-les, aoalysez-les; vous verrez surgir un à un tou^ les problèmes évités par la science éclectique. Pomquoi l'homme se renouvelle-t-il? Pourquoi l'inspiration nous pousse-t-elle sans cesse vers Tinconnu? Pourquoi la magie de la beauté çonsacre-t-elle des cul tes qui n'ont été institués que par un calcul très positif, et souvent prosaïque? Quel est donc ce Dieu qui nous régénère, qui nous emporte, qui nous rachète sans cesse pour nous donner la royauté de la terre? Où naît le révélateur? à rusalem ou dans tous les hommes qui viennent dans ce monde? Quelle sera Theure de la rédemption? A-t-elle sonné au temps d'Auguste ou eu 89? La vie dit, la vie cherche ce que la science ignore. M. Cousin ne veut point Técouter.

Trois fois M. Cousin effleure le problème de la vie quand il dénombre nos instincts, quand il juge le mysticisme, et quand il parle de la spontanéité. Dans les trois cas , l'éclectisme s^arrête volontairement.

En dénombrant les instincts , M. Cousin prend le catalogue dressé par un disciple de Reid, Dougald Stewart; il l'abrège, et il l'adopte sans restriction. Il en est très satisfait (1). Comme Douf^ald Stewart, il compte treize instincts :• la faim, la soif, l'amour physique, la curiosité, la sociabilité, l'amour de l'estime, l'ambition, l'émulation, la parenté, l'amitié, le patriotisme, la pitié, le ressentiment. Ce dénombrement est-il exact? est-il définitif? est-il systématique? U est hostile à Locke, voilà tout; il résume une

(i) Fra^. philos.

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