‹ Les philosophes salariésChapitre 16 sur 36 · LK COURT(§AÎ · texte numérisé non relu

LK COURT(§AÎ

Elle peqt Pétrç.

LP PHILOSOPHE

ç 14^ spiritualité de Tâme est la coqdition « \ff ft^pd^qienl » pécess£)ire de Fimmort^iité de Fâme; la \q\ du lao^ite <^t « di^ démérite ep ^st la démonstration directe. ^

LE COURTISAN

Prenez-y garde, on se moquera de vous. Il y a le mal dans le monde : vous le voyez dans les famines, les pestes, les inondations; dans les tremblements de terre, dans la guerre, dans les révolutions, qui frappent llnnocent et iavoriseiit souvent le criminel. En observant le mal dsins le monde, pouvez- vous conclure que Dieu veut le bien? En

observant la mort, pouv^ez-vous conclure que nous sommes immortels? Ajoutez quelque chose à vos preuves.

LE PHILOSQPHE.

f> Qu^ de inotifs puissants s ajoiupnl à ces preuves pqur » les'fortifier dans nos cœurs! Toute chosfs a sa fip. Ce » principe est aussi absolu que celui qui rapporte tout évé- » uement à sa cause. »

LE COURTISAN

Saq3 doute , tqut a sa fiq , tout périt : le^ arbres, l^s ^qîipaqx , même les naoptagpes, '

Lf: PHII.0S0PHE.

» L'homme a donc uq^ fiu. Cet|e fin se révèle dans » tputes ses p^i^sées, dans toutes ses démarches , daqs tQus » ses sentiments,. dans loute sa vie, ^

h^ COURTISAN.

Sans doute, tout finit : nos pensée$, nos sentiments, lïQfre vie* Voilà ce qu'on vous dira. Je vous suis avec anxiété.

LB PHILOSOPHE

« Quoi que Thomme fasse, quoi qu'il sente, quoi qu'il » pense.... il pense à Tinfini , il aime à Tinfini , il tend à Tin- » fini.... Nous tendons à Tinfîni de toutes nos puissances. » La mort vient interrompre cette destinée , qui cherche un ^ terme; elle la surprend inachevée. Il est donc vraisem- » blahlf3 qu'il y a quelque chose après la mort, puisqu'à la » mort f ien n'est terminé. •

LE COURTISAN

Vous êtes inspiré par deux dieux, et je me prosterne devant Féquivoque du moljlnir. Je croyais qu'en observant que tout fimf, que tout c^ss^^ vous alliez sce|jer ups tombeaux ^ çt tout à coup le mot fin devient syuouyme de but, et yous nous faites ressusciter aux ç^mps Éjysées pour atteindre le but manqué du bonheur. Vous fiyez raison, moquons-nous du peuple, c'est le meilleur moyen de l'instruire. Puisque nous sommes en train de rire, voyons, que répondrez- vous quand on vous dira que toutes Tes destinées

s'interrompent mutuellement sur la terre? Lès animaux se dévorent les uns les autres, nous tuons les animaux; la vie se nourrit de la mort. Les germes s'étouffent les uns les autres ; il y a des myriades d'êtres qui meurent à l'état d'embryons, de fœtus, dans une extrême jeunesse, avant même de s'être formés. Que direz-vous?

LE PHILOSOPHE

« Un être qui demeure incomplet, inachevé, quin'at- » teint pas- la fin que tous ses instincts proclament, serait » un monstre dans l'ordre éternel , problème mille fois plus » difficile à résoudre que les difficultés qu'on rencontre à V propos de l'immortalité de l'âme. »

%E COURTISAN

Je vous serre la main ; Bacon , avec sa méthode d'observation, n'aurait jamais pu s'élever aussi haut.

LE PHILOSOPHE

ff I^a méthode d'observation , en Angleterre et en France, » n'a pu jusqu'ici que détruire sans rien fonder. Pourquoi? »< Par l'aveuglement de l'esprit de révolution , qui ne pou- » vait s'éclairer que par ses excès mêmes (1). »

LE COURTISAN

G^est à merveille. Mais puisque nous sommes ici dans un accès de franchise, pourriez*vous nous rendre le service de rétracter les idées sur le Dieu-substance qui vous ont échappé dans vos livres? Le clergé et la cour vous en sauront gré; vous vous rendrez de plus en plus possible.

LE PHILOSOPHE

M Si j'ai parlé quelque part de Dieu comme de la seule » substance, du seul être qui soit, n'est-il pas «évident que » j'ai voulu marquer fortement par là , à la manière des pla- » tqniciens et de plusieurs Pères de l'Église, la substance » et l'essence étemelle de Dieu en opposition à notre exis- » tence relative et bornée (2)? »

(^i) Fragments philosophiques., paQ.v nu (a) Pensées de Pascal^ préface, pag. xlvi.

LE COURTISAN

Encore uile petite rctractatioa , je vous en supplie^ sur réternité de la création.

« Eh bien, je retire jusqu'à cette expression (de la néces- » site morale de la création), par cela seul qu'elle peut pa- » râître équivoque, et compromettre la liberté de Dieu. — » Ainsi, l'intelligence et l'amour dirigèrent la liberté de Dieu » dans le grand acte de la création. »

LE COURTISAN

Encore un service : dites que la philosophie et la religion se donnent la main.

LE PHILOSOPHE

« Le grand Bossuet a bien aisément concilié la religion et » la philosophie (1). »

LE COURTISAN

Pour l'amour de la monarchie constitutionnelle un dernier effort : soumettez-vous à TÉglise. Que Vous en coûte-t-il?

LE PHILOSOPHE

« Je m'incline devant la révélation, source unique des » vérités surnaturelles; je m'incline aussi devant l'autorité 1» de l'Église, nourrice et bienfaitrice du genre humain, à » laquelle seule a été donné de parler aux nations, de ré- » gler les mœurs publiques , de fortifier et de contenir les » âmes. Combien de fois n'ai-jepas défendu, comme homme » politique et comme philosophe, l'autorité ecclésiastique » dans ses limites nécessaires? J y ai perdu une ancienne » popularité, mais je ne la regrette pas (2). »

LE COURTISAN

Queje vous embrasse! désormais nous serons inséparables. Je vous donne mon cœur, et vous serez le philosophe du château.

(i) Pensées de Pascal^ 2* éàïl.j avant-propos, pag. xxix. (3) Jbid,y pa(T, LU.

74 J.k RELIGION DE M. COUSIN.

Nous venons d'exposer la théodicée populaire de M. Cousin : cest M. Cîousin lui-même qui a parlé, qui s'est jugé. Nous n'avons plus à critiquer, nous n'avons qu'à résumer. Après avoir prêché la méthode d observation , il observe le m^l, pt il en conclut que tout est bien ; il observ9 la mort, et il pn conclut l'immortalité; il se fonde sur la nature» qui qous moptre 1» destinée de tous les êtres sacrifiée au hasard, Qt il affirme qu une destinée inachevée serait un rnooslre unique dans le monde. En invoquant Dieu , il jeUe un voile sur l'injustice de la terre, il prépare un paradis aux heureux de ce moqde; il veut être chrétien, mais il jette }xn voile sur l'Évangile. L'erreur ne lui suffit pas , la philosophie l'a fait parler malgré lui; il se rétracte, et il couronne la morale des propriétaires, la religion du juste-milieu par une apostasie solennelle en présence de l'Église.

La théodicée populaire est à l'usage du peuple; nous avons vu que M. Cousin possède un autre dieu à l'usage des philosophes. Une seule fois il en a parlé ; ce fut en 1828 , à Tépoque du ministère Martignac. La France tournait au libéraUsme, il fallait en fciire. Le public attendait le dernier ipqt de la philosophie, en présence de la religion qui lavait outragée. On afflua à l'ouyerture des c^urs longtemps suspendus : le professeur monta dans sa chaire^ tout le mond^ fi|t fasciné. La parole de M. Cousin étpit éblouissante, (^elques idées hégéliennes donnaient np éclat inattendi^ aux leçons , la curiosité était sans isesse amorpée par de rfipides» revues des philosophes anciens et mpdernes^ Qn applaudissait. Que faisait M. Cousin? U jouait une f^omédie qui restera célèbre dans les afinales des mystifications philosophiques. Nous devqns 1^ suivre pour exposer la théodicée scientifique de M. CoMsin. Puisqu'il s'agit du Dieu des savants, c'est à un initié que M. Cousin communiquera

sa pensée.

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