LE PHILOSOPHE ET L'INITIÉ
Cette année nous avons un ministère libéral , nous ferons
de la blague (i). Nous démontrerons la providence de Dieu
dans l'histoire : vous aurez un ootirs complet d'histoire à
priori.
l'initié.
Homme merveilleux: ! vous montrez au peuple le paradis par l'observation; je ne doute pas que vous ne puissiez expliquer l'histoire à priori avant de la connaître, et toujours par l'observation.
LE PHILOSOPHE
Recueillons-nous en nous-mémeâ; nous trouverons au fond de nous trois termes , ni plus ni moins. L'infini, le fini et le rapport : voilà les trois principes à priori.
l'initié.
Vous surpassez Kant dès le début : le malheureux croyait à la contradictioi) d|i fini 0t de l'infini , et vous mariez les deux termes par la découverte immortelle du rapport.
LE PHILOSOPHE
Il y a donc l'infini , lo fini «t le rapport : il doit donc y ^voir riafipi, l# Ijqi pf le rapport àms rhistoiw 4a «MUlde.
l'initié.
Assurément: partout où il y a un homme, il y aura Fin* fini , Iç fini et le rapport.
LE e^ILOSOPHE.
f^qisq^ il y a l'infini , le fiqi et le rapport d^n^ VhoiutDe , il doit y avoir trois époques dans l'histoir^^ : l'époque 4p l'infini, celle du fini et l'époque du rapport.
Vous q^vé? ^\i quç les trois terp^es sont partout tqujoqr^ epsenible^ toujours indivisibles. Je serais curieux 4Vppreiidre comment ils vont se séparer et détercpiqer trois époque^ à priori. .
LE PHILOSOPHE
Mettons-nous à foeuvre. Pour mieux séparer les trois
(i) M. Cousin me disait en i8ia : Afon cher Ferrari, vous 9vez fait cIq la blague à Strasbourg comihe j*en ai fait à Paris en 1828.
termes et les trots époqaes, nous les mettrons en trois continents distincts ; il n'y aura plus moyen de les confondre. Voilà donc trois termes et trois continents. Où mettrons-nous Tinfini?
l'initié. / Où vous voudrez.
LE PHILOSOPHE
Nous le mettrons en Orient. L'Asie est vaste, et l'infini y tiendra à son aise.
l'initié.
Quelle sera la terre du fini ?
LE PHILOSOPHE
Ce sera la Grèce. La Grèce est petite ; il y a là des républiques , évidemment c'est là un pays très limité. La Grèce était prédestinée à n être que le pays du fini.
l'initié.
Que ferons-nous du rapport?
Nous le garderons chez nous ; il conciliera l'Orient avec * la Grèce, l'infini avec le fini , l'Un avec le multiple. Tout s'arrange par le rapport : l'éclectique explique le rapport. L'Europe, qui nous a produits, est donc le pays du rapport.
l'initié.
J'attends toujours la démonstration de la Providence divine par l'histoire.
LE philosophe.
La Providence, c'est le progrès de l'Un au multiple et au rapport; le progrès se réalise par le commerce et par la guerre. Dieu protège donc les marchands; il chérit les combats, il sanctifie toutes les victoires.
l'initié.
Votre Dieu aime donc beaucoup le succès?
. le philosophe.
La victoire est la décision de Dieu.
la religion de m. cousin. 77
l'initié.
La victoire de Waterloo serait-elle aussi une décision de Dieu?
LE PHILOSOPHE
Sans doute, la bataille de Waterhio doit être comptée parmi les plus beaux succès de la France.
l'initié.
On m avait dit que Waterloo avait été le plus beau succès de nos ennemis.
LE PHILOSOPHE
Waterloo, c'est lesuccès de la liberté. Grâce à cette bataille , nous avons f honneur de vivre sous les Bourbons. Ils en ont encore pour cinquante ans de règne ^ et^ quanta moi, le drapeau blanc sera toujours mon drapeau (1).
l'initié.
Je commence à vous comprendre. Puisque le succès est la loi divine, il faut vénérer les hommes qui réussissent : ce sont les hommes du bon Dieu.