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CHAPITRE IX

M. Cousin historleii.

L'esprit de réaction qui a inspiré réclectisme domine tous les travaux historiques de M. Cousin : ils ont tous été soumis aux convenances de l'orthodoxie officielle. Ces travaux se réduisent à des commentaires sur Platon, sur Abélard , sur le cartésianisme , sur le xviii* siècle et sur Kant. Nous nous bornerons à juger la pensée'qui a présidé à tous les commentaires de M. Cousin^

Platon est le premier auteur que M. Cousin ait commenté et traduit avec force notes et préfaces. On ne pouvait choisir un plus grand texte ; M. Cousin ne pouvait mettre plus d'obstination à ne pas le comprendre. Platon a donné le premier principe au christianisme en découvrant les idé^s : la réunion des idées, c'est le Verbe. La découverte des idëeis fait la gloire de Platon, le Verbe fait la grandeur du christianisme : sans les idées, sans le Verbe , le Christ ne serait qu'une divinité du paganisme. Quels sont les rapports entre les idées et le Verbe , entre le dieu de Platon et le dieu du Christ? M. Cousin juge prudent de jeter un voile sur ces questions scandaleuses. Il ne traite que des questions d^ philologie scolastique très inofFensives sur le nom , le lieu , le rôle des idées.

Platon développe la critique; il sait que la révélation des idées est impossible, qu'il y a contradiction eptre les idées et les faits, que l'Un et le multiple s'entre-détruisent mutuellement. Il sait que la dialectique est aussi puissante dans le mal que dans le bien ; il n'ignore pas que le mal peut revendiquer le droit de dominer la dialectique, au même titre que le bien. C'est dans le Pmménide que Platon expose sa critique; ses disciples l'expliquent, la nouvelle Académie est quasi scepti({ue. Quel est l'avis de M. Cousin

92 M. COUSI.N HISTOBIEN.

sur le criticisrne de Platon? Il n'en parle pas, il {jarde le silence jusqu'à laisser le Parménide sans un mot de préface.

La dialectique, chez Platon , déduit de Tidée du bien la morale, et' la morale trace seule le plan de la république. Cette république, que tous les siècles admirent et accusent de folie, c'est le modèle de l'Eglise. Elle sacrifie les intérêts A la morale, elle est gouvernée par les plus dignes, par les sages initiés au Verbe divin qui nous rallie au monde surnaturel. Les sages sont choisis par les sages , le mouvement part d'en haut. Voilà TEglise. La république de Platon est double : elle se compose de citoyens et de laboureurs; les premiers permettent à la caste inférieure des laboureurs la propriété et la famille, qu'ils s'interdisent à eux-mêmes pour rester les plus, dignes. C'est là encore l'Eglise, qui tolère le monde, ses joies profanes, le mariage, la propriété qu'elle proscrit dans son sein pour rester 1 épouse immaculée du Christ, le Verbe divin. Comme la république de Platon, 1 Eglise ne juge pas les actions d'après une loi extérieure et aveugle; sa loi, c'est le magistrat, et ses. magistrats jugent l'intention. Que pense M. Cousin de ces rapprochements? Il garde le silence, il ne veut pas voir que l'Eglise développe la république dç Platon.

En fondant la république sur la morale, Platon flétrit les politiques qui gouvernent par les intérêts. Ce sont là, dit-il, des saltimbanques; ils gouvernent au hasard, leurs opinions varient d'un jour à Tautre, ils cherchent les applaudissements de la foule. Au lieu de guérir la société, ils en nourrissent les maladies. En organisant l'Eglise , les saints Pères continuaient le combat de Platon contre les politiques. Que pense M. Cousin de ces invectives si splendides , si variées, si profondes? Il place dans ses commentaires l'apologie du gouvernement constitutionnel et de la propriété absolue.

Platon est l'ennemi des sophistes; il tue de son ironie ces charlatans de la pensée qui substituent à la recherche du

bien et à la pratique de la justice de folles questions de dialectique, tantôt banales. comme le sens commun ^ tantôt absurdes comme la logique. Quels sont les sophistes, d'après M. Cousin? Ce sont les philosophes du xviir siècle qui cherchent le bien et la justice dans ce monde, en écartant toutes les questions folles et oisives. M. Cousin édite Platon, parce que l'inventeur des idées devait, suivant lui, déconsidérer Voltaire.

Enfin, Je platonisme devient chez Proclus la religion naturelle et universelle, où tous les cultes doivent se fondre pour ne plus célébrer que Je Dieu de la nature. M. Cousin croit-il à Proclus ou à son ennemi, leChrist? Il édite Proclus sans une ligne de préface, et il s'incline devant le Christ. Je souscrirai à tous les éloges que Ton voudra donner aux commentaires de M. Cousin sur le platonisme : personne n'osera me contester que la grandeur du platonisme ne soit dans le Parménide, dans le Verbe, dans l'Eglise de la république, dans lattaque contre les politiques et les sophistes pour aboutir à la rehgion universelle; personne ne voudra défendre M. Cousin d'avoir gardé le silence sur tous ces points.

Les travaux de M. Cousin sur Abélard donneraient beaucoup à dire; renfermons-nous dans le problème décisif de la scolastique : c'est la moralité du commentateur qu'il s'agit d'examiner. Il y avait deux éléments dans la religion du moyen âge : l'un, matériel, mystique ou biblique; l'autre, philosophique, caché dans le Verbe chrétien, qui relevait de la tradition platonicienne. Le jour où les barbares du moyen âge trouvèrent dans les livres des Anciens ce Verbe sous une forme toute profane et scientifique, ils furent saisis d'étonnement, et ils s'attachèrent à l'étude des idées avec ce mélange de frayeur et de ferveur qui inspire les hommes^ la recherche d'un dieu inconnu. On hésite, on tremble; toutefois la fatale curiosité nous pousse, il faut toucher au fruit défendu. Voilà Abélard et les docteurs. M. Cousin sépare nettement deux choses dont l'union fait la

vie de la scolastique : il sépare la thëotogie de la philosophie, Tinterprétalion du christianisme de l'idéologie du moyen âge. Ll expose la théologie d'Abélard et des scoiastiques avec une prudence et une circonspection qui feraient honneur à un chanoine de Notre-Dame; il biâme tout ce que TÉglise a blâmé : son livre pourrait figurer avec honneur dans la bibiiodièque de tous les séminaires. Quant à Tidéologie d'Abélard et des scotastiques, M. Cousin, en Fisolant, Ta réduite à un ergotage pédantesque, bizarre et inexplicable, et c'est là-dessus qu il disserte à tort et à travers. Il en résulte qu'il finit, par proscrire, comme une hérésie et comme une folie, tout le mouvement philosophique de cette époque. La théologie , toujours emportée par les idées platoniciennes, se révoltait contre TÉglise : elle Faccusait de corruption ; elle attendait Tincarnation du Saint- Esprit pour renouveler le monde et réaliser la loi chrétienne. D après les hommes de l'Évangile éternel , le Saint-Esprit devait succéder au Christ, comme le Christ avait succédé à Moïse. L'œuvre chrétienne n'était-elle pas incomplète? L'Église n'était-elle pas vendue? La justice n'était-elle pas insultée? Dieu n'avait-il pas toujours paru aux moments les plus solennels de l'histoire pour diriger la marche des nations? La théologie attendait donc un dernier rédempteur. A son tour, l'idéologie du moyen âge travaillait à l'avénement du Saint-Esprit. Elle cherchait le Dieu de la nature à travers la trinité de l'Église ; elle entrevoyait l'Être suprême par la force des idées. M. Cousin , en commentant, en blâmant Abélard , s'associe à la réaction par laquelle l'Église extermina cette insurrection théologiqne et philosophique contemporaine de l'insurrection des communes helvétiques, françaises et italiennes. Le chef de l'éclectisme a célébré le premier libre penseur du moyen âge pour le sacrifier avec les hommes qui préludaient au monde moderne.

C'est encore avec une pensée de réaction que M. Cousin commente Descartes, qu'il ne manque jamais de comparer aux philosophes do la Renaissance. La Renaissance repré-

sente riii^urrection complète de la sagesse antique : le xvii^ siècle ressemble fort à une réaction chrétienne et monarcbi(|ue. Pouvait-on laisser échapper une si belle occasion pour sacrifier la révolution à la monarchie? M. Cousin la saisit avec empressement pour frapper la révolution^ « Il y a » encore aujourd'hui , dit-il, des brouillons et des utopiste? »> qui nous ramènent , dans leur audace rétrospective, au 9 berceau même des temps modernes, et nous proposent » pour modèles les entreprises déréglées où s'est consumée » Ténergie du XVI* siècle (1). » Pour mieux déconsidérer la Renaissance, M. Ctousin la personnifie dans le plus faible de ses penseurs, Jules-César Vanini. M. Cousin se constitue juge de Vanini, le supplicié de Toulouse; il affecte une stupidité factice pour se demander gravement si Vanini est un impie. Il lui fait un long procès à force d extraits et de pédanterie, et il affirme quil se trouve cbee Vanini n une n foule de raisonnements impies qui produisent le plus V mauvais effet, et troublent ou égarent Tesprit du lecn teur (2). » Quels sont ces raisonnements? M. Cousin ne les expose pas; il multiphe les citations inutiles, mais il se garde bien de citer les idées de Vanini sur l'adresse, les miracles et les bons mots de Jésus-Christ. Ll n'oublie aucune insinuation odieuse qui puisse diffamer Vanini, mais il supprime son insurrection péripatéticienne contre le christianisme, insurrection qui explique seule la force du philosophe et les fureurs des magistrats qui regorgeaient à Toulouse. Voilà l'érudition éclectrque sur les philosophes de la Renaissance.

Après avoir repoussé les impies , M. Cousin se prosterne devant Descartes. Desèartes a pour disciples des abbés, des prélats, des évéques , des archevêques, des cardinaux , et même des jésuites : M. Cousin veut être cartésien, comme tantd'évêques, de prélats et de jésuites. De là la préface au père André, et les Fragments cartésiens, où se trouvent

(i) Frag. carU, préf , pag. 5.

(2) /61W., paç. 49.

réunis tous l6s comitiérages du xvii* siècle, pour montrer je ne sais quelle restauration catholique due, suivant M. Cousin, à l'orthodoxie cartésienne. Toujours entraîné par une pensée de réaction , M. Cousin pourrait-il apprécier la révolution ^cartésienne? Descartes est le Luther de la philosophie : il ferme tous les livres de ses devanciers; il proscrit les commentateurs élégants du xvi*" siècle , les commentateurs barbares du moyen âge, les philosophes de l'Église et ceux de Tantiquité. Depuis Descartes, la philosophie doit sortir tout entière de la pensée du philosophe. M. Cousin ne veut pas voir dans le cartésianisme le protestantisme de la philosophie. Descartes a inauguré le mouvement critique de la philosophie moderne. Depuis Descartes, la philosophie a dû avouer la contradiction qui éclate entre les choses et la pensée. M. Cousin avait attribué à Descartes lecriticisme comme un défaut, puis il s'est rétracté de la manière la plus solennelle , sans doute par respect pour tant d'éVêques et de prélats. M. Cousin reconuBÎt-il que Descartes est Fauteur responsable de tout.le panthéisme du xvii* siècle? Malebranche, Spinosa, Leibnitz ne sont ils pas ses dis^ciples? « Ce n'est pas tel ou tel principe carté- » sien, dit M, Cousin, c'est l'esprit même du xvn" siècle, » qui, après avoir produit le cartésianisme, l'entraînait à » la fois vers le panthéisme et vers le mysticisme (1). » Ainsi l'indépendance protestante, le criticisme mathématique , le panthéisme dogmatique , ces trois forces du génie de Descartes, sont déniés à Descartes. Que lui reste-t-il? L'amitié des prélats. Est-il au moins orthodoxe? il l'est , parce qu'il ne s'occupe ni de morale , ni de politique , ni de religion. Descartes' croit que la^philosophie est une sorte de mathématique étrangère aux sciences pratiques. Cette erreur peut-elle durer? Qu'on lise Spinosa ou Bayle, on veri-a que^parle cartésianisme, l'impiété de la Renaissance va devenir un système. On peut Hre aussi Leibnitz, pourvu

(i) Voy. Frag. cart,, pafj. 4^9

qu'on n'oublie pas le Candide qui fustige riiypocrisie de ce conseiller aulique de Tempereur.

La révolution, en apparence ajournée par Descartes, mûrit au xviii^ siècle. Nous avons déjà vu comment M. Cousin apprécie lexvni® siècle. Pour nous résumer ici, à chaque mérite de la révolution de Locke, il substitue un défîiut exagéré jusqu'à l'impossible. Que fait l'école de Locke? Elle écarte les questions transcendantales et sceptiques; elle s'occupe des problèmes qui touchent à la vie des hommes ; elle se soucie fort peu des systèmes métaphysiques, mais elle ne peut tolérer ni l'erreur du catholicisme , ni la tyrannie des rois. M. Cousin substitue au problème religieux un problème métaphysique ; il accuse le xvin* siècle de méconnaître le moi et le non-moi, de conduire au scepticisme, et de choquer le sens commun. Le xvin* siècle développe la théorie de l'utile. Cette théorie dicte les réformes les plus sacrées, les lois les plus saintes; elle passe le niveau de l'intérêt public sur tous les privilèges ; elle impose à tout citoyen le devoir de se rendre utile. Par l'économie politique, la théorie de l'utile séparé pour la première fois les producteurs des consommateurs , les travailleurs des oisifs, l'industrie du capital; les séparer, c'était annoncer la grande justice qui doit se réaliser dans notre siècle. La théorie de l'utile peut se méprendre sur la source première du droit qui jaillit de notre cœur, mais elle donne la seule mesure possible du droit. Comment la juge M. Cousin? Il lui reproche de conduire à l'égoïsme; elle réalise la justice, et il l'accuse d'être inique. Enfin, le xviii* siècle émancipe l'humanité^ il affranchit les hommes, il les plonge dans la sensation pour leur donner le baptême de l'égalité. Qu'en pense M. Cousin? D'après le chef de l'écde éclectique, les doctrines du xvui* siècle ont dégradé l'homme et l'ont abaissé jusqu'au niveau des animaux. L'accusation est-elle sincère? L'éclectisme nolis élève-t-il fort au-dessus de l'animal? En quoi consiste donc la supériorité de l'homme, d'après la théorie éclectique?

Dans la sensation? L'animai a des sensniions. Dans la perception J L'animal perçoit les arbres et les maisons, comme l'homme. Dans le jugement? H est impossible de refuser le jugement à Tanimal^il perçoit, donc il juge. Dirons-uous que l'animal ne sait pas comparer? Il compare sans cesse un objet à l'autre; il hésite, il choisit L'animal serait-il incapable de raisonnement? Voyez les animaux qui vivent de chasse, voyez le chien qui deviné* son maître. L'animal est susceptible d'éducation, de perfectionnement. Somnlesnous supérieurs à la brute par les idées? Si la succession èuppose le temps pour nous, elle doit le supposer pour l'animal; si le corps suppose l'espace pour nous, il doit le supposer pour l'animal ; si nous a vous lès idées de substance et de cause, d'après M. Cousin, l'animal ne peut pas ne pas les avoir; car il perçoit, et percevoir (d'après M. Cousin), c'est rapporter nos sensations à des causes extérieures qui sont des substances. Voilà le jugement, le 'raisonnement, les idées chez les animaux; il nous serait facile de leur don* ner tous nos sentiments, d'autant plus que Dugald Steward, littéralement suivi par M. Cousin, çlétermine presque tous nos sentiments en les observant chez les animaux. Les animaux sont capables de dévouement, personne ne l'ignore; ils ont une famille, ils y tiennent avec fureur. Ils sont accessibles à la justice, témoin leurs gouvernements, leurs armées, leurs manœuvres, leurs querelles, leurs vengeances et leurs exécutions, où ils sacrifient les coupables. Le plus humble des animaux peut revendiquer en sa faveur toutes les preuves que M. Codsin donne de la spiritualité de l'âme : le moi d'un singe est un ; ses sentiments, ses sensations, ses perceptions, sa malice aboutissent à un point unique et indivisible. Les preuves que M. Cousin donne de l'immortalité de l'âme concluent directement à immortaliser les animaux. Ils ont une âme indivisible qui peut être immortelle, ils souffrent injustement, ils sont capables de dévouement, leur vertu n'est pas récompensée sur la terre, leur destinée reste inachevée ici-

• bas; si vous voulez donc que l'homme soit immortel, je réclame une place au paradis pour tous les animaux. En nous élevant au-dessus de la sensation, M. Cousin a élevé au-dessus de la sensation tous les êtres vivants; en donnant des explications spiritualistes aux phénomènes de notre conscience, il nous autorise à les étendre à tous les phénomènes du règne animal. Pourquoi donc tant de colère contre les hommes du xvin* siècle , contre Condillac, Helvétius, Saint-Lambert? Par pure hypocrisie, et Fhypocrisie porte à calomnier. Ainsi, le xvin* siècle était religieux, M. Cousin Faccuse de manquer de religion; le xviii' siècle proclame la justice, et M. Cousin laccuse d'égoïsme; le xvni' siècle affranchit l'homme de toutes les tyrannies politiques et religieuses , et M. Cousin Taccnse de dégrader la nature humaine. Ces accusations ne partent que de Féclectisme, Reid respectait la religion de ses adversaires ; Kant rendait hommage à la philosophie de David Hume ; loin d'attaquer le xviii* siècle, l'idéologie allemande ne tarit pas d'éloges sur les philosophes de la révolution. Mais les idées pufes devenaient méchantes à la Sorbonne, pour faire la cour au gouvernement qui les payait.

Le jugement que M. Cousin a prononcé sur Kant com-. plète la série de ses travaux historiques. Ici encore, sans nous répéter, nous n'avons qu'à nous résumer, en fixant notre attention sur le problème décisif de Kant. Le premier mérite de Kant, c'est le crilioisme, qui découvre les antinomies de la raison. Faibles chez Kant, les antinomies se développent par l'idéologie allernande , et elles donnent ce qu'on appelle, au delà du Rhin, la philosophie de la contradiction. M. Cousin ne s'aperçoit pas du criticisme, et il lui oppose les obvSeï valions banales de la philosophie écossaise. Le second mérite de Kant est de s'emparer du christianisme pour renouveler la religion. M. Cousin tourne le dos au christianisme de Kant; et, tandis que l'Allemagne dépasse Voltaire en expliquant le Christ, il donne à entendre vaguement qu'elle renie VoUaire pour confirmer le papisme. En

100 l'éclectisme au pouvoir.

fondant sa réputation sur cette erreur, M.\]lousin a gardé le silence le plus absolu sur les successeurs de Kant , et il s'est servi de toute son influence pour maintenir l'université dans l'ignorance la plus profonde des théories allemandes. Il est allé jusqu'à mutiler le Manuel deTenneman dans la traduction de Viguier; il y a* supprimé l'exposition de Fichte, deSchelling,de Hegel. Traduire, commenter ces philosophes fut un motif de disgrâce dans l'université : témoin Bénard, à qui on ne pardonna jamais la traduction de Festhétique de Hegel ; témoin l'absence complète de travaux universitaires sur la philosophie allemande postérieure à Kant. Pourquoi ce silence, si ce n'est dans une pensée rétrograde , identifiée avec une ambition personnelle?

. M. Cousin a eu le triste courage de passer le niveau d'une orthodoxie déguisée sur l'histoire de la philosophie tout entière. Chez Platon, il a méconnu la république; chez Abélard , il a insulté la première révolution du moyen âge; chez les philosophes du xvi*^ siècle, il a méprisé les novateurs; chez Descartes, il a méconnu le criticisme et le panthéisine; chez les philosophes du xvni* siècle, il a combattu la révolution politique; chez les philosophes de l'Allemagne, il a combattu la révolution sociale.

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