‹ Les philosophes salariésChapitre 2 sur 36 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Depuis la révolution de Février, les philosophes du gouvernement se sont prosternés devant le peuple. « Tu es roi, lui ont-ils dit, imite donc les rois , modère la justice, pro« tège les riches, méfie- toi de la raison, soumets-toi à TÉglise. » Le conseil a porté coup. La république a voulu un prince pour président, la raison est suspecte, les républicains sont proscrits, les jésuites triomphent, la }>apauté est restaurée.

Pourquoi la philosophie s'est-elle alliée à TÉglise? Pourquoi at-elle prêché lautorité et la répression? Pourquoi recommande-t*elle au peuple des dogmes "^qu'elle considère comme des erreurs?

Il n'y a qu'une réponse à donner : élevés, dans les fictions de la monarchie , les philosophes opposent à la philosophie une fiction de la philosophie. Qu'aurait-on dit, au moyen âge^ si des docteurs avaient voulu sépai*er la scolastiquedu dogme? Qu'aurait-on pensé si ces docteurs avaient cherché les concordances de la Bible sans croire à lÉvangile? s'ils avaient discuté la généalogie du roi David sans croire au Messie? s'ils avaient étudié la Somme de saint Thomas tout en niant le Christ? Cette hypothèse est un fait parmi nous. La monarchie nous a légué l'éclectisme , une philosophie sans dogmes, une scolastique sans principes; l'éclectisme a prêché une morale sans devoirs , des théories sans application. Habitué à s'incliner devant tous les succès, il a accepté la république parce qu'elle est un succès ; il combat la démocratie parce qu'elle est un principe.

- £n présence de la vérité qui se feit jour, nos philosophes crient an scnmialip , à l'impiétc'», à ranarcliio. .Comment sup-

Page 1