CHAPITRE V
La Seleaee de H. C^asla.
Sans la droiture du philosophe , la philosophie n'est qu'une misérable 6ction ; elle recule sur tous les points , elle reste atterrée par la crainte de Dieu , elle ne veut pas être libératrice. Tel est Téclectisme qui manque la science de rhomme , de la nature et de Dieu , de crainte de ne pas tomber d'accord avec l'Église.
M. Cousin manque la science de l'homme, la psychologie*. En interrogeant sa conscience, il ne songe qu'à Locke, à Beid, à Kant; il n'observe pas, il affecte d'observer; il suppute les avantages de chaque théoiie. Sa psychologie n'est donc qu'une science de détails dont le but est de réfuter Locke par Kant , en affirmant qu'il y a sept idées innées. Ce sont les idées de temps, d'espace, de substance, de. cause, de bien, de beau et d'infini. Pourquoi n'y a-t-il que sept idées ? Pourquoi pas dix ou vingt? Si l'idée de substance est innée, pourquoi l'idée d'être ne le serait-elle pas? N'est-elle pas nécessaire et universelle? n'est-elle pas la pre-^ roière de toutes les idées? L'être domine tout ce qui existe, il n'a pas de limite; il embrasse la qualité et la substance , l'apparence et la réalité ; l'être doit donc primer les idées. Si l'on veut opérer une -réduction , au lieu de se trouver absorbé , l'être absorbera toutes les idées : la substance ne sera que l'être dans une chose : la cause ne sera que l'être dans une chose qui change ; toutes les formes de la pensée et de la nature ne sont que les formes de l'être. Pourquoi donc l'être est-il omis dans le catalogue de M. Cousin ? Probablement parce ({ue l'être est au-dessus de Dieu, parce que Dieu le Père n'a pas de forme, pas de lois; il ne demande rien, et permet à l'homme d'être le roi de la terre.
Les idées et les sensations, voilà l'homme: elles expliquent
LA SCIENCE DK M. COUSIN. &i
nos croyances, nos perceptions, Funivers tout entier, quç la psychologie absorbe nécessairement en nous-méme. Vraie ou fausse, elle établissait ainsi avec Kant la souveraineté du moi, la liberté absolue de Tesprit, qui n avait plus à redouter qu'une seule chose, Terreur. M. Cousin, condamné par sa ' méthode à être psyjchologique, seul, maître de lui, recule devant la conséquence ;M n'y a pas d'injure qu'il n'adresse à Tindépendance du scepticisme. Il l'accuse d'immoralité, il fait causé commune avec le clergé sans le dire. Il conclut que la psychologie nest que le vestibule de la phUosophie, M. Cousin nç veut pas s'y arrêter; il veut entrer, dit-il, dans le temple. Suivant lui, le criticisme a creusé un abîme entre la psychologie et l'ontologie; mais l'éclectisme a jetéun pont sur cet abîme. Quel est ce pont? C'est le raisonnement de Kant sur l'impuissance des idées, interverti pour conclure au rebours de Kant, que les idées nous transportent hors de nous. Kant dit : Les idées sont en nous, elles ne sont que les formes de la raison; donc nous ne savons pas si la réalité correspond à la forme des idée». M. Cousin dit : Les idées sont en nous, elles soïit les formes de la raison; donc elles touchent à la réalité extérieure. D'après Kant, nous ne savons pas s'il y a une substance qui correspond à l'idée de substance, une cause qui correspond à l'idée de cause, un Dieu qui correspond à l'idée de Dieu. D'après M. Cousin, l'idée nous assure qu'il y a l'objet de l'idée. Pourquoi? Il ne le dit pas , mats il en est certain. Kant fait observerque si l'on cède à l'illusion des idées, on tombe dans des afBrmations contradictoires sur l'espace, le temps, le fini^ l'infini, le mondé et Dieu. M. Cousin néglige ces vétilles, et c'est ainsi qu'il entre dans le temple de la philosophie. A quoi se réduit donc ce fameux pont au moyen duquel on devait sortir du vestibule de la philosophie ? A une illusion très vulgaire. Et l'entrée au temple de la sagesse? A une désertion ijie togute critique , et partant de toute philosophie. M. Cousin nous présente notre raison comme la raison même de l'univers. La raison, les idées, suiva^nt lui 9 ne
4!) LA sciENce De m. cousin.
^nt paç à nous, elles n appartieDnent pas à notre personne, elles sont impersonnelles; elles affirment donc lavërité: On ne dit pas ma vérité, on dit mon erreiir, c^est Terreur qui est personnelle. M. Cousin se trompe. Je dis mon erreur quand Terreur est détruite, quand elle nest plus Terreur; tant que Terreur domine, je la crois impersonnelle, je Tappelle ^ vérité. Les idées et la raisT>n ne seraient-elles pas les erreurs naturelles dé Thomme? Qui nous assure qu'elles soient réellement impersonnelles? Des idées qui sent en nous et qui nous transportent hors de nous i|e sont-elles p^s des notions contradictoires?
P'iiprès ces prémisses, il est facile de juger Tontologté de K. Cousin ; nous n avons qu'à la mettre aux prîmes avec Tignorance du criticisme.