ÉTUDE ANATOMO- PATHOLOGIQUE ET BACTÉRIOLOGIQUE
L'étude anatomo-pathologique et bactériologique de la phlébite viendrait apporter à l'appui de notre opinion chnique la preuve qui lui manque pour affirmer la nature tuberculeuse des phlegmasies que nous venons de rapporter. La constatation histologique des lésions spécifiques créées par le bacille de Koch, la présence de cet agent dans les parois
veineuses, l’inoculation de ces parois restent-1ls les arguments seuls capables de signer d’une façon abvolue l’origine tuberculeuse des lésions, adnuse cli- Miquement ! :
En ce qui concerne la phlébite prétuberculeuse et celle observée précocement au cours de la .tuberculose, cette étude n’a pas été faite et pour cause : les observations de ce genre sont assez rares et de plus ces phlébites guérissent et les malades ne‘meurent pas de leur tubereulose qui n’est ue au début de son évolution.
À défaut dautopsies, la demeute done |, le seul argument pouvant nous faire croire à la Spéficité des lésions comme elle est l'unique base nous
. 1 — 43 — permettant d'émettre une opinion sur le siège et l'importance de la thrombose. :
Les localisations douloureuses, la palpation du cordon veineux nous autorise à penser que la phlébite se localise de préférence aux veines superficiel- les. Nous croyons en outre que la veine est le siège d'un processus de périphlébite plutôt que de phlé- : bite vraie et il est peu probable que la lumière du. vaisseau soit complètement oblitérée, ce qui nous rendrait compte de l’allure torpide de la lésion et de son évolution rapidement résolutive.
La phlébite qu'on voit si souvent compliquer la période cachectique de la tuberculose est mieux connue au double point de vue anatomique et micro- * bien. L'accident veineux en effet apparaît fréquemment dans les derniers instants du pénible calvaire que oravissent les victimes de la tuberculose et les autopsies ont pu être pratiquées à toutes les périodes de l'infection veineuse.
Une première et importante question se pose : la phlébite est-elle ‘produite par le bacille de Koch lui-même où par des microbes d'infection secondaire ? On sait en effet que les cavernes des tuberculeux offrent aux agents microbiens d'association un terrain favorable à leur développement. Dans ces conditions, la phlébite apparue chez un tuber- ” culeux cavitaire est-elle bien une phlébite tuberculeuse - ? | |
La recherche des micro-organismes qui sont la cause de la phlébite tout d’abord ne doit pas être faite au hasard en un point quelconque de la veine ;
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c'est au niveau du caillot fbrineux primitivement formé qu'on aura chance de découvrir le microbe causal et cet examen bactériologique n’est pas toujours positif : d’une part parce que la région où il faut rechercher les microbes est très localisée et d'autre part parce que leur présence n'est souvent que de courte durée.
Chantemesse a le premier rencontré le bacille de Koch dans le caillot d’une phlébite cachectique ainsi que dans les parois même de la veine. Après lui Widal, Vaquez et beaucoup d’autres auteurs ont confirmé cette assertion. Mais nombreux aussi sont les auteurs qui ont mis en évidence des germes d’in-> fection secondaire (streptocoques, staphylocoaues) et par suite fait persister le doute sur l'origine véritable de ces phlegmasies. |
L'expérimentation peut-elle nous venir en aide et trancher la question ? \
Dans trois cas de thrombose ‘veineuse tuberculeuse, ne présentant histologiquement que les lésions banales de phlébite infectieuse, sans aucun foyer d'apparence tuberculeuse, et où 11 avait été impossible de déceler par l'examen ou la culture le baclle de Koch, MM. Lesné et Ravaut ont inoculé des parcelles veineuses, réduites en fines particules et cette inoculation à donné lieu à des lésions de tuberculose généralisée chez les cobayes. Voulant mieux prouver encore l’origine tubereuleuse de ces thromboses, ces auteurs ont fait dans les veines entre deux ligatures, l'injection de parcelles d'organes tubereulisés et ont constaté, après avoir sacrifié
les animaux au bout de quatre semaines des lésions de phlébite banalés : épaississement des parois, bourgeons endophlébitiques pénétrant dans un eaillot sanguin. Ils n’v ont pas trouvé trace de lésions spécifiques de tuberculose, ni follieules tuberculeux, ni cellules géantes ; en revanche les bacilles de Koch existaient en très grand nombre tant dans le bourgeon que dans le caillot. De ces expériences il ressort que le bacille de Koch, au même titre que tel agent pathogène, peut produire des phlébites simples.
Plus récemment MM. Habron et Paraf ont cherché à donner ure solution au problème. Ils ont observé six cas de phlébites survenus chez des tuberculeux cavitaires et ont associé pour leurs recherches les méthodes bactériologiques, biologiques et Bistologiques ; hémocultures (aérobies et anaérobies) ; inoculation au cobaye du sang et des urines ; réaction de l’antigène dans les urines, qui est un signe Édèle de bacillémie en l'absence de signes d'affections des voies urinaires ; après la mort, ensemencement du caillot et de la veine, inoculation au cobave et étude histologique.
Or, 14 hémocultures pratiquées chez les six malades donnèrent des résultats négatifs ce qui confirme la rarete des septicémies au cours de la tuberculose pulmonaire.
Dans trois cas, les recherches pratiquées post mortem sur le caillot ont donné des résultats analogues ; non seulement sur les coupes on ne put déceler aucun microbe d'infection secondaire, mais
— 46 — Re ‘dans tous les cas la culture du caillot et de l’endo-. veine est toujours restée stérile. LR
Par contre dans tous les cas, on peut mettre en évidence le rôle du bacille de Koch dans la production de la phlébite.
Chez les six malades, MM. Habron et Paraf pràtiquèrent treize inoculations de sang ; pour quatre malades linoculation fut positive.
Dans tous les cas, la réaction de l’antigène prati- quée avec les urines se montra positive. Chez cinq malades, l’inoculation des urines fut positive ; chez un seul, l’inoculation donna toujours un résultat négatif maloré une réaction de l’antigène positive, mais chez ce même malade, l’inoculation du sang donna un résultat positif.
L'inoculation du caillot pratiquée dans trois cas, confirma ces résultats et fut positive. SA
L'étude histologique des fragments rs à lautopsie montra des lésions banales de phlébite avec dans un cas la présence de bacilles de Koch:
De leurs recherches MM. Häbron et Paraf concluent que la phlébite observée chez les cavitaires relève du rôle exclusif du Bacille de Koch et él nent le rôle de l'infection secondaire.
Cette opinion est peut-être tr op exclusive et nous pensons que si le bacille de Koch ou ses toxines est bien l'agent causal de l'accident veineux dans la majorité des cas, il est d’autres cas que la clinique : est incapable de faire soupçonner où les germes d'association secondaire sont responsables de la RER te <
Au point de vue anatomo-pathologique on pour-
rait croire à la présence dans les parois de la veine thrombosée des lésions spécifiques de la tuberculose ; follicules tuberculeux avec cellules géantes. Ne sont-ce pas là les éléments que le microscope a coutume de nous montrer lorsqu'on affirme origine tuberculeuse d’une lésion quel que soit l’organe at-
teint À Pour les phlébites tuberculeuses 11 n’en est
rien : les lésions sont purement inflammatoires et la nature de l’infection n’est pas confirmée histologiquement même dans les cas où le bacille de Koch existe dans les parois de la veine. L'examen des parois veineuses prélevées aux autopsies et l’examen des phlébites expérimentales de MM. Lesné et avaut le prouvent.
La phlébite tuberculeuse est donc une manifes-
tation histologiquement banale de la tuberculose
vasculaire avec sa forme que les travaux de Poncet ont rendu classique de tuberculose non folliculaire.
Est-il besoin de nous arrêter dans cette étude à la nature intime des dégâts produits tant dans les
parois veineuses que sur leur contenu par le bacille
de Koch ? Nous faut-il étudier la lésion primitive de l'endothélium vasculaire, la coagulation secondaire du sang et l’organisation ultérieure du caïillot ? Là n’est pas notre but car ce chapitre d’anatomie pathologique est celui de toute phlébite quelle qu’en soit la cause et les auteurs l’ont exposé avec une minutie telle qu'il serait téméraire pour nous - d'en reprendre l'étude. |