DIAGNOSTIC AVEC LA DENGUE
La dengue est due elle aussi à un virus filtrant inoculé par le Culex faligans ou diverses Stegomyes. Ces diptères, à l'inverse des phlébotomes, sont infectants, presque immédiatement après avoir sucé le sang d’un sujet malade.
L'attaque est soudaine, avec élévation très rapide de la température aux environs de 40°. De vives douleurs apparaissent dans les jointures, douleurs articulaires, ou périarticulaires, dont la violence arrache au malade des cris involontaires et qui augmentent d'intensité au moindre mouvement. La région lombaire est aussi douloureuse. Très rapidement apparaît une éruption : éruption initiale qui peut consister en une congestion par plaques de la face ou en un érythème scarlatiniforme limité ordinairement à la face et aux extrémités. La peau est chaude et sèche. Les conjonctives sont injectées. Le malade est dans un état de prostration marquée. La durée de la période d'état est de quarante-huit heures à quatre jours. La fièvre, qui a un peu diminué le second jour, revient à la normale; les symptômes principaux s’amendent; les douleurs articulaires et musculaires s'atténuent et le malade passe d’une sorte d’agonie à un état de bien-être relatif qui se continue plus ou moins longtemps : de douze heures à quatre jours.
Il se produit alors un retour de la fièvre qui donne au
tracé thermique une forme « en selle ». Les douleurs se reproduisent parfois plus pénibles que dans le stade initial. Avec la récurrence de la fièvre apparait une éruption roséolée : éruption terminale parfois très fugace, subsistant généralement deux ou trois jours et suivie d’une desquamation furfuracée partielle.
Lorsque l’éruption disparait, la maladie n'est pas terminée: pendant des jours ou des semaines un muscle, un tendon, une jointure est le siège de douleurs rhumatoïdes. Le genou est le plus souvent affecté. L'anorexie, la débilité générale, la dépression intellectuelle, l'insomnie persistent longtemps.
Ce tableau de l'accès de dengue typique nous montre que cette maladie diffère de la fièvre à pappataci par : 1° siège surtout articulaire des douleurs; 2° l'existence de deux éruptions : initiale et terminale, la dernière suivie de desquamation; 3° la récurrence de la fièvre.
Mais il ne faut pas oublier aussi que la dengue est une affection essentiellement protéiforme. La prédominance de certains symptômes, l'absence de certains autres ont fait distinguer des formes gastrique, rhumatismale, céphalalgique, éruptive. Le diagnostic avec la fièvre à pappataci peut devenir hésitant.
Au cours de la dernière guerre, on a observé aux Dardanelles et en Macédoine des cas de fièvre à Phlébotomes très différents de l'accès type :
4° A Sedd-Ul-Bahr apparait en mai 1915 une épidémie présentant les caractères de la fièvre à pappataci, mais avec, dans 30 2/, des cas. une reprise thermique, pas d'éruption. De mai à octobre 1915 sévit aux Dardanelles une sécheresse exceptionnelle; les moustiques étaientrares, mais par contre les Phlébotomes extrêmement abondants. L'apparition de ces derniers coïncidait avec le début de