HUGO
elle les supériorités sociales et le prestige de la vertu. Dans chaque oeuvre, il y a une grande renommée immolée, une gloire souillée, une auréole ternie.
Ce parti-pris fait violence à l'histoire, à la vraisem- f blance, à la réalité humaine, au bon sens, mais aussi 1 il a produit des succès populaires qui durent encore. La masse applaudit les nobles élans, les mâles beau- / tés et les traits de passion qui traversent les drames de Hugo ; elle n'est pas insensible à leurs situations impressionnantes, à leur style prestigieux et a leurs images éblouissantes ; mais ce qui la séduit et la conquiert toujours, c'est l'apologie de l'abjection.
La carrière dramatique de Victor Hugo s'oi re en 1827^ par Cromweïl. La préface surtout est célèbre, eHe est classique. Le drame lui-même ne fut jamais représenté ; il est injouable.
Hernani fut joué pour la première fois le 25 février 1830 et fut l'occasion d'une bataille. Voici le sujet de la pièce : Hernani, brigand héroïque est amoureux de Dona Sol. Mais il a pour rivaux don Carlos, roi d'Espagne et le vieux duc Ruy Gomez de Silva. Caché sous l'habit du pèlerin, Hernani a trouvé asile dans le château de Silva. Don Carlos veut qu'il soit livré, mais le vieux duc refuse de forf aire aux lois de l'hospitalité. Hernani, auquel Ruy Gomez laisse la vie, lui remet un cor et lui promet de se suicider quand le duc le voudra.
Etoute. Prends ce cor. Quoiqu'il puisse advenir Quand tu voudras. Seigneur, quelqu<". soit le limi, l'heure, S'il te passe à l"e«pnt qu'il est temps aue je meure, Viens, sonne de ce cor, et ne prends d'antres soins. Tont sera fait.
Don Carlos est élu empereur ; il pardonne à Her- ^^ nani, qui, créé chevalier, épousera Dona Sol. Mais 9^ le jour du mariage, le cor retentit. Les deux époux
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vident la fiole de poison présentée par Ruy Gomej masqué ; ils meurent sur la scène, et le vieillard aussi se tue.
Hernani est certainement un beau poème, mais le dénouement est ridicule, si saisissant qu'il soii (P. B.a.U\a.nis,La Littérature française au XIX^ siècle).
De même qu'Hernani est la transfiguration du bri' gand par l'honneur chevaleresque, MaYion Delorme, 1831, est l'anoblissement de la courtisane par un araoui pur. Victor Hugo a exposé lui-même son système dra matique : il prend une femme dégradée et criminelle il laisse tomber sur elle un rayon d'idéal et aussitôt l'être déchu est purifié... C'est le cas dans la présente œuvre : toutes les sympathies du public vont à k courtisane, Les flétrissures s'adressent aux grands le roi Louis XIII est considéré comme un imbécile le cardinal de Richelieu est un monstre, toute la coui et toute la France sont foulées aux pieds. A côté din vraisemblances, de situations vieillies, de tirade: agaçantes, la pièce a de belles scènes : son succè! dure encore.
Le roi s'amuse, 1832, continue l'antithèse : c'esi François 1" avili devant Triboulet triomphant, e d'autre part, Triboulet l'homme vicieux transforma par l'amour paternel. La pièce fut interdite après \i première représentation comme immorale, (elle prê chri la débauche et le régicide) et comme injurieuse pour la famille d'Orléans et la mémoire de Fran çois l»''. Elle est surtout indécente dans beaucoup d( passages.
Lucrèce Borgia, 1833, a des défauts plus graves.
« M. Hugo s'est mis à plat ventre dans l'ornière histO'
rique où boivent, depuis trois siècles, les ignorants
•«r» et les imbéciles ! Il a donné, comme un Prud'homme.
dans les crimes des Borgia, cette déclamation qui