IBSEN
Henryk Ibsen, né en 1828, le Shakespeare norvégien. Ceux de nos lecteurs qui voudraient essayer de comprendre sa philosophie et son théâtre devront lire les ouvrages spéciaux, par exemple le volume de M. Ehrhard. Nous ne donnons ici qu'une idée très générale et très sommaire.
Ibsen est essentiellement un révolté : dans toutes ses pièces il s'insurge contre les conventions sociales, même les plus respectables et contre les hypocrisies... II regrette l'antique conception naturaliste de la vie humaine, et tout en admettant ou plutôt en comprenant la nécessité historique du christianisme, il aspire, selon le mot d'Edouard Rod, à un troisième règne qu'il ne définit pas, mais qui serait la réconciliation de la théorie de la jouissance, fond des croyances païennes et celle de la renonciation, base des doctrines nouvelles.
Le sujet de la plupart de ses pièces, continue Jules Lemaître, c'est la revanche de la conception païenne de la vie contre la conception chrétienne, de la joie de vivre, comme il l'appelle, contre la tristesse religieuse, de la conscience individuelle, contre les préjugés sociaux et contre le pharisaïsme des codes et des Eglises.
Le drame atroce intitulé Les revenants, 1800, est l'écho de cette protestation énergique, presque furieuse.
Maison de poupée, 1894, est spécialement dirigé contre le mariage.
Le Canard sauvage, 1891, est une moquerie éclatante de ses premières pièces, la banqueroute piteuse et risible de son propre Evangile. « Ibsen y bafoue son rêve et il montre que la médiocrité des sentiments