‹ Les pièces de théâtreChapitre 107 sur 170 · JULLIEN · texte numérisé non relu

JULLIEN

parfois originales, mais elles sont aussi scabreuses et n° portent pas toujours avec elles l'élévation morale dont l'auteur a cru de très bonne foi les avoir enrichies.

L'échéance, 1889 : un banquier n'a pas de quoi payer l'échéance. Sa femme lui remet 50.000 francs que lui a donné son amant. L'autre les accepte ; il soupçonne d'abord, et puis s'apaise devant les négations effrontées du prêteur. Si c'est là, de l'art nouveau !

Le Maître, 1890, est plus sérieux et plus sain : il renferme une étude de paysans sans grossièreté.

Que La Mer, 1891, est banale et vulgaire, et parfois choquante, malgré quelques scènes puissantes et son exposé superficiel des mœurs des marins bretons.

La Poigne, 1900, étude de caractère : un homme très indépendant se transforme par ses fonctions et devient peu à peu parfaitement plat envers ses supérieurs et hargneux à l'égard des humbles.

L'écolière, 1901 : une jeune fille a voulu s'élever par l'instruction et elle est devenue directrice d'école. Ecolière elle même : elle ne sait rien de la vie. Mise aux prises avec toutes les séductions, et en raison de ses résistances, en butte à la calomnie, elle revient près de sa mère, pour être ouvrière.

Les droits du cœur, 1904 : une jeune fille dont le mariage est contrarié par le père.

Les plumes de geai, 1906 : un jeune banquier très riche rêve d'un foyer modeste ; il s'éprend d'une jeune fille socialiste aux yeux de qui il passe pour garçon de banque — c'est le paon couvert des plumes du geai. Détrompée, Marthe épouse cependant le banquier, qui a préalablement promis de « restituer >» ses biens en soulageant les malheureux.

Les étoiles, 1907,pièce militaire, tableaux de mœurs, mariage d'une jeune fille séduite.

KÉROUL — LABICHE 191

Henry Kéroul, né en 1857, romancier et dramatiste licencieux.

Miel à quatre, 1889, avec Maurice Varet, pseudonyme du baron Kœnigswarter, folie grossière; — Le petit muet 1901, gros mélodrame d'Ambigu ; — Les cambrioleurs de Paris, 1904, id. ; — Une nuit de noces, 1904, avec Albert Barré, folie adultère ; — Le Chopin, 1905, coucherie en 3 actes, très libertine ; — La Toison d'or, 1905, avec Barré, très leste ; — Une veine de..., 1905, avec le même, scandaleuse ; — La princesse Sans-Géne, 1907, avec le même, féerie de Châtelet en 24 tableaux ; — Madame Tantale, 1907, avec le même, très osée, très égrillarde ; — Le numéro 13, 1907, avec le même, adultère, très scabreux ; — Tourtelin s'amuse, 1908, avec le même, ignoble.

HExNRY Kistemaeckers, né en 1872, d'origine belge. Ses œuvres farcies de prétentions littéraires, roulent sur l'éternel adultère et fourmillent de gravelures : Marthe, 1899 ; — La blessure, 1900 ; — LHnstinct, 1905; — La rivale, 1907, avec Eugène Delard ; — etc.

Eugène Labiche (1815-1887), le gaulois qui a fait rire ses contemporains pendant 40 ans, le représentant attitré d'un genre intermédiaire entre la farce et la comédie, et qui mêle aux observations de l'une les bouffonneries de l'autre.

Ce qui caractérise son théâtre, c'est la gaîté, le rire large et franc, et copieux. Pour lui, tout est bon,

pourvu que le rire éclate ; tout devient plaisant, bouffon, comique, même les choses graves et les choses tristes. Labiche semble n'avoir écrit que pour s'amuser et nous amuser. Sa muse est la soeur de Guignol, de Polichinelle, de Scararaouche, de Calino; elle s'appelle la bonne humeur.

On peut cependant faire deux parts dans ses œuvres : 1° les farces désopilantes, vaudevilles à quiproquos et fantaisies cocasses dont Le Chapeau de -paille d'Italie et La Cagnotte, sont les meilleurs exemples ; 2° les pièces en petit nombre qui sont faites d'observation, et où les idées les plus fines sont traduites par des moyens très gros, telles : Le voyage de M. Perrichon, son chef-d'œuvre. Le Misanthrope et V Auvergnat, Célimare le bien-aimé. Le plus heureux des trois, La poudre aux ytux.

Ces quelques comédies d'observation constituent avec les deux farces citées plus haut la seule part du théâtre qui portera le nom de Labiche à la prostérité.

Et encore ces œuvres ont-elles, comme toutes les autres, leurs défauts et des défauts importants. Ne parlons pas du style : Labiche n'a pas la prétention d'imiter le Molière des grands jours et ses personnages parlent comme ils peuvent.

Ce qu'il est utile de rappeler, c'est son peu de souci de la morale.M. Lecigne l'a signalé dans Les Contemporains en termes frappants qu'on nous saura gré dî reproduire : « Il a vu gai, c'est entendu. Je ne crois pas qu'on ait le droit de toujours voir gai ni que la bonne humeur suffise à purifier toutes les situations. Labiche se plaît à traîner sur les planches des irréguliers de la famille, de vieux messieurs qui vivent en marge du décalogue, et même de l'ordre social, des jeunes gens qui font bon marché de la loi divine et de la loi morale, toute une collection de bohèmes à la conscience leste et aux propos grivois, qui vivent

dans le mal comme le poisson dans l'eau. Ils en sont punis, je le sais bien; Labiche leur fait expier dans le grotesque tous les péchés qu'ils commettent. Mais le grotesque n'est pas la rançon suffisante du péché. On rit d'eux ; ce n'est pas assez, à moins que ce ne soit trop, car il y a des choses dont on ne doit pas rire. Labiche a le tort de donner au crime la figure de la farce. Sa conclusion est toujours : « Riez ! Egayezvous )) ! et, devant ces spectacles, la loi chrétienne nous commanderait plutôt de pleurer.

Et puis, il aime le mot propre, même quand ce mot est malpropre. II abonde en sous-entendus scabreux, il prodigue les allusions et les insinuations qui blessent les oreilles délicates. La gauloiserie est une de ses innombrables formes d'esprit ; ses héros lâchent des mots à effaroucher les consciences les moins scrupuleuses. Ses bons vivants ressemblent à de gros viveurs, et ils parlent une langue très spéciale, qui souvent n'a rien de commun avec celle des honnêtes gens. On a dit qu' « on peut mettre Labiche en bouteilles et en expédier aux malades et aux mélancoliques ». Grâce à Dieu, il n'y a pas sur la terre que des malades et des mélancoliques. Il y a des gens bien portants, bien sains, qui se respectent et veulent être respectés. Ceux-ci ne rient pas toujours de bon cœur des plaisanteries de Labiche ; elles les agacent ; elles les irritent même à la longue, et il leur arrive de dire que le rire n'est vraiment et tout à fait hygiénique qu'à la condition d'être toujours convenable.

En résumé, Labiche rit là où le chrétien s'attriste; c'est le défaut de son œuvre. »

Voici, dans l'ordre alphabétique, ses pièces les plus connues :

L'affaire de la rue de Lourcine, 1857 ; — Uavare en gants jaunes, 1858 ; — Le baron de Fourchevif, 1859, avec Joly : un vaniteux qui a usurpé un titre nobi-

laire est corrigé par un plaisant, honnête ; — Brûlons Voltaire, 1874, avec Leroy : assez déplaisant, intrigue d'amour ; — Le cachemire X. B. T., 1870, avec Nus, un jeune avocat qui dupé dans un achat, veut plaider et est désarmé par deux femmes ; — La Caanotte, 1864, avec Delacour : farce énorme, mésaventure de toute un groupe d'habitants de la Ferté qui sont venus à Paris pour dépenser joyeusement le produit d'une cagnotte ; — Célimare le bien-aimé, 1863, aventures d'un viveur ennuyé par deux maris et qui s'écrie : Ah ! ça, est-ce que je vais traîner toute ma vie ce cabriolet à deux roues ? ; — Une chaîne anglaise, 1848, avec Saintyves : il s'agit d'un mariage contracté en Angleterre et cassé en France ; deux gendres à la chambre nuptiale ; — Un chapeau de paille d'Italie, 1851, avec Michel : grand succès, pièce à poursuites, peu reprise par les théâtres officiels qui la trouvent "émodée ; — La chasse aux corbeaux, 1853, avec Michel ; — Les chemins de fer, 1868, avec Delacour et Choler, cocasserie énorme, haute gresse, rire, rires ; — Le choix d'un gendre, 1869, avec Delacour, un négociant qui pour connaître son futur gendre, s'introduit comme domestique dans la maison ;

— Le club champenois, 1848, avec Lefranc ; — La commode de Victorine, 1863, avec Martin, défilé de types cocasses, dans un appartement à louer.

La dame au petit chien, 1863, avec Dumoustier : un artiste s'installe chez un de ses créanciers, et dispose de tout et de tous ; — Deux papas très bien, 1845, avec Lefranc, très scabreux ; — Deux profonds scélérats ;

— Les deux timides, 1860, avec Michel ; — Doit-on le dire ?, 1873, avec Duru, étourdissant, adultère ; — Le dossier de Bosafol, 1869, avec Delacour : un b'game dont la seconde femme introduit la première comme domestique dans la maison conjugale.

Edgar et sa bonne, 1852, avec Michel ; — Embras-

sons-nous Folleville, 1850, avec Lefranc ; — La fille bien gardée, 1850, elle va au bal, elle s'égare dans la foule, elle est recueillie par un carabinier, etc ; — Garanti dix ans, 1874, avec P. Gille, un malade garanti par son médecin, quiproquos sur adultère ; — La gram.maire, 1867, un négociant qui ignore l'orthographe, un antiquaire ridicule; — L'homme de paille, 1843, avec Lefranc, très léger ; — Il est de la police, 1872, avec Leroy, Graindor qui se croit compromis et prend pour des policiers, un amoureux de sa femme, une bonne, etc. ; très risqué ; — Un jeune homme pressé, 1848.

Le livre bleu, 1871, avec Blum : c'est un livre qui indique aux femmes le moyen de se tirer de toutes les affaires délicates; l'épouse et la maîtresse le consultent et l'exploitent ; — La main leste, 1867, avec Martin, mésaventures d'une femme qui gifle à tort et à travers ; — Le major Cravachon, 1844, très scabreux ;

— Maman Sabouleux, 1852, avec Michel : expédients d'un individu dont la femme est nourrice ; elle meurt; il tient à garder l'enfant et laisse ignorer la mort de sa femme ; — Mamzelle fait ses dents, 1851, avec Michel ; — La mémoire d'Hortense, 1873, avec Delacour, un beau-père qui se fait choyer par son gendre en évoquant la mémoire de sa fille, la défunte Hortense ;

— Le Misanthrope et VAuvergnat, 1852, avec Labize et Siraudin; — Moi, 1864, avec Martin, satire du bourgeois qui ne comprend rien à la vie collective ; — Un Monsieur qui prend la mouche, 1852, avec Michel ;

— Mon Isménie, 1853 ; — Le m,outon à Ventresol, 1875, un domestique dont la femme est courtisée par le patron et qui exige, pour ses études vétérinaires, un mouton dans l'appartement.

L'omelette à la Folembûche, 1859, avec Michel, très alerte, passage croustilleux ; — Le papa du Prix d'honneur, 1868, avec Barrière, inférieur, sent le pi-

lier des halles de la gaîté ; — La perle de la Cannebière, 1855, avec Michel ; — Permettez, Madame, 1863, types grotesques groupés autour d'un individu qui fait une demande en mariage pour son neveu et place à chaque phrase « Permettez, Madame » ; — Les petits oiseaux, 1862, avec Delacour, portrait d'un bourgeois qui a trop bon cœur et qui est dupe de tout le monde ; — Le petit voyage, 1869, critique des voyages de noce ; — Les petits moyens, 1850, avec Lemoine et Decourcelle, pour retenir à la maison un mari volage ; — T^es petites mains, 1859, avec Martin, apologie de l'oisiveté dont la petitesse des mains est le symbole, théorie malencontreuse, farce agréable ; — La pièce de Chambertin, 1874, un bourgeois qui reçoit dans sa cave trois prétendus de sa fille, et les fait travailler au concours ; — Un pied dans le crime, 1866, avec Choler ; — Le plus heureux des trois, 1870, avec Gondinet, la résignation d'un mari trompé : — La poudre aux yeux, 1861, avec Martin, contre le travers de ceux qui veulent paraître riches par vanité : ■ — Le premier pas, 1862, c'est l'éveil de l'amour dans le cœur du jeune homme ; — Premier prix de piano, 1865, avec Delacour ; — Le prix Martin, 1876, avec Augier, polissonnerie.

Le rouge-gorge, 1860, avec Choler, scabreux ; — Si jamais je te pince, 1856, avec Michel ; — Soufflezmoi dans Vceil, 1852, avec ^lichel ; — La station Champbaudet, 1862, très malsain ; — Les trente-sept sous de M. Montaudoin. 1863, avec Martin, une femme qui depuis vingt ans prend chaque jour trentesept sous à son mari pour constituer une réserve ; — Les trente millions de Gladiator, 1875, avec Gille, désopilant, gros sel ; — Vingt-neuf degrés à Vombre, 1873, très leste; — Les vivacités du capitaine Tic, 1861, avec Martin, un vieux grognard dont les vivacités insupportables à tout le monde s'apaisent en présence

LABRUYÈRE — LANDAY 197

d'une jeune fille qu'il épouse ; — Le voyage de M. Perrichon, 1860, avec Martin : montre que pour riiomnie vaniteux, la présence de celui qui lui a rendu service l'humilie, tandis que la présence de celui qu'il a tiré d'embarras le flatte...

Georges de Labruyère ne nous est connu que par une petite oeuvre Le retour de VAigle, 1898, épisode historique court et poignant, honnête : le maréchal se décide à servir de nouveau l'empereur, à la prière de son père.

Pierre-Claude-Nivelle de Lachaussée (1692-1754), innovateur dramatique qui créa la comédie larmoyante et mérita d'être surnommé le dramaturge du tiers-Etat.

Il nous suffira de le mentionner avec le titre de ses principales œuvres, mal écrites et romanesques : La fausse antipathie, 1733 ; — Le préjugé à la mode, 1735 ; — Mélanide, 1741.

Jules Lacroix (1809-1887), frère du bibliophile Jacob, poète et littérateur. Il est moins connu aujourd'hui par ses nombreux romans que par ses remarquables adaptations dramatiques : Macbeth, 1830 ; — Œdiperoi, 1858, le grand succès de Mounet-Sully ; — Le testament de César, 1849 ; — Le roi Lear, 1868.

Maurice Landay, ami de Brieux, a abordé comme lui les problèmes physiologiques et sociaux, dans des romans et quelques pièces : Leur gourme, 1904, thèse sur la recherche de la paternité, qualités littéraires; — La loi. du pardon ; — La tourmente, 190G : les ouvriers d'une usine se mettent en grève à l'instigation d'un meneur, irrité de n'avoir pas obtenu la main de la patronne quand elle était jeune fille... L'industriel va quitter le pays... Les ouvriers se ravisent et tuent le meneur. Belles tirades contre la grève.

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