BELOT
Michel Pauper, 1870. (( Il a voulu peindre un homme de génie aux prises avec la passion qui finit par le déshonorer et le tuer ; mais par amour de la crudité, il a fait de son homme de génie un voyou » (Barbey d'Aurevilly).
La navette, 1879, c'est le bas-fonds des mœurs. <( La physiologie poussée à ce point, a dit Paul de Saint- Victor, ne se distingue plus de l'ichthyologie ».
Les honnêtes femmes, 1880, bluette en un acte presque honnête, à moins qu'elle ne soit une ironie dirigée contre la vertu conjugale.
Les corbeaux, 1882. De l'avis de tous, cette comédie est l'essai le plus complet et le plus audacieux du réalisme. Dans certaines pièces de Zola, il y a un personnage sympathique : ici, il n'y en a pas. Tout est horrible, noir ; c'est Schopenhauer, c'est Ribeira, c'est pis encore, c'est Becque. Tous ces polissons, ces voleurs qui s'abattent sur une veuve et ses trois filles, pour les dépouiller, sont des monstres ; et l'auteur n'a pas un sursaut de conscience.
La parisienne, 1885, est l'œuvre la plus connue de Becque, mais elle est peut être encore plus brutale et plus ignoble que les précédentes. « C'est, dit Jules Lemaitre, la plus étonnante déviation individuelle de la morale générale qu'on ait peut être vue au théâtre ». Les manœuvres de cette femme qui veut satisfaire ses vices en gardant la considération constituent un tableau de mauvaises mœurs d'une crudité exceptionnelle. Et les journaux conservateurs en font reloge : «Il n'y a pas, dit l'un deux, de comédie moderne qui soit plus digne de figurer au répertoire de la Comédie- Française ». C'est très juste, si vous assimilez le premier de nos théâtres à un mauvais lieu...
Adolphe Belot (1829-1892), fabricant de romans et de pièces ; il a porté à la scène la plupart de ses livres