DUGUE — DUMANOIR
a repris en 1881 sa première pièce Trente ans ou la vie d'un joueur, qui eut en 1827 avec Frederick Lemaitre, une vogue prolongée ; et en 1885, Le jésuite, drame ignoble, composé en 1830, avec Pixérécourt.
Ferdinand Dugué (1815-19..), collaborateur de Dennery et d'Anicet Bourgeois, lui-même habile charpentier, mais médiocre littérateur dans Le donjon des Etangs, 1875 : Henri IV, ses amours adultères avec la princesse de Condé ; rôle d'Agrippa d'Aubigné, etc. ; — Un drame au fond de la mer, 1876, pièce à grand spectacle, exhibition de phénomènes scientifiques, intrigues de deux jeunes gens qui aiment la même jeune fille : — etc., etc.
Philippe-Pinel Dumanoir (1806-1865), vaudevilliste très fécond. « Il a laissé se perdre ses qualités distinguées dans les eaux de la collaboration, comme le jet transparent de la roche se perd dans le flot trouble de la rivière ». Il a souffert du voisinage des auteurs à succès qui ont profité de sa collaboration : Bayard, î^Iallian, Melesville, Scribe, Cogniard, Bourgeois, Dennery, Brisebarre, Siraudin, Michel, Clairville, Biéville, Lafargue, etc.
Il a signé seul : L'école des agneaux, 1854; — L'école des femmes, 1855 ; — Le camp des bourgeoises, 1855 ;
— Les feynmes terribles, 1858, les bavardes qui créent des em.barras pour elles-mêmes et pour les autres ;
— Le gentilhomme pauvre, 1861, drame touchant et honnête, d'après le roman d'Henri Conscience ; — La maison sans enfants, 1863 : une femme charitable attristée de n'avoir pas d'enfants, rencontre dans une famille une petite fille de cinq ans qui la comble de caresses... Or cette fille appartient à son mari qui fut père avant son mariage ; elle est admise au foyer;
— Lully ou les petits violons de Mademoiselle, 1850.
Alexandre Dumas père (1802-1870), l'un des producteurs de romans et de pièces les plus étonnants du XIX« siècle.
Son fils l'a assez bien résumé dans cette devise héraldique : «Beaucoup de gueule sur un peu d'or». Il est en effet et tout d'abord un hâbleur sublime, un Gaudissart inépuisable, un mulâtre ardent ot gasconnant, un conteur à la Perrault, mais colossal, un « blagueur de géaie assis à la table d'hôte de son siècle », un écrivain ou plutôt un amuseur en marge de la littérature, et un amuseur si puissant que Michelet l'appela « une des forces de la nature ».
Il a eu la prétention de s'emparer du monde pour le mettre dans ses œuvres : «La création tout entière appartient au poète», dit-il dans la préface de Napoléon Bonaparte. Ce grand faiseur a su créer, non pas des caractères, des idées et des sentiments, mais plutôt des faits et des aventures. C'est plus vulgaire ; mais c'est ainsi qu'il a conquis le peuple.
Son style et son langage aussi, sont vulgaires ; mais cette vulgarité même est le secret des succès au théâtre; elle s'harmonise ici parfaitement avec l'action et elle crée des sympathies dans la foule qui considère Ponson du Terrail comme un littérateur.
Sa philosophie est plus que vulgaire ; elle est basse; elle s'arrête à la sensation physique. Elle s'adresse à la sensualité, et s'exprime en termes si libres qu'elle tombe le plus souvent dans la physiologie. Ce cynisme qui est un des caractères de Dumas, explique sa prédilection pour les sujets empruntés aux époques les plus dissolues de notre histoire, la Régence et le règne de Louis X'V, « où l'on fait tout, excepté pénitence ».
Il dénature d'ailleurs l'histoire avec un aplomb imperturbable : «il n'est pas plus inquiété de la ressemblance de ses personnages dramatiques avec ceux de l'histoire qu'ils expriment, qu'un peinturlureur
de cartes à jouer. » II veut tout d'abord amuser : et c'est pourquoi, il va toujours au plus facile, ne s'occupant que de la laborieuse construction de son château de cartes, et de la manière de le maintenir d'ebout pendant cinq actes et quatorze tableaux... Ce n'est pas ainsi qu'on est jamais Shakespeare, dit Barbey d'Aurevilly; sinon peut-être un Shakespeare de l'amusette, un Shakespeare-Pradon, un Shakespeare-Trissotin !
C'est à cette école cependant que toute une génération a appris l'histoire de France et un peu l'histoire de l'Eglise.
Ce n'est pas que le robuste amuseur ait intentionnellement attaqué la religion ; mais il l'a ravalée comme tout le reste, par instinct dramatique, et par ignorance. Il ne s'en est pas caché : (( A vingt ans, dit-il, j'entrais dans le monde, avec des idées de morale et de religion complètement faussées ; j'étais matérialiste et voltairien jusque dans le bout des ongles » (Comment je devins auteur dramatique. Théâtre, I, page 4).
Les présentes considérations s'appliquent à toutes ses œuvres dramatiques dont voici les principales :
Antony, 1831, drame inspiré par la violente passion qu'éprouvait l'auteur pour INI"^" Mélanie "Waldor. Dumas s'y est dépeint lui-même (cmoins l'assassinat». Cette œuvre excentrique, réaliste, byronienne, dénoncée comme immorale par Le Constitutionnel, fut interdite par le ministre de l'Intérieur et autorisée seulement à la fin du second Empire.
Catherine Howard, 1834, drame pseudohistorique. Le narcotique de Roméo fournit au mari de Catherine le moyen de soustraire sa femm'e à l'amour de Henri VIII, en la faisant passer pour morte. Le roi vient visiter dans son tombeau la femme qu'il a convoitée ; il lui passe la bague au doigt, elle se pé- •ueille, Henri la couronne. Le mari emploie pour lui-
même le narcotique afin de se soustraire aux vengeances du roi jaloux. Mort de Catherine qui a trahi tous ses serments : c'est Ethelwood, le mari de Catherine qui fait l'office du bourreau.
Charles VIII chez ses grands vassaux, 1831, tragédie en vers, en 5 actes, pièce prétendue classique {Cur non ? dit l'auteur dans sa préface). Le fond de l'action, c'est YAndromaque de Racine
La chasse au châstre, 1850, fantaisie en sept tableaux. Peu de succès ; — Le chevalier de la Maison rouge, 1847, drame en dix tableaux dont le souvenir s'est perpétué par le chant Mourir pour la patrie, qui devint peu après le chant patriotique de 1848. Histoire d'amour et merveilleuse évocation du temps de la Révolution : scènes de lutte, populaires, dévouements, trahisons, chauvinisme, folies, idylle, etc.
Angèle, 1833, drame en 5 actes : une jeune fille devient mère en plein bal, une mère manque d'épouser l'amant de sa fille ; un Lovelace en habit noir déshonore trois femmes avec un cyn'sme révoltant. Un médecin poitrinaire joue le personnage excentrique. Horreurs sur horreurs.
Bathilde, 1839, drame en 3 actes, avec M. Maquet, seul nommé ; — Les blancs et les bleus, 1868 : « parade de cirque, sans invention, sans unité, sans style, sans esprit, » (Barbey d'Aurevilly) ; — Caligula, 1837, tragédie en 5 actes, en beaux vers. La critique et le public de 1837 l'accueillirent sans enthousiasme. On l'a reprise depuis avec succès : le prologue décrit d'une manière grandiose l'animation des rues romaines sous Caligula. Les cinq actes manquent de relief ; — Catilina, 1848, drame en 5 actes et 7 tableaux : étude et exhibition antiques. Scènes de funérailles très pittoresques. Roman de Catilina avec Marcia la Ves-
taie et événements bizarres qui s'ensuivent. Lutte d^ riiéroïque bandit contre Rome. Sa mort.
Le chevalier d'Harmenthal, 1849, drame en 5 acte.^ et 10 tableaux ; — Christine, 1830, trilogie en 5 actes, en vers, jouée d'abord sous le titre : Stockholm, Fon^ tainebleau, Rome, souleva des volcans d'enthousiasme et plaça l'auteur au rang de Victor Hugo ; — Le comte Herman, 1849 : cinq actes de sentiment. L'auteur déclare dans sa préface qu'il veut montrer la chasteté d'une femme et le dévoùment d'un homme produisant les mêmes effets d'émotion et de larmes, qu'il demandait précédemment dans Angèle et Aniony, aux passions toutes physiques,
La conscience, 1854, drame sans succès : l'histoire d'une faute par entraînement, et la réparation par le travail, l'amour et le bonheur ; — La dame de Montsoreau, 1860, avec Maquet : drame pseudo-historique faisant suite à La Reine Margot et aux Mousquetaires ; — Les demoiselles de Saint-Cyr, 1843, aventure folle et galante à laquelle sont mêlés les noms les plus graves de l'histoire : Louis XIV, le roi d'Espagne Philippe V, etc.
Don Juan de Marâna ou la Chute d'un ange, 1836 : mystère en 5 actes, pièce bizarre où apparaissent dans les nuages le bon et le mauvais ange, la Ste- Vierge... Pas de succès ; — L'envers d'une conspiration, 18G0, drame pseudo-historique en 5 actes, doublé d'une intrigue d'amour de vaudeville, sous Charles II d'Angleterre ; — La fille du régent, 1846, grande fantaisie historique en 4 actes. Un conspirateur arrêté ; il aime une fille naturelle de Philippe d'Orléans. Celui-ci la reconnaît et en sa faveur sauve le révolté.
Le garde forestier, 1845, comédie en 2 actes ; — Le gentilhomme de la montagne, 1861 ; — La guerre des femmes, 1849, drame en 5 actes et 10 tableaux ; — Ha-
lifax, 1842, comédie en 3 actes, avec Dennery : scabieuse, médiocre, mal accueillie.
Hamlet, 1847, adaptation en 5 actes et en vers, avec Paul Meurice; — Henri III et sa cour, 1829, drame en & actes, en prose, qui valut à l'auteur de véritables ovations. Reconstitution pittoresque de la vie à la cour, un drame de la jalousie et un drame historique, beaucoup de scènes brutales. Couleur locale intense, sarbacanes, jurons, exhibition de mignons, violences; — Vhonneur est satisfait, 1857, comédie en un acte : sentimentale et légère ; — L'invitation à la valse, 1857, comédie en un acte.
La jeunesse de Louis XIV, 1864, comédie en 5 actes : l'amour de Louis XIV pour Marie de Mancini, nièce de Mazarin. Portrait de Mazarin. Galerie de marionnettes historiques, pathos et galimatias ; succès énorme ; — La jeunesse des Mousquetaires, 1849, drame en 5 actes et 14 tableaux ; — Joseph Balsamo, 1878, drame en 5 actes et 8 tableaux : intrigues ignobles ourdies par le duc de Richelieu, efforts de Balsamo pour les déjouer. Esprit révolutionnaire ; mots crus et scènes libertines. Peu de succès.
Kean, 1836, drame en 5 actes et en prose : ce Kean est un comédien anglais odieux et crapuleux, dont Dumas fait un héros et un vei'tueux. A cette occasion, il s'efforce de glorifier le comédien et l'auteur dramatique qui doivent connaître tous les vices pour le.^ bien exprimer ; — Lofenzino, 1842, drame en 5 actes : assassinat du duc Alexandre de Florence par son cousin Lorenzino ; — Madame de Chamblay, 1868, drame en 5 actes,retouché par Dumas fils; — Mademoiselle de Belle Isle, 1839, drame sentimental mêlé de comique, très scabreux ; — Mesdemoiselles de Saint-Cyr, 1843, comédie en 5 actes. Un mari ne commence à aimer sa femme que lorsqu'il la voit inspirer de l'amour à. un autre homme ; — Les Mohicans de Paris, 1864.
Monte Cristo, 1851, drame en 14 tableaux, et divisé en deux soirées. Il est emprunté à l'intermi- Tiable et célèbre roman qui porte le même titre. <(0n a été obligé de l'abréger pour le faire entrer à la scène, et on Ty a fait entrer, mais seulement par pièces et par morceaux. Le roman a été concassé et €st devenu une mosaïque folle de tableaux décloués et quelque chose d'absolument incompréhensible et même de ridicule ». (Barbey d'Aurevilly).
La pièce a été complétée par Le comte de Morcerf et Ville fort.
Les Mousquetaires, 1845, pièce en 5 actes et 12 tableaux, avec Maquet : grand drame à allure épique rempli des exploits des quatre hardis compagnons. La mort de Charles l^"" en forme le centre, vengeances, estocades, dévouement, amitié, pas d'amour.
Napoléon Bonaparte ou Trente ans de l'histoire de France, 1831, drame en 6 actes et 23 tableaux. Commence à Toulon et finit à Sainte-Hélène. Peu de valeur, grand succès.
L'Orestie, 1856, tragédie en 5 actes, en vers, imitée de l'antique.
La reine Margot, 1847, drame en 5 actes et 13 tableaux, avec Maquet. Fantaisie historique ; tableaux atroces ; le massacre de la Saint-Barthélémy ; conspiration ; volupté ; poisons, etc.
Richard Darlington, 1831, drame en 3 actes, 8 tableaux et un prologue, dont le but est la peinture de l'ambition. Amoncellement inouï de violences et de brutalités.
Térésa, 1832, drame violent en 5 actes. Cette Térésa est une Phèdre qui trompe son mari avec son gendre...
La tour de Nesle, 1832, drame en 5 actes et 9 tableaux, avec Gaillardet. Drame sombre qui remporte
encore de prodigieux succès : l'inceste, l'adultère et rassassinat en forment tout le sujet.
Un mariage sous Louis XV, 1841, comédie en 5 actes. La vieille idée du mari qui n'ose aimer sa femme par crainte du ridicule ; déjà exploitée par La Chaussée dans La fausse antipathie, elle est ici l'une des plus scabreuses du théâtre de Dumas; — Urbain Grandier, 1850, drame en 5 actes ; — Le verrou de la reine, 1856, comédie en 5 actes, intitulée d'abord La jeunesse de Louis XV, et remaniée après son interdiction par la censure.
Alexandre Dumas fils (1824-1895), ctnègre mal blanchi par trois générations de descendance adultérine », est l'un des écrivains qui ont le plus extraordinairement bravé les convenances en rôdant autour du mariage et de la famille.
On l'a représenté comme un praticien consommé du théâtre, un virtuose rompu à toutes les combinaisons scéniques, un talent supérieur, une nature franche et bonne, généreuse, loyale, bon enfant, exceptionnellement sympathique. Et cela, il ne nous coûte pas de l'admettre.
On lui a décerné aussi le titre de philosophe et de moraliste, même de moraliste chrétien. Et lui-même en a pris le titre, il s'en est targué. Etant donné sa bonté d'âme, et sa pitié naturelle, il a pu être sincère, mais il a été sûrement dans l'illusion.
Il a dénoncé certaines lacunes de la législation concernant la protection de la femme, la recherche de la paternité, etc., mais il a mêlé à ces protestations courageuses des sophismes, des utopies, la défense du divorce et autres mesures antisociales.
Il a étendu outre mesure son rôle moralisateur et réformateur, jusqu'à prétendre dans ses Préfaces que le théâtre doit remplacer l'Eglise.
Il a abusé dans ses thèses et ses plaidoyers de l'E-
criture et de l'Evangile : il a voulu y trouver entre autres choses une preuve ou un antécédent en faveur de ses monstrueuses théories sur l'adultère et l'illégitimité. Son christianisme est celui de toute sa maison, de l'écervelé colossal qui fut son père, de sa soeur qui nous offrit, dans un roman Au lit de la mort, des demi-mondaines comme confesseurs.
Il a commis des écarts de langage très graves et ses Préfaces et Entfactes, autant que ses pièces, renferment des mots révoltants de crudité.
Il a norté à la scène les problèmes les plus scabreux :11a recherche de la paternité, le divorce, la séduction, le concubinage, le proxénétisme, l'adultère, et il l'a fait souvent d'une manière maladroite et pernicieuse. (( Il a quelquefois manqué de bon sens, plus souvent encore d'une suffisante connaissance des sujets qu'il traitait, et toujours de mesure. Les lacunes de l'éducation première de Dumas ne s'aperçoivent que trop » (Brunetière).
Et en effet, comme il s'exprime lui-même : «Lorsque j'eus dix-huit ans, l'exubérance de mon père s'associa ma jeunesse et ma curiosité, et nous voilà partis dans les plaisirs du monde, de tous les mondes ». Ce sont ces mondes qu'il a fouillés et exhibés, avec leurs mauvais côtés, leurs instincts ignobles et leurs passions bestiales. « Il n'a mis constamment à la scène que des tableaux de mauvaises mœurs... il a fait venir à la vie littéraire toute une catégorie de personnes que peutêtre il eût mieux valu laisser dans le demi-jour où on les tolérait à côté et en dehors de la société. Il a dans l'étude des rapports des sexes donné à l'élément physiologique une importance que le théâtre n'avait pas encore osé signaler. Il Ta fait avec une hardiesse d'expression et une crudité de langage alors toutes nouvelles... Il a fait campagne contre le mariage in-
dissoluble. » (René Doumic, Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1896).
Son idéal paraît être en effet l'union libre, et en attendant que ces théories passent dans la loi et dans les mœurs, il conseille l'assassinat du conjoint coupable : Tue-le ; tue-la ; tue-les.
Il y a, continue Francisque Sarcey, dans les drames et les tirades morales de Dumas, comme un piment de volupté secrète. Je Técoutais hier ; le rire qu'il excite, j'en étudiais la sonorité particulière, c'est le rire du scandale. Ce langage de médecin et de physiologiste, en présence de fem.mes et de jeunes filles, est le plus insolent mépris jeté aux spectateurs. Mais ce qui m'enrage contre lui, c'est la prétention qu'il affiche de faire de la morale, quand il n'y a rien — ma foi, je vais lâcher le mot, il me brûle les lèvres, — de plus démoralisant que ces sortes de spectacles... Il familiarise les imaginations avec l'idée de l'adultère... {Le Temps, 16 octobre 1871).
Dumas s'est jugé lui-même et son théâtre dans la préface souvent citée de La Princesse Georges.
On a divisé le théâtre de Dumas en trois phases, comme sa vie dont ses pièces sont le reflet... Il nous paraît plus pratique cependant de le disposer par ordre alphabétique d'œuvres :
L'affaire Clemenceau, 1887, tiré du roman de Dumas fils et mis à la scène par Armand Dartois, plaidoyer en faveur du châtiment de l'adultère de la main même de l'époux outragé. Scènes très hardies et mots crus.
Vami des femmes, 1864. <( A la première représentation, après le IV" acte, un spectateur s'est écrié ; C'est dégoûtant » (Préface de la pièce, par Dumas luimême). L'ouvrage a été remanié pour l'édition définitive: il reste cependant scabreux et très égrillard.
Le bijou de la reine, 1855. Ce petit acte en vers, écrit en 1845, est surtout célèbre par la Préface où l'auteur fait l'éloge de la prose.
La comtesse Romani, 1877, signée du nom fantaisiste de Gustave de Jalin, avec Mme Gustave Fould. Cette comédie montre qu'il y a inconvénient à épouser une actrice, parce que le théâtre l'attire malgré elle.
La dame aux camélias, 1852, drame en 5 actes, en prose, tiré du roman qui porte le même nom : Tune des œuvres les plus célèbres du XIX« siècle. C'est dans tout son réalisme la vie de débauches de Marguerite Gautier, puis son amour véritable pour Armand Duval, et enfin sa mort. Cette pièce obtient partout, surtout avec Sarah Bernhardt, un scandaleux succès : elle familiarise avec le luxe et la fange et elle rend le vice sympathique. Barb y d'Aurevilly fait deux remarques qui n'atténuent en rien notre flétrissure mais qui ont leur importance : 1° en présence de la corruption actuelle, la Gautier n'est qu'une estampe effacée ; 2° l'intérêt aujourd'hui est pour le rôle de Prudence. La faiseuse d'affaires, rirmommable Prudence qui a dans l'âme la bassesse de son métier et dans les manières la bassesse de ces deux bassesses, est la coqueluche de la salle.
Les Danicheff, 1879, pièce signée du seul nom de Newsky, pseudonyme de Pierre Corvin, d'origine russe, doit son succès qui dure toujours, à la collaboration de Dumas. Sujet étrange et légèrement scabreux : situations poignantes.
Le demi-monde, 1853. Le fond en est emprunté à la vie même de Dumas. Il s'agit là de mœurs exceptionnelles : Mlle Suzanne, dit^ la baronne d'Ange, Mme de Santés et Mme de Vernières sont les trois types de femmes qui personnifient toutes les grâces du vice.
Denise, 1885, l'une des pièces les plus émouvantes de Dumas. « Il pleurait dans toute la salle », a-t-on dit
lors de la première représentation. Denise est une institutrice séduite et abandonnée : elle est tellement séduisante que tout le public prend cause pour eUe et admet avec Dumas, que rien ne doit empêcher un honnête homme de l'épouser.
Diane de Lys, 1853. «C'est bien une femme d'aujourd'hui, dit Théophile Gautier, ennuyée, curieuse, dénuée d'affections domestiques, et qui cherche dans l'amour illicite des distractions que lui refuse un foyer désert. Elle n'a ni remords, ni combats ; le sentiment du devoir n'existe pas chez elle ». Dumas est moraliste !
L'étrangère, 1876, pièce étrange, bizarre, choquante, saugrenue, qui emprunte sa singularité à la théorie des vibrions...
La femme de Claude, 1873, pièce brutale, immorale, d'un mysticisme ennuyeux. Dumas y démontre sa théorie formulée, dans L'Homme- femme, par ces mots Tue-la, et dans sa préface de 80 pages par sa férocité contre « la guenon du pays du Nord ».
Le filleul de Pompignac, 1869, signé Alphonse de Jalin, et dû à la collaboration de Dumas avec Alphonse Lefrançois. Drame poignant autour d'un fils adultérin.
Le fils naturel, 1858. C'est la traduction dramatique de l'aventure de d'Alembert avec Mme de Tencin, en d'autres termes, l'histoire d'un enfant abandonné qui devient célèbre et renie celui qui l'a renié.
Francillon, 1887, la pièce que Dumas considérait comme la plus « raide » de son répertoire. Pas de thèse, un fait-divers admirablement conduit : Francillon est convaincue de l'infidélité de son mari ; pour s'en venger, elle simule elle-même une trahison. Toute la pièce consiste dans la situation embarrassée du mari qui se demande — et le public aussi — si cette
trahison est réelle. Elle ne l'est pas. Apothéose. Grand succès.
Héloïse Paranquet, 1866, avec Armand Durantin. Œuvre de jurisconsulte : on a dit que la donnée même du drame était prise dans le code, et que les situations en étaient toutes sorties, sans être, à cette épo ue, moins neuves pour cela. Il s'agit des droits du père sur l'enfant qu'il a eu d'une jeune fille séduite.
Les idées de Madame Aubray, 1867. Dans cette œuvre célèbre, Dumas s'est donné la tâche de réhabiliter les filles tombées, et de nous montrer au dénoûment l'homme le plus sympathique (Camille Aubray) donnant la main, du consentement de la mère la plus austère (Madame Aubray) à Jeannine, une fille-mère qui a été entretenue et qui Tavoue... Il l'a fait avec une habileté et une éloquence qui lui valent encore un succès prodigieux.
Monsieur Alphonse, 1873 : trois actes pleins d'action, mais aussi d'indécences et d'immoralités. Il semble cependant que l'auteur a étalé les hontes de M. Alphonse pour mieux flageller légoïsme du libertin qui abandonne la fille pauvre pour courir après les écus de la veuve Guichard.
La princesse de Bagdad, 1881 : histoire dramatique, mais invraisemblable d'une névrosée gaspilleuse qui joue la comédie de l'adultère. Elle fut sifflée lors de la première représentation. (( Elle n'est pas seulement une mauvaise pièce, parce qu'elle est mal faite ; mais c'est une mauvaise pièce dans le plus profond de son être, par le fond même de l'observation humaine qu'il y faudrait et qui n'y est pas ». (Barbey d'AureviJly).
La princesse Georges, 1871. D'après sa préface, Dumas a voulu constater dans ce drame l'impuissance de la loi vis-à-vis de l'adultère et discuter le droit di-