LA VENGFANCE EN MARCHE
palais du Sénat et finit, comme vous pouvez vous en rendre compte au portique du temple qui regarde l'Occident. Il reprend, alors, à ce même portique occidental pour passer par l'endroit appelé Betso et continuer jusqu'à la porte des Esséniens. De là, tournant vers le midi, il passe au-dessous de la fontaine de Siloé et, par Ophlan, retourne vers l'Orient, gagne l'étang de Salomon et va au portique oriental du temple où il se termine. »
— Très bien, vieillard, dit Titus, mes yeux eux-mêmes me montrent que tu ne me trompes pas. Le second mur me paraît de moindre importance.
— Oui, seigneur, il commence à la porte de Génath qui fait partie du premier mur, il ne va que jusqu'à la forteresse Antonia et ne regarde que le côté du septentrion.
— Ce n'est pas là celui qu'à édifié le roi Agrippa?
— Non, seigneur. L'ouvrage du roi Agrippa est le troisième mur que vous voyez commencer à la tour d'Hippicos et qui s'étend du côté de la bise jusqu'à la tour Pséphiria, vis-à-vis du sépulcre d'Hélène, reine des Adiabéniens et mère du roi Isate, continue le long des cavernes royales depuis la tour que vous voyez à l'un de ses coins où il fait un coude pour aller passer tout près du tombeau du foulon. Ce mur rejoint, de là, l'ancienne muraille et se termine au torrent de Kidron.
— Pourquoi le roi Agrippa avait-il construit ce mur?
— Pour clore la ville de ce côté alors inhabité, seigneur, mais, depuis, le peuple y a construit des maisons, a rempli cet espace et a même débordé au dehors comme il a beaucoup construit du côté septentrional du temple qui est proche de la montagne.
« C'est aussi pour la même raison que vous voyez la montagne de Besetha* qui est en face de la tour Antoriia^
(Ij Be^eiha veut dire ville neuve.
couverte de maisons, mais là, des fossés profonds ont été creusés à l'entour pour rendre cette citadelle presque inaccessible en en doublant, en quelque sorte, la hauteur. »
— Le roi Agrippa n'a fort heureusement pas achevé son ouvrage, dit Titus avec satisfaction, car, s'il l'eut achevé, aucune armée au monde ne pourrait prendre Jérusalem.
— En efiet, seigneur, les pierres de ce mur ont vingt coudées de long sur dix de large, son épaisseur est de dix coudées et si sa hauteur répondait à sa largeur, il n'y a pas de machine de guerre qui pourrait l'entamer. Le roi Agrippa l'a laissé inachevé dans la crainte de porter ombrage aux romains et de s'attirer la colère de l'empereur Giaudius. Toutefois, les juifs ont remédié un peu au défaut de .et ouvrage, car ce sont eux qui lui ont donné la hauteur de vjngt coudées qu'il a présentement et l'ont garni de créneaux qui ont deux coudées^ et de parapets qui en ont trois, ce qui lui donne vmgt-cinq coudées de hauteur.
Titus écoutait ces détails avec attention.
— Gomme vous le voyez, seigneur, continua le vieillard non sans un sentiment secret d'orgueil, ce mur est fortifié de tours qui ont vingt coudées en carré, sont aussi solides que lui et dont les pierres sont aussi belles que celle du Temple.
— Ces tours ont au moins vingt coudées de plus en hauteur que le mur, dit le général romain.
— Oui, seigneur.
— Et quel est leur aménagement?
— On-j monte par des degrés à vis fort larges, répondit le lévite; au-dedans, il y a des logements et des citernes immenses.
(1) La coudée fut l'unité principale des mesures de longueur chez les premiers peuples de l'Asie et de l'Afrique. La coudée royale sacrée d'Egypte, mesurait cinq cent vingt-cinq millimètres. La coudée naturelle, quatre cent cinquante millimètres. La coudée Olympique, quatre cent soixante-deux. La coudée philetérienne établie par les successeurs d'Alexandre, cinq cent quarante millimètres.
Albinus le fit battre de verges et mettre tout en sarg mais il n'en obtint pas davantage. (P. 25.)
lA VENGEANCE EN MARCHE. 35
Titus comptait les tours.
— li y en a quatre-vingt-dix, dit le vieillard qui
remarqua son calcul.
Quelle est leur distance respective ?
— Deux cents coudées.
Combien le mur du milieu a-tril de tour ?
— Quatorze, seigneur.
— Et l'ancien mur?
— Soixante.
— Voilà une ville bien fortifiée, dit Titus en se secouant la tête et d'un air pensif. Combien a-t-elle de tour?
— Trente-trois stades, seigneur.
Et Titus admira, en silence.
Ce qu'il voyait surpassait presque ce qu'il avait déjà vu du lieu où il avait établi son quartier.
Quoique ce troisième mur fut admirable, en efîet, la tour Psephma, bâtie à l'angle de la muraille qui regardait le septentrion et l'occident, et vis-à-vis de laquelle Titus campait, surpassait encore en beauté tout le reste.
De forme octogone, cette tour, haute de soixante-dix coudées, ofirait aux vigies juives un panorama si étendu, que, de ses terrasses on pouvait voir l'Arabie et découvrir, par' un temps clair, jusqu'à la mer et aux frontières de
la Judée.
Non loin d'elle, était la superbe tour d'Hippicos, voisine de deux autres, que le roi Hérode-le-Grand avait aussi élevées sur l'ancien mur et dont la beauté et la force étaient si surprenantes que leurs pareilles n'existaient pas dans le monde entier.
Ces tours, en efiet, étaient, à la fois, l'œuvre de l'orgueil d'Hérode et celle de son cœur. En les construisant, il avait voulu, non seulement immortaliser son nom en Jérusalem, mais encore éterniser la mémoire des trois personnes qui lui avaient été les plus chères : un ami et un frère tués
dans la guerre et morts en héros et une épouse qu'il chérissait.
Titus avait entendu parler de cela comme d'une légende, le vieillard la lui confirmait :
— Oui, seigneur, disait-il avec un enthousiasme national, le roi Ilérode a donné à la tour Hippicos le nom de son ami, et il en a fait une merveille. Elle est massive au dedans, chacune de ses quatre faces a vingt-cinq coudées de largeur et trente de hauteur. Sa terrasse est pavée de pierres rares jointes sans ciment avec un art parfait et contient un puits central de vingt coudées de profondeur, pour recevoir l'eau du ciel.
— Elle a plus de trente coudées de hauteur, dit Titus avec vivacité.
— Oui, seigneur, elle en a quatre-vingt-cinq, parce qu elle supporte deux étages de logements, des créneaux et des parapets. La seconde de ces tours, appelée Phazaël, du nom du frère du roi Hérode, est plus grande et plus belle encore, car chacune de ses faces, en hauteur et en largeur, a quarante coudées.
— Et l'intérieur de cette tour ?
— L'intérieur est massif aussi, seigneur.
— Et les terrasses ?
— Le dessus comprend un vestibule de dix coudées de hauteur soutenu par des arcs-boutants et environné de tourelles. Du milieu de ce vestibule, s'élève une tour dans laquelle sont des logements et des bains luxueux dignes de ia magnificence royale. Le haut de cette tour est également garni de parapets. Elle a quatre-vingt-dix coudées de hauteur, en tout; sa forme, comme vous avez pu le constater, ressemble à celle du Pharos d'Alexandrie où un feu toujours allumé sert de fanal aux mariniers pour les empêcher de se briser sur les écueils. Mais elle est plus vaste et plus magnifique.