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LA VENGEANCE EN MARCHE

— N'est-ce pas là que Simon a établi le siège de son usurpation tyrannique? demanda Titus.

— Oui, seigneur, c'est là en effet que Simon, fils de Giovas, l'un des chefs des factieux juifs qui désolent Jérusalem par la guerre civile, s'est retranché.

— Qu'est-ce au juste que ce Simon?

Le vieillard essuya, sur le bord de sa paupière, une larme prête à tomber et, prenant baleine un instant, après avoir jeté un douloureux regard sur Jérusalem, il répondit en ces termes :

— Simon, seigneur, est un ancien chef de brigands qui est parvenu, aidé par les tristes circonstances du temps présent, à se recruter un parti nombreux et puissant.

« Il est jeune et audacieux. Gbassé par Ananus qui fut depuis assassiné et qui était, fcette année-là, grand sacrificateur, cbassé, dis-je, de la Toparcbie de Lacrabatane dont il était gouverneur, il s'était retiré avec des voleurs ^i occupaient Massada. D'abord suspect à leurs yeux, il sut gagner peu à peu leur confiance, devint leur capitaine et les mena au pillage des pays environnants.

» Ayant appris la mort d' Ananus, il aspira à la tyrannie aussitôt. Il fit, alors, publier qu'il afirancbirait tous les esclaves et enrichirait les personnes libres. Tous ceux qui aimaient le désordre se joignirent bientôt à lui et il saccagea les bourgs et les villages. Puis, son audace croissant avec ses forces, de la montagne il passa dans la plaine et menaça ies

villes. Les succès, alors, lui joignirent des personnes importantes et beaucoup de peuple qui lui obéissaient comme à leur roi.

» Il faisait des expéditions dans Lacrabatane et la Haute- Idumée, ayant Naïm pour repaire et les cavernes de Pharan pour entasser son butin immense pillé dans les campagnes.

« Un tel amas d'hommes et de provisions ne pouvait avoir pour motif que de s'emparer de Jérusalem.

» Les zélateurs, autres factieux qui désolaient déjà Jérusalem, sortirent pour le combattre, mais il les défit, en tua un grand nombre et mit le reste en fuite.

r> Cependant, ne se trouvant pas assez fort pour assiéger Sion, il voulut, auparavant, s'emparer de l'Idumée. Les Iduméens forts de vingt-cinq mille hommes, livrèrent bataille aux vingt mille partisans de Simon pendant un jour entier, sans que l'on pût savoir quels étaient les vainqueurs.

n Peu de temps après, Simon revint avec de plus grandes forces camper près de Thécué, et il y envoya Eléazar en parlementaire, pour persuader aux habitants de se rendre. Ceux-ci voulurent le tuer et Eléazar, pour leur échapper, se jeta du haut de leurs murs dans la vallée et se tua lui-même sur le coup.

y> Ensuite de cela, les Iduméens trahis par un de leurs chefs, eurent peur de Simon et, sans même combattre, s'enfuirent à son approche.

» Après avoir ravagé toute l'Idumée, Simon vit la colère des zélateurs de Jérusalem portée à son comble contre lui. Ceux-ci n'osant lui déclarer une guerre ouverte, lui tendirent des embûches sur tous les chemins, et, par ce moyen, lui ravirent sa femme et plusieurs domestiques qu'ils emmenèrent en otage à Jérusalem espérant que, pour les retrouver, Simon ferait la paix.

» Mais la colère de Simon l'emporta sur sa douleur et il vint camper sous les- murs de Sion, s'emparant de quiconque

en sortait pour quelque prétexte et exerçant sur tous les habitants qui tombaient entre ses mams, les plus horribles cruautés, en jurant par le Dieu vivant que, si on ne lui rendait pas son épouse, il entrerait dans Jérusalem par la brèche et ferait couper les mains à tous les habitants.

» Les zélateurs lui ajant rendu sa femme, eflrayés de ces menaces, sa fureur se modéra de ce côté, mais se tourna contre ce qui restait des Iduméens qui, désespérés, s'enfuirent à Jérusalem ; il était ainsi plus redoutable encore aux habitants que les Romains qui, de leur côté, s'emparaient de toutes les places fortes de la Judée, et que les zélateurs qui, pourtant, étaient plus redoutés encore des Juifs de Jérusalem que les Romains eux-mêmes, car Jean de Giscala, leur chef, le surpassait encore en cruautés et en abominations.

» C'est alors que les Iduméens qui ne pouvaient plus souiïrir cette oppression de Jean dont ils avaient embrassé l^e parti s'élevèrent contre lui.

-> lis en vinrent à un combat, tuèrent beaucoup de ses partisans, les poussèrent jusque dans le palais bâti par Grapta, cousine d'isate, roi des Adiabéniens, que Jean avait adojjté pour retraite et où il enfermait ses trésors, y entrèrent avec eux pêle-mêle, les contraignirent de se retirer dans le temple et revinrent ensuite pour piller le palais.

» Les zélateurs, alors, dispersés dans la ville, rejoignirent ceux du temple où Jean se préparait à faire une sortie contre le peuple et les Iduméens qui, épouvantés, ouvrirent leurs portes à Simon pour l'appeler à leurs secours contre Jean.

« Simon reçut l'envoyé, un sacrificateur nommé ]\Iatthias, avec une grande hauteur, répondit en maître et entra dans la ville comme un libérateur dans le mois de Xantique.

» Acclamé par le peuple et les Iduméens, Simon ne les en considéra- pas moins comme ses ennemis et ne songea qu'à les réduire en esclavage.

» Jean de Giscala renfermé dans le temple désespérait de son salut et Simon pillait la ville.

j. Clependant tout le peuple obéissait à Simon qui assiégea le temple où l'on se défendait avec rage du haut des murs et surtout de quatre grosses tours qu'on avait bâties aussitôt, la première entre l'orient et le septentrion, la seconde sur la galerie, la troisième dans l'angle opposé à la basse ville et la quatrième sur le sommet d'un tabernacle nommé Pastorion, où, selon la coutume de nos pères, un sacrificateur étant debout devant le soleil couché, faisait entendre par le son des trompettes, que le jour du Sabbat commençait ou finissait et, aussi, quels étaient les jours que le peuple devait sanctifier et ceux qu'il devait passer au travail.

n Les assiégés avaient garni ces tours de machines, d'archers et de frondeurs.

y» Ce fut au temps, noble seigneur, dit le juif avec humilité, que votre illustre père, Vespasien, fut salué empereur par son armée, après que Vitellius et Galba eurent, tour à tour, succédé à Glaudius Néro, en un court espace de temps.

» Alors, il se forma dans Jérusalem une troisième faction, celle d'Eléazar, parent de Manahem et chef des Sicaires ou assassins fanatiques.

>» Ces trois lactions étaient ennemies et ne cherchaient rien autre que s'entredévorer. »

— Ville insensée! s'écria Titus, interrompant le vieillard; ainsi, si j'ai bien compris, les zélateurs ayant usurpé les premiers la domination dans Jérusalem, sont la première cause de la guerre civile. Cette faction s'est ensuite divisée en deux avec, pour chefs, Eléazar et Simon et ces trois factions se dévorent entre elles?

— Oui, seigneur.

— Continue, vieillard, j'ai besoin de tout savoir.

— Ces trois partis opposés agissent donc dans Jérusalem, de cette sorte, les uns contre les autres.

« Eléazar et les siens qui ont en garde les prémices et les oblations saintes s'enivrent jour et nuit et attaquent Jean, sans cesse. Jean fait des sorties sur Simon et sur le peuple qui l'assiste de vivres et de munitions contre lui et Eléazar.

" Attaqué, parfois, par Eléazar et Simon, à la fois, Jean partage ses forces, repousse à coups de dards, de dessus les portiques du temple, ceux qui viennent de la ville et tourne ses machines contre ceux qui lui lancent des traits du lieu le plus élevé du temple. »»

— Quels sont au juste les cantonnements de ces trois partis? demanda Titus avec intérêt.

— Les zélateurs occupent la partie intérieure du temple, répondit le vieux lévite, et ont mis leurs armes sur les portes sacrées, avec la confiance de ne manquer de rien à cause des oblations continuelles qui s'y font et que leur impiété ne craint pas d'employer à des usages profanes. Leur seule peine est d'être trop peu nombreux pour pouvoir rien entreprendre.

« Jean de Giscala est fort en hommes, au contraire, et occupe la partie extérieure du temple, mais il ne peut quitter ses positions de peur de les perdre, de sorte que le temple est tout souillé de meurtres.

r> D'un autre côté, Simon, fils de Giovas, que le peuple a appelé à son secours dans son désespoir, et qu'il s'est donné comme un tyran, tient toute la ville haute et une grande partie de la ville basse. Il attaque Jean sans cesse d'autant plus hardiment qu'il le voit occupé à soutenir les attaques d'Eléazar.

• Gomme Jean a sur Simon le même avantage qu'Eléazar a sur lui, puisque la partie extérieure du temple est commandée par la partie supérieure qui commande également la ville, Jean n'a pas grand'peine à repousser Simon et il emploie pour se défendre de longs bois et des machines qui poussent des pierres.

» Par ce moyen, non seulement li tue les partisans d'Eléazar, mais encore ceux qui viennent ofïrir des sacriûces et jusqu'aux sacrificateurs eux-mêmes.

n Ainsi, seigneur, on voit des gens venus des extrémités du monde, pour adorer dans ce Lieu Saint Jéhovah-Elohim notre Dieu, tomber morts avec leurs victimes et arroser de leur sang cet autel vénéré non seulement par les Grecs, mais par les nations les plus barbares. On voit ce sang couler en ruisseaux, des corps morts des sacrificateurs, des fidèles, des profanes, des étrangers et des Juifs dont ces Lieux saints sont remplis ! »

— Misérable et infortunée ville! s'écria le César, quelles calamités t'attendent et quels gouiïres vont s'ouvrir sous tes pieds! Parle, vieillard, d'autres douleurs ont-elles encore fondu sur ce malheureux peuple ?

— Oui, seigneur.

— Et lesquelles?

Le vieillard étendit la main dans la direction des enceintes du temple.*

— Regardez ces ruines ! dit-il, ce sont celles des greniers d'abondance de la ville. Il y avait là une telle quantité de blé amassé que Jérusalem avait de quoi en vivre pendant plusieurs années de siège. Cette destruction afireuse est due à la rage de nos factions, elle a anéanti nos resssources de bouche et fait un seul et perpétuel champ de bataille du camp de Jean et de celui de Simon. D'autres greniers sont pleins, mais combien inférieurs à ceux-ci !

« Ah! Seigneur, si vous pouviez entendre les voix des opprimés qui s'élèvent de Sion ensanglantée, les cris des mères, des vieillards, des enfants, vous seriez étonné d'apprendre que ceux-ci vous attendent presque comme un Messie 1

(1) On verra plus loin quel gigantesque monument était ce temple qui contenait un grand nombre de soldats et lut le théâtre de tant et de si grandes luttes.

« Et chaque jour, leurs plaintes en font des victimes, car, quiconque est soupçonné de vouloir se rendre aux Romains, est massacré à l'instant même. »

— Quelles sont donc ces tours de bois que l'on aperçoit dominant certains points du temple?

— Ce sont, répondit le vieillard, des travaux de défense exécutés par Jean de Giscala contre Elcazar, avec l'immense quantité de bois de cèdre que le roi Agrippa avait fait venir à grands frais du Liban, pour construire, sur l'avis des sacrificateurs et conformément au désir du peuple, des arcs-boutants capables de soutenir le temple qu'on voulait surélever de vingt coudées. Ces tours sont à peine achevées et Jéhovah-Elohim qui ne peut que maudire les travaux sacrilèges, ne permettra pas, sans doute, quelles le soient.

— Sans doute, dit Titus pensif. Mais, reprit le César, tu n'as pas achevé l'histoire des tours d'Hérode.

— Il me reste à vous dire, seigneur, que la tour de Mariamne fut ainsi nommée du nom de la femme du roi, la reine Mariamne. Cette tour a vingf coudées de longueur, autant de largeur et cinquante-cinq de hauteur. C'est une merveille, car, quelque magnifiques que soient les autres, leurs appartements ne sont pas comparables à ceux que l'on admire dans celle-ci parce que ce prince pensa que, comme celles qui portaient le nom de deux hommes étaient beaucoup plus fortes, celle qui portait le nom d'une femme et d'une si grande princesse, devait être de beaucoup plus somptueuse et plus ornée.

» Et, en efiet, seigneur, dit le vieux sacrificateur avec fierté, ces tours sont des merveilles, tant par leur forme que par leur matière, car les pierres qui les composent sont des blocs de marbre blanc de vingt coudées de longueur sur cinq de hauteur, si bien taillées et si bien jointes que l'on ne peut en découvrir les liaisons, de sorte que le tout semble n'être que d'une seule pièce.

" Elles sont jointes, du côté du septentrion, par un palais royal qui surpasse en beauté tout ce qu'on peut imaginer et dont les appartements sont si superbes que les salles destinées aux festins peuvent contenir chacune cent de ces lits sur lesquels on s'étend pour manger à table.

« Les marbres précieux, les bois rares y sont prodigués; tous les lambris éclatent d'or et d'argent ainsi que les meubles. Les portiques à colonnes en sont superbes et renferment des jardins merveilleux pleins de promenades, de fontaines, de viviers, de statues et de volières où s'ébattent les oiseaux aux vifs coloris. "

— Et le temple, dit Titus, décris-moi ce temple dont l'éclat m'éblouit et qui est célèbre dans tout l'univers comme la première merveille du monde.

— Vous le voyez, seigneur, dit le vieux juif avec un soupir, sur cette montagne dont la rudesse première et naturelle est aujourd'hui revêtue de splendeur!

« Quand le roi Salomon le bâtit il augmenta du côté de l'Orient la superficie de la montagne trop étroite, alors, pour un aussi vaste édifice. Cet espace s'accrût encore avec le temps car le peuple, sans cesse, y porta des terres pour élargir le plateau sacrée de Sion.

» Ce souci fut si vif et si constant que l'on finit par envu'onner la montagne d'un triple mur et ce travail séculaire fut si gigantesque que tous les trésors du temple y furent toujours engloutis, à mesure qu'ils arrivaient, apportés par tous les peuples du monde, qui venaient y adorer Jéhovah Elohim notre Dieu.

» Il suffit, seigneur, pour vous donner une idée de la grandeur de cette entreprise, que vous sachiez qu'outre le circuit d'en haut, on éleva de trois cents coudées, et plus, en quelques points, la basse partie du temple.

» ^lais l'excessive dépense de ces fondations ne paraissait pas parce que ces vallées sont, depuis, comblées et nivelées.

46 us PIEDS MAUDITS.

r Merveilleuses bases sur lesquelles on bâtit la merveille de l'univers!...

« On y construisit une double galerie soutenue par des colonnes de marbre blanc d'une seule pièce de vingt-cinq coudées de hauteur et dont les lambris de bois de cèdre sont si parfaitement beaux, si bien joints et si bien polis, qu'ils n'ont pas besoin, pour enchanter la vue, de peintures ni de sculptures.

y> La largeur de ces galeries est de trentes coudées, leur longueur est de dix stades * et elles se terminent à la tour Antonia.

f> Tout l'espace découvert est pavé de diverses sortes de pierres et le chemin par lequel on se rend au deuxième temple, est orné, à droite et à gauche, d'une balustrade de pierre de trois coudées de hauteur et d'un beau travail.

« De loin en loin, des colonnes de marbre portent des sentences en caractères grecs et romains, pour commander la retenue et la pureté et informer les étrangers que l'accès du sanctuaire leur est interdit.

y> Ce second temple porte, en efîet, aussi, le nom de saint. On y monte, du premier, par quatorze degrés, il est quadrangulaire et enfermé par un mur dont le dehors, qui a quarante coudées de hauteur, est garni de degrés conduisant à un espace de trois cents coudées, tout uni, qui va jusqu'au mur intérieur, haut se vingt-cinq coudées.

» Gmq autres degrés mènent ensuite au second temple dont les dix portes regardent : quatre le septentrion, quatre le midi et deux l'Orient. »

(1) Le stade était une unité de distance adopté© dans l'antiquité. Lob stades les plus célèbres étaient ceux d'Olympie, de Delphes, de Thèbes et d'Epidaure et le stade panathénaïque d'Athènes. Le stade d'Olympie avait six cents pieds grecs (cent quatre-vingt-quatre mètres quatre-vingt-dix-sept centimètres.) Cette longueur devint, pour toute la Grèce, l'unité de mesure itinéraire et fut aussi adoptée par les Romain», principalement pour les distances marines et astronomioues.

— Admirable édifice! répétait le César avec un enthousiasme non dissimulé, superbe merveille! tandis que ses yeux ne se lassaient pas d'en contempler, au soleil, les toits ruisselants d'or.

— De ces dix portes, continua le lévite, il y en a neuf toutes couvertes, jusqu'aux gonds, de lames d'or et d'argent et la dixième, qui est hors du temple, est de bronze de Gorinthe, plus précieux, encore, que l'or et l'argent. Leur hauteur est de trente coudées.

« Lorsqu'on entre dans le temple, noble César, on trouve, à droite et à gauche, des salles carrées soutenues, chacune, par deux colonnes. Le portique corinthien de l'Orient, réservé aux femmes et opposé au portique même du temple, surpasse les autres en magnificence, car il a cinquante coudées de hauteur ; ses portes en ont quarante et les lames d'or et d'argent dont elles sont couvertes sont plus épaisses que celles dont Alexandre, père de Tibérius, avait fait couvrir les neuf autres.

y> Quinze degrés conduisent, du mur qui sépare les femmes des hommes, jusqu'au grand portail du temple et il en faut monter vingt pour aller gagner les autres portes. »

— Et tout cela n'est encore, en quelque sorte, que le Yestibule du véritable temple ?

— Oui, seigneur. Ce lieu très saint consacré à Jéhovah- Elohim, notre Lieu, est placé au milieu, et vous en apercevez le faîte étincelant.

« On y monte par douze degrés qui mènent au frontispice haut de cent coudées et large d'autant, mais profond de soixante seulement, parce que, par devant, de chaque côté de l'entrée, s'étendent deux ailes comme des bras ouverts pour appeler les peuples à l'adoration.

j> Le premier portique n'a point de portes parce qu'il symbolise le ciel visible et ouvert à tous. Tout le devant en est revêtu d'or et il laisse voir l'intérieur du temple qui ea

ruisselle aussi, au point que l'œil ne peut le contempler sans en être ébloui. »

— Vieillard, dit Titus étonné, ce sanctuaire est vraiment une merveille!

— Oui, seigneur, il est divisé en deux parties et la porte intérieure est toute revêtue de lames d'or ainsi que les murs décorés de pampres de vigne de la hauteur d'un homme d'oii pendent des raisins, le tout en or fin.

« L'autre partie du temple, la plus basse, a des portes tout en or pur, de cinquante coudées de hauteur sur seize de largeur, voilées par un tapis babylonien de même taille, oii le lin, l'azur, la pourpre et l'écarlate, figurant les quatre éléments, par leur couleur et leur matière originelle, se mêlent intimement pour faire une couleur fondue et insaisissable sur laquelle est figuré l'ordre entier du ciel.

*> Cette partie est encore divisée en deux autres égales. Dans la première, se trouve le candélabre d'or à sept branches, portant sept lampes figurant les astres que Jéhovah-Elohim a lancés dans l'espace en compagnie de notre monde, œuvre de ses mains sacrées ! On y voit la table des pains de proposition où douze pains, perpétuellement placés, rappellent aux hommes que le Seigneur, notre Dieu, a mis dans le ciel douze signes fixes qui mesurent les années de notre vie et nous servent à fixer les époques sacrées oii nous devons rendre gloire à son saint nom.

»» On y voit encore l'autel des encensements qui reçoit treize sortes de parfams qui signifient que c'est de Dieu que procèdent toutes choses, qu'elles lui appartiennent et doivent lui retourner.

»» Enfin, l'autre partie du temple la plus intérieure est de vingt coudées. Un voile la sépare aussi de l'autre; non seulement l'entrée en est interdite à tout le monde, mais il n'est même pas permis de la voir.

» C'est le sanctuaire ou le Saint des saints.

>» A l'entour s'élèvent plusieurs bâtiments à trois étages qui communiquent entre eux et par chacun des côtés du grand portail.

« Rien, seigneur, dans l'intérieur comme à l'extérieur du temple qui ne soit de nature à ravir les yeux d'admiration et à frapper l'esprit d'étonnement, car il est tout couvert de lames d'or si épaisses qu'elles ne peuvent soufirir iJes injures de l'air et que le soleil est moins éblouissant, dans ses rayons, que leur splendide ensemble.

» Toutes les parties qui ne sont pas couvertes d'or n'en sont, néanmoins, pas moins riches, car les pierres qui les composent en sont si blanches et si éclatantes que cette masse superbe paraît, de loin, une montagne de neige immaculée.

» Toute la couverture, est, comme vous le voyez, hérissée de pointes aiguës, et ces pomtes sont d'or; c'est afin que les oiseaux ne puissent s'y poser et la souiller.

» Quant à l'autel qui est devant le temple et sur lequel des sacrifices sont offerts perpétuellement au Seigneur, notre Dieu, le marteau n'y a point touché lorsqu'on l'a construit.* Une balustrade superbe, de pierre choisie, environne cet autel et le temple, et sépare le peuple des ministres du sacrifice; nul étranger et nul impur ne peuvent la franchir.

« Voilà, seigneur, quel est le temple de Jéhovah-Elohim^ notre Dieu, citadelle de Sion et merveille de l'univers !

f» Hélas! des ennemis l'occupent, d'autres le menacent! Les parvis augustes sont souillés par le meurtre, la discorde et le sang, la majesté d'Elohim est outragée, chaque jour, par ses propres enfants ; que sera-ce si les Romains portent sur son autel la destruction et la ruine!... Seigneur, songez-y, l'univers vous demande la conservation de cette merveille

(1) D'ap-rèa l'hisforien Josèphe, sacrificateur et de famille sacerdotale, auquel oous em^ructons ces déiaiis, comme le mieux mformô,

et les bénédictions de Dieu se répandront sur celui qui sauvera la splendeur de sa maison ! "

— Rassure-toi, vieillard, dit Titus avec bonté, il ne sera pas dit qu'un César romain aura profané un chef-d'œuvre de l'art; ton temple, je te le jure, sera conservé.

A ces paroles, le vieux lévite se jeta à genoux et, remerciant Titus, rendit gloire à Dieu dans un cantique jailli de son cœur consolé.

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