I.A VENGEANCE EN MARCHE
homme, dont le cœur est brisé, s'en aller en paix mourir tranquiilement dans un coin d'ombre et de silence. Je ne saurais vous être d'aucune utilité ni vous porter le moindre ombrage. Je me nomme Schémouel-ben-Joakim, sacrificateur en Sion, je n'ai pu rentrer à temps dans Jérusalem qui a clos toutes ses portes, et mon bras trop débile ne saurait tenir une épée ; je me rends à la ville de Pella pour rejomdre un fils qui m'attend dans l'espérance et dans les larmes.
— Ah ! tu es sacrificateur ?
— Oui, seigneur.
— Tu connais donc Jérusalem dans tous les détails de sa topographie. Je ne te ferai aucun mal, vieillard, mais je t'ordonne de me guider dans la reconnaissance que je vais faire et, du haut de la colline que tu vois devant nous, de me donner le détail de la place.
— Je le ferai, seigneur, dit le vieillard en tremblant, si vous ne me demandez que cela, car ne connaissant aucun des secrets de la défense de Jérusalem, il me serait impossible de vous satisfaire sur d'autres points.
Titus regarda le vieux lévite, non avec des yeux soupçonneux, mais avec le regard franc qui caractérisait ce prince loyal et juste.
— Bien, dit-il.
Et, s'adressant aux soldats qui l'entouraient, attendant ses ordres :
— Un cheval pour le lévite ! s'écria-t-il.
Tant bien que mal, le vieillard y fut hissé; la troupe se mit en marche el parcourut bientôt les quelques stades qui séparaient Acanthonaulona de Jérusalem,
Les faubourgs, déjà très étendus à cette époque, étaient totalement abandonnés de leurs habitants qui, pour la plupart, s'étaient réfugiés dans la ville et dont le petit nombre seul avait gagné les montagnes.
La troupe que Titus commandait y pénétra sans peine et sans résistance.
Un silence complet régnait sur les murailles et dans la ville, calme plat comme celui quiprécèdeles grands ouragans.
Librement, le général romain parcourut, avec ses cavaliers, les collines prochaines d'où l'on pouvait voir s'étaler la ville gracieuse et puissante, dans la splendeur grecque et romaine dont Hérode-le-Grand l'avait gratifiée naguère.
— Voyez, seigneur, dit le vieillard, en faisant remarquer à Titus la force des remparts. La ville possède une triple ceinture de murailles, sauf du côté des vallées inaccessibles où il n'y a qu'un seul mur. Elle est bâtie sur deux montagnes, dont l'une nommée Acra porte la ville basse, tandis que l'autre dont l'univers connaît le nom sacré a été choisie jadis par David pour y bâtir le Temple de Jéhovah Elohim notre Dieu, que Salomon a construit, que tant de catastrophes nationales ont si souvent ébranlé ou détruit et qu'Hérode a restauré dans la magnificence qui resplendit à vos yeux.
Le soleil en ce moment, faisait étmceler les marbres superbes et les toits couverts d'or du temple de Sion, et Titus, frappé d'admiration, restait muet devant tant de splendeur.
Enfin, rompant son silence.
— Quoiqu'il arrive, vieillard, dit-il, il ne sera pas dit qu'un général de cette Rome qui a le culte des chefsd'œuvre, détruira ou consentira à ce que l'on détruise cette merveille. Poursuis sans détour tes explications.
— Le plus ancien des trois murs de la ville passe pour imprenable. Il est d'une grande épaisseur et la hauteur de la montagne sur laquelle il est bâti, ainsi que la profondeur des vallées qu'il surplombe, en font une impénétrable cuirasse pour la solidité de laquelle, David, Salomon et les autres rois n'ont rien épargné.
« Il commence à la tour d'Hippicos, continue jusqu'au