PIED A PIED
Les Romnins ne perdaient pas de temps.
Informés par les espions et les transfuges qui, chaque jour, sortaient de Jérusalem pour venir se réfugier dans leur camp, ils savaient que la division la plus violente régnait toujours entre les factieux, présage, pour eux, d'une conquête plus rapide et plus facile.
Les plus vaillants et les plus opiniâtres des factieux, suivaient le parti de Simon ; il en commandait ainsi dix mille avec cinquante capitaines.
Cinq mille Iduméens commandés par dix chefs, marchaient, en même temps, sous ses ordres.
Jean de Giscala occupait le temple avec six mille hommes commandés par vingt capitames et deux mille» quatre cents zélateurs qui, sous les ordres d'Eléazar s'étaient joints à son parti.
Simon était le maître de la ville haute, du plus grand mur jusqu'à la vallée du Gédron, et de l'ancien mur, depuis la fontaine de Siloé, jusqu'à l'endroit où il coudait vers l'Orient.
11 occupait aussi le mont Acra, siège de la ville basse jusqu'à la maison royale d'Hélène.
riKD A FIHD. 69
Sans cesse en latte, ils ne laissaient de côté leurs haines mutuelles que pour se tourner ensemble contre les Romains, après quoi Us recommençaient à se combattre.
Pendant que Jérusalem gémissait dans les convulsions de ces luttes mtestmes, Titus faisait ses plans d'attaque.
Mais il était indécis, car, du côté des vallées, la ville était inaccessible et, de l'autre côté, les murailles étaient si fortes qu'aucune machine de guerre n'eut pu facilement les ébranler.
11 jugea que l'endroit le moins fort était vers le tombeau d'un sacrificateur nommé Joannan.
C'était là, en efiet, que les murs étaient le moins élevés, mal défendus par le second mur qu'on n'avait pas fortifié, la population étant moindre dans ce côté neuf de la ville.
C'était par là qu'il était le plus facile de prendre la ville haute puis la forteresse Antonia.
Alors un juif, transfuge et ami du César, nommé Nicanor, voyant que ces plans allaient appeler la fatalité de la défaite sur la ville, dit à Titus ;
— Permettez, seigneur, qu'avant de rien tenter, je m'approche des murs et que j'essaie de parlementer avec ces forcenés pour les inviter à la paix.
— Soit, dit Titus, si l'on veut t'entendre. Il s'approcha donc en parlementaire.
— Revenez, leur dit-il, à des sentiments plus conformes à votre situation difficile ; évitez- vous de grands malheurs et épargnez à Jérusalem d'immenses tribulations. Faites la paix ; oubliez vos luttes intestines et soumettez vous à César. 11 en est encore temps.
'Mais, pendant qu'il parlait et que les Juifs, massés sur le mur, l'écoutaient, une flèche partie des remparts, vint le blesser à l'épaule gauche et les assiégés crièrent violemment :
— A mortl le traître! A mort!.,.
Titus comprit qu'il fallait en venir à la force et que nulle voix ne serait écoutée.
Il permit, alors, à ses soldats de ruiner les faubourgs et d'en prendre les matériaux pour construire des plates-formes ; puis, il partagea son armée en trois, distribua les travaux, plaça les frondeurs et les archers au milieu et mit devant eux les machines pour les empêcher d'être interrompu dans leur travail par les efforts des ennemis.
Avec une infatigable activité, on coupa tous les arbres des faubourgs pour construire les plates-formes avec l'aide de toute l'armée tandis que, de leur côté, les Juifs se fortifiaient encore davantage avec une célérité fébrile.
Tous les factieux étant occupés à ces travaux, le peuple respira un peu et, même, il tourna son espoir vers les Romains, attendant presque de l'ennemi sa délivrance et son salut.
Ceux qui avaient suivi le parti de Jean combattaient avec acharnement les assiégeants, pendant que la crainte qu'il avait de Simon, le retenait enfermé dans le temple.
Simon, pendant ce temps-là, faisait placer sur les remparts toutes les machines prises autrefois sur Gestius, auprès de la forteresse Antonia.
Ces machines lançaient des pierres contre les assiégeants, mais, faute de savoir les manœuvrer, elles ne leur faisaient pas grand mal.
En même temps, les Juifs lançaient des traits et faisaient des sorties furieuses contre les Romains, qui, de leur côté, couvraient leurs pionniers avec des claies et des gabions, et chaque légion avait à sa tête des machines merveilleuses et bien manœuvrées qui produisaient de grands effets.
Celles de la douzième légion lançait de si grosses pierres et qui portaient si loin, qu'elles allaient tuer les défenseurs de Jérusalem jusque sur les remparts.
La portée de ces pierres était de deux stades et leur force