‹ Les pieds mauditsChapitre 17 sur 34 · PIED A PIED · texte numérisé non relu

PIED A PIED

était SI grande qu'elles enfonçaient les lignes de combat et tuaient plusieurs rangs de soldats, à la fois.

Les Juifs, d'abord surpris, apprirent à connaître leur trajectoire et à surveille^ leur blancheur et, pour les éviter, ils criaient à leur approche ;

« Voici le fils qui vient! Il prend tel chemin! >•

A ce cri, tous se couchaient par terre et les évitaient. Lès Romains s'en aperçurent et firent noircir leurs projectiles qui redevinrent meurtriers.

Cependant, aucun danger ne ralentissait l'ardeur des assiégés qui travaillaient nuit et jour à retarder les travaux des Romains.

Ceux-ci, cependant, les achevèrent bientôt, et, ne pouvant mesurer, sans danger, la distance qu'il y avait de leurs terrasses jusqu'aux murailles, ils s'en rendirent compte en lançant un plomp attaché à une corde.

— Mettez les béliers en batterie, commanda Titus, et faites avancer toutes les machines de siège, afin d'entraver les eôorts des assiégés et de battre le mur en plusieurs endroits.

Aussitôt, abrités par les tortues* les soldats firent avancer les machines de siège et les énormes béliers à la tête de fer et les massives catapultes aux formidables éperons se mirent à battre furieusement les murailles avec un bruit qui jeta l'épouvante dans le cœur des factieux qui comprirent la nécessité de se réunir pour la défense de la ville.

— Ne voyons-nous pas, se dirent-ils, que, par nos divisions, nous favorisons les Romains. Si Dieu ne permet pas que la paix dure toujours entre nous, du moins, unissonsnous pour la cause commune de la résistance générale et du salut public !

(l) On appelait • tortues i» des toits portatifs sous lesquels s'abritaient lei assiégeants pour approcher des murs sans danger.

LKS PIEF)? MAUDITS.

Simon, alors, envoya un iiéraat dire à ceux qai se tenaient dans ie temple qu'ils pouvaient, en toute sûreté, en sortir pour se joindre aux autres et, malgré sa défiance, Jean de Giscala en sentit la nécessité et ordonna à ses soldats d'obéir à ce prudent avis.

Les factieux se réunirent donc en un.^ saule année, garnirent les remparts et se mirent à lancer une quantité prodigieuse et ininterrompue de traits et de feux contre les machines.

Les plus hardis faisaient de furieuses sorties, montrant par leur valeur et leurs faits d'armes, que la science seule ue la guerre leur manquait.

Parleurs efforts, ils arrivaient à ruiner quelques-uns des ouvniges des Romains, à brûler quelques macJiines et à faire écrouler quelques tours.

De leur côté, les assiégeants battaient les murs sans relâche, mais les murs étaient si forts que des tours s'écroulaient sans qu'ils en fussent entamés.

De chauds combats se soutinrent avec une égale valeur autour de la tour liippicos et, souvent, ie courage désespéré des Juifs fit échec à la tactique savante et à la massive résistance des Komams.

Un grand trouble, même, se répandit parmi ceux-ci à la chute d'une de leurs tours les mieux construites, mais, enfin, on s'aperçut que la tour était tombée d'elle-même, l'assurance leur revint après que Titus en eut fait publier la nouvelle dans tout le camp et le siège reprit avec plus d'ardeur encore.

Les Juifs, fatigués, harcelés, accablés de traits, reculèrent dans la ville, abandonnant le premier mur que les Romains attaquèrent avec plus de vigueur que jamais, et, ne trouvantplusde résistance, battirent en brèche et franchirent.

Peu de temps après, les premiers entrés ouvrirent les portes au reste de l'armée.

niD A FIFD.

Sans perdre de temps, les pionniers abattirent ce premier mur en grande partie, ruinant, par la même occasion, le quartier du septentrion.

Il avait fallu quinze jours aux soldats de Titus pour arriver à ce premier résultat décisif.

Le premier succès acquis, Titus campa dans l'endroit appelé « le camp des Assyriens » et occupa l'espace de la vallée du Kidron.

Il n'était éloigné du second mur que d'une portée de flèche et il résolut de l'attaquer.

Les Juifs se divisèrent en plusieurs corps d'armée pour se défendre avec ardeur. Jean de Giscala occupait la forteresse Antonia et le portique du temple qui était du côté du septentrion, depuis le sépulcre du roi Alexandre. Simon, de son côté, défendait le passage qui était entre le sépulcre du pontife Jean, à la porte des aqueducs qui alimentaient la tour Hippicos.

Souvent, ils faisaient des sorties furieuses contre les Romains qui les repoussaient avec valeur.

Des jours entiers se passaient ainsi et les nuits étaient pleines d'alertes continuelles.

La même ardeur se déployait de part et d'autre. Juifs et Romains étaient pleins d'émulation. Les Romains avides de prouver leur dévouement à Titus n'hésitaient devant aucunei fatigue, ne reculaient devant aucun danger.

Le César, en effet, connaissait l'art d'exalter tous les dévouements et savait récompenser tous les courages.

Les Juifs, de leur côté, ne demandaient cfu'à tuer des Romains et s'estimaient heureux de mourir à ce prix.

Titus commanda de pointer le bélier contre la tour du côté du septentrion et, en même temps, d'en accabler la garnison de tant de flèches que, bientôt, ceux qui la défendaient furent obligés de l'abandonner.

Cependant, dans la déroute générale, un seul Juif était resté à son poste avec dix autres abrités sous un mantelet, méditant une ruse de guerre.

En effet, lorsqu'ils sentirent la tour s'ébranler et trembler sur sa base. Castor (ainsi s'appelait ce Juif) se montra et, tendant les bras à Titus, lui dit d'une voix lamentable :

— 0 Titus! magnanime général! je t'en supplie, épargne-nous et pardonne- nous ! Nous sommes prêts à nous rendre à toi!...

Titus fut touché de pitié. .

— Cessez! commanda-t-il à ses soldats et ne tirez plus contre ces hommes qui demandent merci...

Aussitôt, la pluie de flèches cessa et les béliers qui battaient les murs s'arrêtèrent.

— Que veux-tu? demanda Titus, parle.

— Illustre général, répondit Castor, nous voulons traiter avec toi.

— Très bien! répondit le César. Je suis prêt à vous accorder la paix.

— Vous entendez ce que dit le général romain, cria Castor à ses compagnons, que vous en semble?

— Nous voulons la paix! crièrent cinq de ses compagnons. Mais, aussitôt, les cinq autres entrèrent en fureur et

crièrent comme des forcenés qu'ils mourraient plutôt que de se rendre esclaves des Romains.

76 LFS PIKDS MAUDITS.

Les Romains, intrigués, regardaient cette dispute en silence.

Aussitôt, Castor envoya donner à Simon avis du succès de sa ruse, afin qu'il en profitât sans tarder.

Pendant ce temps-là, les dix Juifs continuaient d'amuser les Romains, en feignant de vouloir mutuellement s'exterminer.

Les soldats de Titus se montraient entre eux ces forcenés. Mais, un d'eux lança une flèche qui blessa Castor au visage.

Celui-ci retira la flèche de la plaie et, la montrant à Titus, lui reprocha durement cet acte d'hostilité contre un homme qui parlementait pour la paix.

Le César se montra irrité de cette action d'un de ses soldats et envoya un de ses ofl^ciers nommé Enée, juif de naissance qui était passé au service des Romains, pour parier à Castor.

— Apporte des sacs avec toi ! lui cria celui-ci, car j'ai à te remettre des sommes considérables d'argent.

Knée obéit, mais une grêle de pierres l'assaillit immédiatement.

Titus comprit qu'il avait été joué et ordonna de continuer les hostilités.

L'attaque recommença aussitôt avec une telle fureur que la tour ébranlée était sur le point de tomber.

En se voyant perdus, Castor et ses compagnons y mirent le feu et périrent dans les flammes allumées par leurs propres mains.

Au même moment, la tour tombait, oflrant aux Romains une brèche dans le second mur.

Cinq jours s'étaient écoulés depuis la chute du premier.

Titus pénétra avec deux mille hommes dans la nouvelle ville dont les rues étaient fort resserrées.

Cette partie de Jérusalem était habitée par des marchands

LiO SECOND MUR.

de laines, des quincaiiiers, des chaudronniers et des frij-iers.

Le César convaincu que, réduits à une telle extrémité, les J uifs ne pouvaient plus qu'implorer sa clémence, et, ne voulant pas les exterminer tout à fait, ne lit pas ruiner les maisons et défendit de tuer ies prisonniers. Il permit aux séditieux, s'ils ne voulaient pas la paix, de sortir, en toute sûreté, pour faire librement la guerre, en les priant de respecter le peuple à qui, en même temps, il promettait la libre jouissance de son bien.

Titus, en agissant ainsi, avait un noble but; il voulait conserver le temple à Jérusalem et la vilie à l'empire.

Le peuple applaudit à ce généreux sentiment et acclama le César.

Mais les factieux qui ne respiraient que la guerre et le carnage se répandirent en insultes contre Titus, l'accusant de lâcheté, en même temps qu'ils l'attaquaient furieusement. Obligé de se défendre, le César ordonna de nouveaux combats. Mais, il eut le tort d'abandonner le second mur et perdit ses positions conquises de ce coté.

Enfin, plusieurs jours après, il se rendait de nouveau maître de ce mur; par son ordre, toutes ies défenses du septentrion furent ruinées et des gardes remplirent les tours du midi.

Alors, dans l'espoir d'effrayer les Juifs et de les disposer enfin à la paix, il déploya à leurs yeux toutes ies forces de son armée, avant d'attaquer le trois-ème mur.

Par son ordre, les soldats romains paradèrent dans les faubourgs, sous les yeux des assiégés et reçurent leur solde afin de bien montrer que, si les Juifs, déjà, étaient aÔamés dans une ville sans provisions de bouche suffisantes, les Romains ne manquaient de rien.

Titus ne s'était pas trompé, l'eflet produit sur les Juifs par ce spectacle, dépassa son espérance. Ils accoururent en si grand nombre qu'à peine avaient-ils assez de place pour

regarder, et un profond étonnement les prit de tant de forces si bien alimentées.

Mais, déjà, ils n'espéraient plus que les Romains pussent leur pardonner d'avoir tant opprimé le peuple et ils ne virent d'autre manière d'éviter le supplice réservé à leur défaite que de mourir les armes à la main.

Titus ne doutait pas un seul instant qu'il se rendrait maître de la place avec une grande facilité ; il voulait donc continuer le siège, mais, en même temps, il désirait conserver la ville et, pour arriver à son but, il ne négligeait rien pour engager, sans cesse, les Juifs à se repentir de leurs excès et à demander la paix.

A cet effet, il leur envoya un de leurs compatriotes, ancien sacrificateur en Sion, jadis établi par les Juifs gouverneur de la Galilée, assiégé par Vespasien dans Jotapat, fait prisonnier par le César, puis mis en liberté par lui et investi de sa confiance, enfin, entièrement passé dans le camp , des Romains à la vue de la ruine prochaine et sans espoir à laquelle couraient les Juifs.

Josèphe* par l'ordre de Titus, s'avança vers la ville, en fit le tour et monta sur un lieu élevé d'où les assiégés pouvaient l'entendre, mais où il était à l'abri de leurs traits.

— Enfants d'Israël, leur cria-t-il, ayez au moins pitié de vous-mêmes, du temple et de votre patrie!

« Songez à l'inutilité de la résistance contre des forces bien supérieures aux vôtres. Ne voyez-vous pas que Dieu même favorise les armes des Romains? Maîtres actuels de toute l'étendue du monde, ils le sont, parce que Dieu a décrété que le siège de l'empire universel serait en Italie.

» Vos murailles s'écroulent, vos tours tombent les unes après les autres; déjà, vous êtes forcés dans vos derniers

(1) L'historieD même qui noos a laissé la plus véiidique relation de ce s:ôge fameus.

retranchements qui vous abritent à peine, et vous avez la folie de vouloir résister encore.

» Mais, tout est contre vous, le ciel, les hommes et les choses ! . . .

« Songez-j, la faim vous guette et ce que les armes des Romains n'auront pas encore fait contre vous, la famine le fera.

» Changez donc d'avis avant de vous voir réduits à la dernière extrémité. L'empire est disposé à vous accorder la paix et à user de clémence envers vous si vous ne le poussez pas aux dernières des extrémités. »

— Veux-tu te taire! lui crièrent, alors, ceux qui étaient le plus près de lui, transfuge! misérable! vendu! N'as-tu pas honte de renier ta patrie et ton Dieu ! Toi qui étais sacrificateur en Sion! A mort! le traître! à mort!

Et une nuée de traits s'abattirent sur le parlementaire qui, fort heureusement pour lui, ne fut atteint par aucun d'eux.

Sans s'émouvoir, il reprit son discours et ses exhortations leur citant les plus illustres exemples à l'appui de ses paroles.

Les reproches surtout, étaient motivés par leurs cruelles divisions et leur occupation militaire du temple.

— C'est contre Dieu même, leur disait-il, que vous combattez, car vous oubliez que, sans l'appui de Dieu vous ne pouvez rien faire et que vos pères n'ont été grands que parce que Dieu combattait avec eux.

« Quand Necao Pharaon, roi d'Egypte, avec de grandes troupes enleva Sara qui était comme la reine et la mère de notre nation, pensez-vous qu'Abraham son mari et chef de notre race, eut recours aux armes pour venger cette injure, quoiqu'il eut à sa disposition des forces innombrables ? Non ! Il comprit que ces forces étaient inutiles s'il n'était assisté de Dieu et il se contenta de recourir à lui en élevant ses mains vers ce lieu saint que vous avez souillé de tant de forfaits, et la force invincible du Tout-Puissant le secourût.

Sa foi fut récompensée. Le Pharaon lui rendit Sara deux jours après et combla d'or et de bienfaits vos pères resf)eotueux de la majesté divine.

» Vous parierais- je de l'Egypte et des grâces que Dieu y répandit en une profusion de merveilles, sur nos pères?

» Uuand les Assyriens prirent l'Arche d'alliance, la colère de Dieu ne tomha-t-elle point sur eux et ne les contraignitelle pas de la rapporter, au milieu des plus mémorables pompes?

» Quand Sennachérib, traînant après lui toutes les armées de l'Asie, vint assiéger votre capitale, vos pères, au lieu de prendre les armes, n'eurent-ils pas recours à la foi et aux prières? Et n'avez-vous pas vu que, le leniemain à l'aurore, quatre-vingt-cinq mille Assyriens gisaient, frappés de mort par l'ange du Seigneur, tandis que les autres, épouvantés, s'enfuyaient?

» Jamais nos pères n'ont rien entrepris sans le secours de Dieu et Dieu seul leur a dispensé la victoire!...

» N'en avez-vous point d'autres preuves historiques saisissantes?

» Quand Nebouchadnetzar assiégea Jérusalem, le temple et la ville furent ruinés, ne fut-ce pas parce que Sédécias, notre roi, méprisa les conseils du prophète Jérémie et mit sa coniiance en ses armes plutôt que dans la foi au Seigneur!

» Jérémie leur fit, alors, des reproches amers; le tuèrent-lis? Vous, au contraire, vous m'accablez d'injures et me menacez de mort!...

f> Quand Antiochus Epiphane assiégea Sion, la même chose n'arriva-t-elle pas pour la même raison? La ville fut pillée et saccagée, le temple souillé et le service de Dieu interrompu pendant trois ans et demi.

» Que d'exemples! Et vous les méconnaissez!

» Vos divisions et vos crimes ont attiré sur vous les calamités par les armes de Romains.

C'était Jean dont la voix allait bientôt retentir, par ordre da Saint-Esprit, pour proclamer l'Apocalypse de Dieu. (P. GO.)

» Pompée aurait-il attaqué Jérusalem si Aristobule et Hircan n'eussent allumé entre eux la guerre civile ?

» Ne savons-nous pas quelle fût la fin d'Antigone, fils d' Aristobule, et que Dieu permit, pendant son règne, que la servitude nous frappât, de nouveau, à cause de nos péchés ?

* Hérode, fils d'Antipater, avec le général romain Sosius, n'assiégea-t-il pas Jérusalem et Dieu ne permit-il pas qu'à cause des impiétés de ses défenseurs, elle fut prise et saccagée ?

» Jamais, en de pareilles circonstances, la fortune des armes ne nous a été favorable.

» Aujourd'hui, vos forfaits de toutes sortes, vos péchés particuliers et le péché public ont comblé la mesure de vos crimes, et Dieu vous délaisse et vous abandonne aux plus terribles châtiments et aux plus grands malheurs.

n Vous seuls serez cause de votre ruine !

» 0 hommes au cœur plus dur et plus insensible que le marbre, qui me reprochez, peut-être, de vous tenir ce langage pacifique pour sauver de cette ruine, ma mère, ma femme et mes enfants qui sont parmi vous, pour vous montrer mon désintéressement, je vous les abandonne, prenez leur vie et prenez aussi la mienne, si vous le voulez, car je serai heureux de mourir, si ma mort peut vous retirer de ce funeste aveuglement qui vous empêche de voir le goufire ouvert sous vos pas et dans lequel vous allez vous précipiter. »

Et, pendant qu'il achevait son discours, des torrents de larmes inondaient son visage, preuve de sa sincérité.

Mais les forcenés ne voulurent rien entendre et continuèrent à l'accabler d'injures.

Cependant, parmi le peuple, beaucoup avaient été persuadés par ces sages paroles ; se hâtant de vendre tout ce qu'ils avaient de précieux ils quittèrent en hâte Jérusalem et,

g4 LES PIEDS MAUDITS.

profitant de la permission que Titus leur donnait, se retirèrent loin de la viUe. dans des endroits sûrs.

Ce que voyant, Simon et Jean de Giscala entrèrent en fureur, firont fermer la ville et ordonnèrent de ne plas laisser sortir les Juifs que leurs soldats tuaient sans pitié aux portes où ils se pressaient et jusque dans les maisons, sur un moindre soupçon de faite.

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