‹ Les pieds mauditsChapitre 19 sur 34 · AUX PORTES DU TEMPLE · texte numérisé non relu

AUX PORTES DU TEMPLE

Telle était l'opiniâtreté de la résistance des Juifs que, deux mois encore devaient se passer, avant que les Romains pussent, enfin, en triompher et prendre la ville.

Les matériaux et la patience commençaient à leur manquer, pour élever de nouveaux travaux, et l'énorme quantité de cadavres qui remplissaient les alentours de la viUe, non seulement, par leur masse en putréfaction, les empêchaient de pousser facilement plus loin leurs constructions, mais encore entravaient même les sorties des Juifs et surtout répandaient dans l'air une intolérahie infection.

Cependant, Titus ordonna que l'on construisît de nouvelles plate-formes afin d'en finir avec ce siège qui s'éternisait en longueur.

Vingt et un jours furent nécessaires aux Romains pour construire cet ouvrage important.

Comme ces plate-formes étaient construites en bois, il avait fallu défricher le pays d'alentour à près de cent stades à la ronde et défigurer ces coteaux dont les bois de cèdres et d'oliviers gardaient tant de mémoires illustres.

On n'eut plus reconnu ces féeriques paysages, orgueil des

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indigènes et admiration des étrangers, pas plus, d'ailleurs, que ces merveilleux faubourgs, maintenant changés en un amas informes de ruines.

Des deux côtés régnait la crainte.

Les Juifs, en voyant les Romains exécuter contre eux un dernier et si gigantesque travail, furent saisis de terreur et se comprirent perdus s'ils ne s'empressaient pas de le détruire par le feu.

Les Romains, fatigués, commençaient à se décourager et appréhendaient rmoendie de leurs ouvrages comme un malheur irréparable.

S'exagérant la force des Juifs, ils voyaient déjà leur résistarce se prolonger indéfiniment, oubliant leur épuisement extrême. Ils se voyaient, eux-mêmes, impuissants malgré la force de leurs machines, devant ces murailles formidables et leur imagination prenant le dessus :

— Nous ne viendrons pas à bout de ces gens-là, se disaient-ils entre eux, à quoi n'ont-ils pas résisté! Ce sont, certainement, des magiciens qui finiront par nous ensorceler, car leur intrépidité s'élève au-dessus de tous les maux et leur audace n'a pas de limite!

Cependant, les Juifs avaient beaucoup perdu de leur confiance, et, déjà, une profonde lassitude troublait l'ordre et le concert de leurs attaques.

Ils ne sortaient plus que par petites troupes et avec crainte, et, bien qu'ils fussent munis de flambeaux, les Romains o^ardaient si bien leurs terrasses qu'ils ne pouvaient y mettre le feu.

Pendant ce temps-l-'), les Romains battaient toujours, avec leurs béliers, ces formidables murs qui ne s'écroulaient pas, et dont les brèches, parfois ouvertes, ne faisaient que démasquer d'autres murs tout aussi formidables du haut desquels pleuvaient sans interruption les traits et les pierres.

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