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AUX PORTES DU TEMPLE

avec joie, illustre prince, pour exécuter vos ordres, et je souhaite que votre bonne fortune porte bonheur à mon courage. Mais, s'il en est autrement et si je meurs avant d'avoir atteint le haut de la brèche, je serai encore satisfait puisque j'aurai gagné de la gloire et donné ma vie pour votre service,

— Très bien I dit Titus, je souhaite que la fortune te soit favorable. Va.

Sabmus prit son bouclier de la main gauche, s'en couvrit la tête et, prenant son épée de la mam droite, monta à l'assaut suivi de douze soldats qui voulurent imiter son courage.

Bientôt, les laissant derrière lui, il s'avança sous une grêle de traits, de flèches et de grosses pierres qui, le respectant, atteignirent seulement plusieurs de ses compagnons et les renversèrent.

Intrépide et sans se laisser arrêter par quoi que ce fut, il escalada le haut du mur et étonna tellement par cet acte d'audace, les assiégés, que, le croyant suivi de toute l'armée romaine, ils s'enfuirent en désordre et pleins de terreur.

Sabinus triomphait, lorsque, soudain, son pied heurta à une pierre branlante et il tomba.

Sa chute ramena les ennemis qui s'aperçurent de leur erreur en le voyant seul.

Aussitôt, ils l'accablèrent de dards et de flèches. A genoux, Sabinus faisait des prodiges pour se défendre et éviter les coups, mais, bientôt, accablé par le nombre, il succomba.

De ceux qui l'avaient suivi dans son assaut héroïque, trois étaient morts, écrasés par les pierres au moment où ils allaient mettre le pied sur le haut du mur, et les huit autres, blessés, furent ramenés au camp.

Les Romams considéraient maintenant la tour Antonia comme tombée en leur pouvoir.

Deux jours après, vingt des soldats qui étaient de garde aux plate-formes s'assemblèrent avec un enseigne de la

cinquième iéf^ion et deux cavaliers, prirent une trompette et vers la neuvième heure de la nuit, montèrent par la ruine du mur, en silence, jusqu'à la forteresse.

Les sentinelles du corps de garde avancé dormaient paisiblement.

Ils leur coupèrent la gorge.

Aussitôt, maîtres du mur, ils sonnèrent triomrhaiement de la trompette.

A ce bruit, éclatant soudain dans la nuit silencieuse, les soldats des autres corps de garde, s'imaginant que les Romains étaient en grand nombre, s'enfuirent, éperdus de terreur.

Aussitôt averti, Titus rassembla tout ce qu'il avait de soldats autour de lui, se mit à leur tête et, accompagné de ses gardes, se hâta de monter sur la brèche.

Surpris par une si subite invasion, les Juifs se sauvèrent, les uns dans le temple, les autres dans la mine faite par Jean sous les ouvrages des Romains.

Un combat acharné s'engagea aux portes mêmes du lieu saint, corps à corps et à coups d'épée dans une confusion qu'augmentait encore l'étroit espace dans lequel se circonscrivait la lutte.

Dernière place forte et suprême retranchement, le temple une fois pris, la victoire des Romains était complète et la défaite des Juifs consommée sans remède.

Pendant dix heures de nuit, Juifs et Romains s'entretuèrent avec fureur.

La valeur des uns n'avait d'égale, en ces instants tragiques, que le désespoir des autres.

Enfin, les Romains furent encore une fois repoussés ; la forteresse Antonia leur appartenait mais le temple restait encore aux Juifs.

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Et Titus gémissait encore à la vue de tant de ruines et ne pouvait se résoudre à consommer cette dévastation en abattant par le bélier ce temple si fameux dans les annales du peuple Juif et dans tout l'univers.

Afin de ne pas perdre ses positions si difficilement conquises, le César ordonna qu'on ruinât les fondements de la forteresse Antonia de sorte que, le terrain étant, de ce chef, aplani, toute son armée pût entrer facilement dans cette partie de la ville où les Juifs factieux étaient retranchés.

Gomme on s'empressait à ces travaux, le César fut informé qu'une députation de Juifs voulait lui parler.

Il les fit venir en sa présence.

Quand ils furent devant lui :

— Seigneur, dit le principal de la troupe, nous sommes bien affligés et nous venons implorer une grâce de votre bonté.

— Parlez, dit Titus, et s'il est en mon pouvoir de vous satisfaire, je le ferai.

— Voici donc que, par suite des malheurs du siège, nous n'avons pas pu célébrer dignement une de nos grandes fêtes.

— Laquelle?

LES PiEDS MAo'D.

— Celle d'Endelechisme.

— En quoi consiste-t-elle ?

— Elle consiste à commémorer le jour où, descendant du Sinaï, chargé des tables de la loi écrites par la main même de Johah-Elohim notre Dieu, et renfermant son Décaiogue saint, Moïse, notre père, les brisa dans sa colère d'avoir vu le veau d'or construit par Aaron et recevant les adorations sacrilèges du peuple.

— Insensés ! leur répondit Titus qui flairait un piège, qu'importe à votre Dieu que vous commémoriez une fête en son honneur, lorsque vous l'outragez tous les jours, en profanant son temple par tous les excès.

« Vous serez cause de la ruine totale, non seulement de votre ville, mais encore de ce temple fameux parmi les nations, et dans lequel vous prétendez qu'habite la force de votre Dieu.

» Cessez donc, je vous le demande encore une fois, une résistance inutile qui, tous les jours, aggrave votre responsabilité. Rendez-vous, il en est temps encore, épargnez ce qui vous reste de vies et ménagez les soldats de l'empire, si vous ne voulez pas qu'en un jour prochain, toute miséricorde vous soit refusée.

« Faites mieux, pour ce que vous croyez être votre honneur, si vous le voulez; cessez d'opprimer ce peuple sur lequel vous avez déchaîné toutes les horreurs et qui vous maudit; sortez de ce temple dont vous allez provoquer la destruction rapide et venez avec le nombre de soldats que vous voudrez, pour en venir, hors de ces murs, à un combat déânitif qui tranchera toute difficulté en désignant le vainqueur suivant le sort des armes !

» N'êtes- vous pas las de profaner ce Heu saint selon votre croyance et d'oflenser ainsi perpétuellement votre Dieu?

» Après cela, si tel est votre désir, célébrez la fête d'Endelechisme, comme vous le voudrez. »

Le peuple qui entendait ces paroles en était très touché, mais dans la crainte de représailles du côté des factieux, il n'osait témoigner ses sentiments.

— Seigneur, dit celui qui avait parlé à Titus, permettez que j'envoie porter vos paroles à Jean de Giscala notre chef, afin qu'il y réponde.

— Faites ! dit le César.

Mais Jean de Giscala, en entendant ces paroles, entra dans une grande colère et s'écria :

— Jamais je ne me rendrai à de pareilles propositions et c'est en vain que le général romain invoque la sainteté de Dieu, car je ne puis appréhender la destruction pour une ville qui lui appartient et sur laquelle son bras s'est étendu dans la succession des siècles !

Alors, Josèphe, l'ancien gouverneur de Jotapat qui avait accompagné l'envoyé, prit la parole :

— Gomment pouvez-vous parler ainsi, Jean, s'écria-t-il, et l'enseignement de l'histoire de notre peuple n'est-il pas là pour démentir vos paroles ?

« Quoi ! vous parlez de Dieu qui protège la ville de Jérusalem et dont vous seriez le mandataire et le capitaine, vous par qui tant d'abominations ont souillé le lieu saint.

» Vous incriminez les Romains en les accusant de combattre contre Dieu, alors qu'ils vous invitent chaque jour, au contraire, à conclure la paix, afin de conserver à Dieu son temple et de permettre au sacerdoce de Sion de continuer à oflrir à sa majesté sainte le sacrifice perpétuel qui lui est dû!

r> Vous osez croire que Jéhovah-Elohim notre Dieu, vous assistera dans cette guerre et incriimnera les Romains de tous les sacrilèges que votre fanatisme a produits dans Sion, lorsque vous vous opposez à ce que ces étrangers nous aident à rétabUr dans sa pureté notre sainte loi et le culte du Seigneur et vous vous déclarez leur implacable ennemi !

1» Vous êtes au bord de l'abîme où tant de nos rois sont

tombés, mais vous le creusez si profond qu'Israël, cette fois, n'en remontera jamais!

» Quand les Babyloniens entrèrent dans la Judée, avec tant de soldats, n'avons-nous pas vu Jéchonias, qui régnait alors en Sion, sortir de Jérusalem volontairement et donner pour otages sa mère et ses proches parents, afin d'empêcher la ruine de la ville, la profanation des choses saintes et l'embrasement du temple du Seigneur?

» Que n'avez- vous assez de foi et de courage pour imiter son exemple! Le salut de tous est encore entre vos mains malgré tant d'hécatombes.

» Ignorez-vous donc ce qu'ont dit les prophètes, que cette ville infortunée sera détruite, le jour où l'on verra ceux qui sont Juifs de naissance tremper leurs mains dans le sang de leurs frères?

y> Eh bien! ouvrez les yeux, car ce temps est arrivé puisque la ville et ses faubourgs, le temple même sont pleins des cadavres de vos victimes! »

En parlant ainsi, l'ancien sacrificateur pleurait et sanglotait et les Romains eux-mêmes étaient touchés de ses larmes.

— Hors d'ici! s'écria Jean, transfuge abominable des portiques d'Elohim! Maudit sois-tu, traître à Jérusalem! apostat de Sion! La force de Dieu soutient mon bras et je périrai dans ces murailles plutôt que d'en abandonner l'espace d'une coudée volontairement aux Romains !

— A mort! le traître ! crièrent les factieux, assassinez-le ! A mort le transfuge !

Cependant, de telles paroles si touchantes et si raisonnables ne furent pas, néanmoins, perdues pour tous.

EUes persuadèrent plusieurs personnes de qualité qui résolurent de les mettre à profit et de s'enfuir vers le camp des Romains.

Un certain nombre d'entre elles parvint à réaliser ce projet.

Titus les reçut avec bonté, leur promit de les doter de terres après la guerre et les envoya en paix à Gophna loin du théâtre des hostilités.

D'autres n'osèrent passer les corps de garde des factieux et restèrent dans la ville. ♦

Quant à ceux qui s'étaient enfuis, les factieux répandirent le bruit que les Romains les avaient fait mourir dans les tortures, et cette fausse accusation répandit une nouvelle terreur dans Sion.

Titus qui était le plus clément des princes fut vivement irrité de ces calomnies et eut à cœur de les détruire aussitôt jusqu'à l'évidence, dans l'esprit des habitants de Jérusalem.

Il envoya avec diligence chercher à Gophna, les Juifs qu'il y avait envoyés et, sous la conduite de l'ancien gouverneur de Jotapat, il leur fît faire plusieurs fois le tour des remparts en criant ;

— VoiJà ceux qui se sont confiés à la magnanimité des Romains et à la clémence de Titus qu'on accuse faussement de les avoir fait mourir dans les tourments. Quiconque fera comme eux sera traité avec la même distinction et la même clémence.

Aussitôt un grand nombre d'habitants touchés de tant de bonté, sortirent des murs et vinrent se joindre à ces nobles transfuges et, faisant avec eux le tour des remparts, en pleurant s'écrièrent :

— Mes frères, nous vous en conjurons! sauvez Sion! sauvez le temple ! sauvez Jérusalem ! ne résistez plus à Dieu !

Mais les factieux, irrités, se mirent à les accabler d'outrages et de malédictions, hurlant qu'ils préféraient voir le temple réduit en cendres que de se rendre aux Romains.

Et, joignant l'action à la parole, ils roulèrent avec ardeur et avec rage contre les portes du temple toutes les machines de guerre qu'ils possédaient, servant à lancer toutes sortes de projectiles, faisant du lieu saint une citadelle

impie dominant un charnier nauséabond de morts entassés.

— Impies que vous êtes, s'écria Titus, à ce spectacle, ne sont-ce pas vos ancêtres qui ont environné ce saint lieu de balustrades, afin d'en interdire l'accès ? Ne sont-ce pas eux qui ont gravé sur des colonnes en lettres grecques et latines la défense de passer au delà de ces barnères ?

« N'est-ce pas César qui vous a permis de faire mourir quiconque oserait violer cette défense, fut-il citoyen romain?

» Quelle rage avez- vous donc de souiller ainsi ce temple du sang juif et du sang étranger!

y> Ah! j'en prends à témoin les dieux que j'adore et Celui-là même qui, jadis, a jeté sur ce sanctuaire la bénédiction de son regard favorable, et qui s'en est certainement détourné devant les abominations dont il est devenu le théâtre sanglant!

» Je prends à témoin tous mes soldats et tous ceux de vos compatriotes que j'ai accueillis favorablement; je vous prends vous-même à témoin que mes mains sont pures de cette profanation sacrilège et que, si vous voulez sortir de ce lieu saint, aucun Romain n'approchera du sanctuaire, ni ne commettra contre lui aucun attentat et que, malgré vousmême et votre fureur, je conserverai votre temple! «

— Le lâche ! s'écrièrent les factieux, il a peur ! Il nous demande grâce, sous une apparence de protection ; gardonsnous de l'écouter! Combattons jusqu'à la mort!

Devant cette suprême insulte, ïitus désespéra de jamais rien obtenir, et, rentrant à son quartier, il donna des ordres pour qu'on attaquât le corps de garde qui défendait le temple.

Il prit, de chaque compagnie, trente hommes des plus courageux, donna mille hommes à commander à chacun des tribuns qu'il choisit et nomma un certain Céréalis leur commandant général.

Sa valeur le poussait à vouloir, lui-même, commander l'attaque, mais il se rendit aux pressantes prières des siens

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qui le conjurèrent de ne pas exposer inutilement sa vie et de surveiller de loin le combat.

— Soit, dit alors le César, je voulais seulement être témoin des faits d'armes pour les récompenser et des défections pour les punir, afin que le mérite ne reste pas sans distinction ni la faute sans châtiment. Mais je surveillerai l'assaut quand même. En avant!

Et, ayant donné cet ordre, il se retira dans une petite construction de la tour Antonia pour voir de là toute l'action. On était à la neuvième heure de la nuit.

— Malheur à Jérusalem! cria une voix lamentable sur les murailles, malheur au temple 1... Malheur au peuple!...

C'était Jésus, fils d'Ananus, dont la voix qui retentissait depuis sept ans autour des murs ne s'était pas encore tue. Tout à coup, il s'écria :

— Malheur à moi-même ! . . .

Et il tomba, écrasé par une pierre lancée par une machine romaine.

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