CORPS A CORPS
A chaque instant, la lutte changeait de face, tant les phases en étaient imprévues.
Cependant, la cinquième heure du jour arriva et termina le combat sans qu'il fût possible de dire de quel côté était la victoire .
De part et d'autre, d'illustres combattants avaient mordu la poussière. De nouvelles plate-formes furent élevées encore par les Romains, au nombre de quatre, la première à l'angle du temple entre le septentrion et le couchant, la deuxième contre la salle située entre les deux portes du côté de la bise, la troisième vers le portique extérieur de l'occident, et la quatrième contre celui du septentrion.
Travaux immenses compliqués pour les Romains de la nécessité d'aller chercher des matériaux jusqu'à cent stades de Jérusalem et de souffrir de la part des Juifs toutes sortes d'embuscades, car ils poussaient l'audace jusqu'à aller surprendre les soldats de César dans leur camp.
La lutte devenait, cependant, de jour en jour, plus oirconscriteetpluschaudeetlesJuifscommençaientà comprendre que le temple était sur le point de tomber au pouvoir des Romains.
Dans leur affolement^ ils résolurent d'en détruire euxmêmes une partie pour sauver le reste.
Ils mirent le feu à la galerie qui le joignait à la forteresse Antonia du côté de la bise et de l'occident, puis, ils en abattirent une longueur de vingt coudées, commençant ainsi, de leurs propres mains, l'accomplissement de la terrible prophétie de Jésus-Christ .
Deux jours après, les Romains incendiaient cette même galerie.
Les Juifs laissèrent le feu gagner un espace de quatorze coudées, puis, en abattirent le comble, continuant ainsi de travailler à ruiner toute communication avec la forteresse, pendant que les alentours du temple étaient le théâtre perpétuel d'incessantes escarmouches.
L'orgueil des Juifs n'avait pas de limite.
Pendant qu'un armistice laissait un peu de repos aux deux partis, les Romains virent venir vers eux un homme de médiocre stature, portant haut un visage plein de jactance, de morgue et d'insolence.
Il s'avança jusqu'auprès du sépulcre du grand sacrificateur Jean.
— Romains! s'écria-t-il d'un air narquois, on ne vous connaît qu'au grand nombre, mais, si l'on demandait à l'un de vous de se mesurer avec l'un de nous, pas un de vous n'oserait répondre à ce défi. Je me nomme Jonathas. Si vous n'êtes pas des lâches, qu'un d'entre vous sorte des rangs et vienne me combattre !
Cependant, les uns, par mépris, les autres, par crainte, nul ne releva son défi.
Le Juif continuait à insulter les soldats de César, lorsque, irrité de tant d'audace, l'un d'eux, nommé Pudens, s'élança contre lui, mais, si impétueusement que Jonathas le perça de son épée.
Ce que voyant, un autre Romain lui lança un dard qui le perça d'outre en outre.
Aussitôt, de grandes clameurs s'élevèrent des deux côtés, faites de cris de triomphe autant que de malédictions.
Cependant, les Juifs joignaient pour lutter contre les Romains toutes les ressources de la ruse.
Ils emplirent de bois, de bitume et de soufre, le portique qui regardait l'occident.
Au moment de l'attaque, ils feignirent de s'enfuir, attirant les Romains qui dressèrent des échelles pour escalader le portique, quoique plusieurs d'entre eux les en dissuadassent trouvant cette fuite non motivée.
Quand le portique fut plein de soldats romains, les Juifs y mirent le feu qui éclata immédiatement avec une intensité formidable, semant la déroute dans les rangs pressés des imprudents soldats de Titus.
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L'incendie trouvant un aliment facile dans la grande quantité de matières combustibles que les Juifs avaient réunies là, il s'éleva des tiammes immenses qui remplirent d'épouvante les Romams qui n'étaient que spectateurs de ce tragique événement.
Quant à ceux qui se trouvaient subitement environnés par un si brusque embrasement, un désespoir affreux les envahit, soudain.
Les uns se jetaient du haut en bas des murs, du côté de la ville, d'autres se précipitaient du côté de leurs ennemis, d'auti^es du côté de leurs frères d'armes. Tous se brisaient par terre et se tuaient. Il y en avait d'autres qui n'avaient même pas le temps de se précipiter en bas et étaient, aussitôt, dévorés par les flammes implacables.
D'autres, dans leur désespoir d'échapper à une horrible mort, soit qu'elle leur vint du feu ou de la chute, aimaient mieux se percer de leur glaive.
Enfin, les derniers qui avaient espéré, un instant, échapper à la catastrophe en se réfugiant dans les parties éloignées du foyer de l'incendie, furent, eux-mêmes, rapidement atteints par le feu et, bientôt enveloppés, périrent comme leurs compagnons d'infortune.
Pas un ne survécut.
La colère de Titus, devant un tel spectacle, éclata violemment; mais la compassion l'emporta bientôt, et il considéra que, s'il devait être irrité de ce que ses soldats n'étaient tombés dans un tel malheur que parce qu'ils avaient entrepris cette attaque sans en avoir reçu l'ordre, leur vaillance et leur dévouement méritaient des larmes de sa part.
Ces braves soldats, en eûet, mouraient contents de voir, par l'incroyable douleur de leur général, combien ils étaient aimés et regrettés de celui pour la gloire duquel ils avaient si délibérément risqué leurs existences.
Titus, en eflet, s'avançait au premier rang de tous ceux qui se précipitaient pour les sauver, impuissants et navrés par les cris des victimes qui les conjuraient en vain.
Et les larmes d'un tel prince les consolaient de n'avoir d'autre sépulture que cet affreux bûcher.
Ceux-là même qui avaient trouvé moyen de s'abriter, un instant, de la rage des flammes, dans la partie la plus spacieuse et encore intacte de la galerie, y furent aussitôt cernés et massacrés par les Juifs, malgré leur héroïque résistance, sans qu'un seul d'entre tous ait pu se sauver.
Les soldats de Titus, en effet, eussent considéré leur salut comme honteux, s'il leur eut fallu le recevoir de la pitié des Juifs leurs ennemis.
Plus d'un parmi eux le prouva.
Entre tous, un jeune homme faisait, sur les terrasses en feu, des prodiges de valeur.
Les Juifs qui l'admiraient et ne pouvaient réussir à le tuer, l'exhortaient à descendre, en lui promettant que, s'il voulait se rendre à eux, ils lui sauveraient la vie.
Avant même que le jeune soldat eut pu comprendre le sens de cette proposition, il entendit un autre soldat romain lui crier :
— Longus! écoute-moi, je suis ton frère Cornélius, et je te conjure de ne pas écouter les trompeuses paroles de ces ennemis. Garde-toi de te rendre à eux, tu ternirais ton nom et tu entacherais la gloire du nom Romain, lui-même.
En entendant cette exhortation, le jeune soldat n'hésita pas un seul instant.
Choisissant le moment où les deux parties avaient les yeux fixés sur lui, il prit son êpée, l'éleva aussi haut qu'il put pour être bien vu de tous et se l'enfonça résolumentdans la poitrine.
La mort de tant de braves affligea toute l'armée romaine.
Cependant, elle en retira, dans ces circonstances, un fruit utile.
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Elle apprit, en efiet, par un si grand malheur, à mieux se tenir sur ses gardes, à être moins prompte à se jeter, tête baissée, dans les embûches que leur tendaient les Juifs artificieux et que leur ignorance des lieux ne leur faisait pas soupçonner.
Le feu avait dévoré le portique jusqu'à la tour que Jean de Giscala avait fait construire sur les colonnes qui condui saient à ce portique ; quand la ruine en fut consommée et que ceux qui étaient montés dessus eurent été brûlés, les Juifs en abattirent les restes calcinés.
Le lendemain, les Romains mettaient le feu au portique qui regardait la bise.
L'incendie le dévora jusqu'au coin qui regardait l'Orient et dominait les hauteurs de la vallée du Kidron, dont la profondeur était si grande qu'on ne pouvait la regarder sans être saisi de frayeur et pris de vertige.
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