LE CHEMIN DE ROML
encore reculées et toute la terre a vu et saura que, ni la multitude des ennemis, ni les avantages dont la nature avait doté ces provinces, ni la grandeur des villes, ni le courage de ceux qui les défendent, ne peuvent soutenir l'effort des armées Romaines!
» Je ne saurais rien ajouter à la gloire dont vous vous êtes illustrés en terminant une guerre commencée depuis si longtemps, et à l'honneur que le monde entier vous fait en vous remerciant, par tant d'acclamations, du choix que vous avez fait sagement de mon père et de moi pour nous élever à l'empire.
n Je ne puis vous décerner plus de louanges, mais je veux récompenser par des honneurs et des grâces particulières ceux d'entre vous qui se sont le plus signalés, afin que vous sachiez tous qu'autant j'ai eu regret d'être obligé de punir les fautes que quelques-uns ont commises, autant je prends plaisir à reconnaître le mérite de ceux qui ont été les fidèles et glorieux compagnons de mes travaux.
» J'ordonne donc à mes officiers de nommer publiquement ceux qui se sont le plus distingués par des actions illustres, et j'invite ceux-ci à répondre, ici même, à l'appel de leurs noms. «
Aussitôt, les officiers qui l'entouraient lui remirent leurs tablettes et le César, lui-même, proclama les noms des plus braves.
Chacun s'avança à l'appel de son nom, et, à chacun, il donnait un mot de louange et d'amitié.
Aux uns, il posait, de sa main, des couronnes d'or sur la tête; à d'autres, il donnait des javelots d'honneur à la pointe d'or, des chaînes d'or, des médailles d'argent, des monnaies, de riches habits et quantité d'autres sortes de présents précieux provenant de l'immense butin pris sur l'ennemi.
Tous les plus braves ressentirent les effets de sa libéralité, et quand il eut achevé sa distribution, ce fut au
144 LRS PIEDS MAUDITS.
milieu des acclamations du plus délirant enthousiasme, qu'il descendit de son tribunal pour offrir, sur un autel, des sacrifices en actions de grâces de sa victoire.
Un grand nombre de bœufs furent immolés ainsi, et leur chair, distribuée aux troupes, servit, pendant trois jours, à de joyeux festins.
De là, le César, après avoir donné ses ordres, partit pour Césarée où il laissa, en attendant son retour à Rome, ses prisonniers et l'immense quantité de ses dépouilles.
Cependant, Vespasien qui, pendant le siège de Jérusalem, était parti pour l'Egypte, s'embarquait à Alexandrie pour revenir à Rome.
Partout, sur son passage, il recevait les hommages enthousiastes des villes qu'il abordait.
Après avoir navigué d'Egypte en lonie, d'Ionie en Grèce, de Grèce à Corfou et de là en Esclavonie, il prit la route de terre et chaque pas qui le rapprochait de Rome était une marche triomphale.
Toutes les villes de l'Italie par lesquelles il passa, l'acclamèrent, et Rome, enfin, le reçut comme un libérateur.
Le peuple ne pouvait contenir sa joie. Le sénat, qui se souvenait des maux atroces qu'il avait soufferts sous Néron, et que l'empire avait endurés pendant les troubles qu'avait produits la succession des derniers empereurs, était heureux d'avoir pour maître un illustre capitaine que ses cheveux blancs et l'éclat de tant de glorieuses victoires rendait si vénérable. •
Chacun chantait, à l'envi, ses vertus et fondait sur son règne les plus heureuses espérances.
Nul ne doutait qu'il n'apportât tous ses soins à faire le bonheur de tous ses sujets.
Les soldats, surtout, qui n'avaient pas oublié les maux que l'ignorance et la lâcheté des anciens empereurs leur avaient causés, se félicitaient d'avoir choisi un homme qui,