LA ROUTE DU CAPITOLE
Titus, ayant profité d'un bon vent, arriva prompteraent à Rome et, comme son père Vespasien, y fut reçu avec de grandes démonstrations de joie.
Vespasien voulut, accompagné de son autre fils Domitien, aller, lui-même, au-devant de son illustre fils et, quoique le sénat eut décrété, pour chacun d'eux, un triomphe spécial, Vespasien et Titus voulurent triompher ensemble, le même jour, dans un seul et unique cortège.
Dès le matin, toute la population de Rome était hors de ses demeures, et la multitude immense remplissait les rues et les portiques des édifices, se massait sur les stylobates des temples, encombrait les fenêtres, les corniches, les entablements des colonnes, les toits des maisons et des palais et jusqu'aux arbres des rues dont les branches craquaient sous le poids des grappes humaines qui y étaient suspendues.
Pas un seul homme, parmi cette foule, qui ne voulût être témoin de la pompe triomphale.
La presse était si grande, qu'à peine restait-il un passage pour le cortège des deux empereurs. Avant que l'aurore eut paru dans le ciel, tous les gens de guerre, à la suite de leurs
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chefs, se rendirent au temple d'isis, qui se trouvait près des portes de la ville, pour y saluer le réveil des deux princes qui y avaient passé la nuit.
Gomme le jour commençait à paraître, ils sortirent, couronnés de lauriers et vêtus de pourpre et de soie, pour se rendre au cours d'Octavie oii le sénat en corps, les plus grands seigneurs de l'empire et les chevaliers romains les attendaient.
Sous le portique d'Octavie, avait été élevé un trône avec des sièges d'ivoire.
Les deux empereurs, couronnés de lauriers et sans armes, s'y assirent.
Alors, les guerriers les complimentèrent de leurs sublimes actions et de leur haute vertu, dont ils avaient été les témoins.
Gomme leurs acclamations ne cessaient pas, Vespasien, par modestie, leur imposa silence.
— Assez! mes amis, leur dit-il, il est temps de rendre grâces aux dieux.
Il se leva alors et, couvrant, en partie, sa tête avec un pan de son manteau, fit les prières et les vœux accoutumés.
Titus l'imita.
Puis Vespasien, après avoir fait aux troupes un bref discours, leur dit :
— Alh z, maintenant, mes amis, vous livrer à la joie et au festin qui vous a été préparé selon la coutume.
Ensuite, accompagné de Titus, il se rendit à la porte triomphale par laquelle, seulement, devait passer la pompe des triomphes.
Les empereurs y prirent un repas et y offrirent des sacrifices aux dieux de Rome dont les statues ornaient cette porte.
P uis , la pompe triomphale se mit en marche , véritable féerie que le peuple ne pouvait se lasser d'admirer et d'applaudir.
Jamais triomphateur n'avait eu un cortège aussi superbe.
Il surpassait en magnificences les rêves de l'imagination elle-même, par la beauté des objets qui y figuraient, aussi
1)1611 que par la quantité des richesses que les triomphateurs traînaient après eux, au milieu des représentations et de la mise en scène les plus variées.
On eut dit que là était réuni tout ce que les nations les plus opulentes avaient pu amasser de plus précieux à travers le cours des siècles ; tout ce que le monde contenait de plus rare et de plus merveilleux semblait rassemblé là pour la gloire éclatante de l'empire.
L'or, l'argent, i'i voire y brillaient en telle profusion, dans un nombre si grand d'ouvrages, qu'ils paraissaient plutôt entassés par un délirant caprice qu'utilisés pour la décoration même de la pompe triomphale.
Vêtements de pourpres aux riches broderies babyloniennes, couronnes d'or ruisselantes de pierreries, statues des dieux faites, selon i'art le plus pur, de la matière la plus précieuse.
Toutes sortes d'animaux étrangers et rares conduits par des hommes vêtus d'habits somptueux où la pourpre et l'or rivalisaient d'éclat et de richesse, précédaient les captifs, ornés de si beaux vêtements, que leur tristesse, même, en paraissait atténuée.
Des chars, enrichis d'or et d'ivoire, représentaient aux yeux les diverses phases de la guerre : Provinces fertiles ravagées, troupes taillées en pièces, ou mises en fuite, soldats faits prisonniers, murailles puissantes renversées, châteaux pris et ruinés, villes opulentes emportées d'assaut, armées entrant par la brèche et passant les habitants au fil de répée, temples en flammes, maisons en ruines, torrents de sang luttant avec d'horribles incendies, navires en marche, portraits de ceux qui s'étaient montrés des héros de part et d'autre, telles étaient les représentations que la pompe triomphale ofirait aux yeux émerveillés du peuple avec une telle vérité d'expression qu'on eut pu croire à des scènes naturelles.
Une énorme quantité de dépouilles de toutes sortes Tenaient ensuite, parmi lesquelles les plus admirées et les