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LE CHEMIN DE LABIME

ne comptaient plus leurs victoires; déjà, fondé et béni par lui, un pontificat nouveau s'élevait, triomphant, entre ces deux colosses chancelants sur leurs trônes ébranlés, Aaron et César

Jérusalem avait vu, au contraire, la chaire de ses souverains pontifes osciller étrangement sur sa base, présage d'une chute imminente.

Depuis le vieil llérode, les pontifes, créatures viles des gouverneurs romains, s'y succédaient comme des comparses de théâtre, appelés ou renvoyés selon le caprice du moment ; irrités de leur chute et avides d'argent pour soutenir l'éclat de leur grandeur perdue dont le reflet seul leur restait, par eux les exactions les plus injustes pressurèrent les prêtres subalternes de leur influence, déterminant des haines, telles que les rues retentissaient incessamment des combats que se livraient les gens armés qui les accompagnaient partout.

Depuis Pilate, les gouverneurs romains se succédaient en Judée, plus féroces les uns que les autres.

La Judée était pleine d'assassins que les gouverneurs, au lieu de les punir, employaient à tuer ceux qui leur déplaisaient ; ainsi avait péri le grand-prêtre Jonathas, par ordre de Félix auquel il avait reproché ses vices.

Florus, un des successeurs de Félix, avait dépassé encore en horreurs, en cruautés, en exactions de toutes sortes, ses prédécesseurs, vendant aux brigands eux-mêmes l'impunité de leurs crimes.

Faire piller les marchés par ses soldats et tuer tous ceux qui s'y trouvaient, sans distinction de nationalité et de caste, n'était qu'un jeu pour lui ; il poussa même, un jour, le peuple de Jérusalem à sortir de la ville, pour aller au-devant des troupes romaines qui arrivaient de Gésarée, afin de leur donner un gage*de bonne intelligence ; démarche fatale dont le résultat fut un massacre général dont il avait donné l'ordre en secret, afin de pousser le peuple à la guerre pour

noyer dans les catastrophes publiques la responsabilité de ses crimes.

La sédition s'exaspéra dans Jérusalem contre Rome ; les brigands et les assassins qui désolaient la Judée, s'empressèrent d'accourir et, bientôt, favorisés par de premiers succès, enlevèrent plusieurs forteresses, dont ils égorgèrent les garnisons romaines qui ripostèrent par de cruelles représailles, massacrant sans pitié jusqu'aux juifs les plus pacifiques enfermés dans leurs maisons.

Plus de quatre-vingt-sept mille périrent ainsi à Gésarée, à Ptolémaïde, à Ascalon, à Damas, à Scythopolis et à Alexandrie.

Peu de temps après, Aniioche voyait de semblables hécatombes. Le sang coulait dans les autres villes à proportion, et la terreur était telle qu'on n'ensevelissait même pas les cadavres.*

Parmi ces horreurs, Gestius Gallus, gouverneur de Syrie, à la tête d'une armée romaine, s'avançait, mettant tout ce qui restait debout à feu et à sang. Zabulon, Antipatride, Lydda, Joppé n'étaient plus que des ruines fumantes.

Déjà Gestius Gallus marchait vers Jérusalem, lorsqu'il changea inopinément d'avis et battit en retraite dans les montagnes où les jaifs le harcelèrent dans des combats sanglants.

Jérusalem n'était pas mûre encore pour la destruction et Dieu lui réservait de plus grands maux et de plus cruels châtiments.

Toutefois, les chrétiens de la ville prirent cet événement pour un avertissement du Ciel et s'empressèrent de se retirer au delà du Jourdain, dans la ville de Pella appartenant au roi Agrippa, pour y vivre en paix sous la protection de Dieu, pendant le feu de la guerre.

(1) Josèphe, l. II, cil. XVIII et suir.

Une comète qui ressemblaît à une épée gigantesque et flamboyante parut au ciel et resta visible aux yeux de Jérusalem. (P. 21.)

LES PIEDS MALD. 2

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