LA VOIX DES PRESAGKS
Comme à la veille des grands événements qui doivent profondément bouleverser une nation et accabler un peuple, il semble que l'esprit des choses plane dans l'air et y souffle l'appréhension des convulsions futures; la main qui, jadis, écrivit devant les yeux épouvantés de Balthazar le Mane, Thecel, Phares, sonnait lugubrement le glas de son empire, traçait dans les cieux agités de la Judée, en caractères de flamme et de sang, les sentences du Très-Haut.
Pendant une année entière, une comèle qui ressemblait à une épée gigantesque et flamboyante, parut au ciel et resta visible aux yeux de Jérusalem.
Et les Juifs insensés s'étaient félicités, pensant que le glaive du Seigneur allait combattre avec eux!...
La guerre, alors imminente, n'était pas encore commencée. Le peuple s'était assemblé, en ce jour, 8 avril, pour célébrer la fête de Pâques.
La neuvième heure de la nuit venait de sonner lorsque, tout à coup, une lumière éclatante environna l'autel et le temple, si vive qu'on eut pu penser que le soleil se levait derrière ces murailles. Pendant une demi-heure, le tem-
pie entier fut comme incendié de cette clarté saisissante. Et les Jaifs ignorants, s'appiaudissant de cette merveille, s'écrièrent :
— La force du Seigneur nous revêt de splendeur et la gloire d'Eiohim va de nouveau resplendir sur Sion!...
Mais, dans les profondeurs du sanctuaire, ceux qui étaient instruits dans les choses saintes tremblaient et gémissaient sur ces présages funestes.
D'autres événements bizarres semblaient concourir encore par leur étrangeté, à montrer aux yeux les plus incrédules que la nature, elle-même, se ressentait de ces bouleversements prochains.
En ce même jour de fête, comme on conduisait à l'autel les animaux, pour le sacrifice, une vache qu'on allait immoler déposa un agneau, au milieu même du temple,* et tout le monde fut atterré de ce prodige.
Quelque chose de plus surprenant allait encore se produire en ce même jour, cependant :
On était à la sixième heure de la nuit. La porte du temple qui regardait l'Orient et qui était de bronze et si pesante que vingt hommes pouvaient à peine la pousser, s'ouvrit toute seule avec fracas. Pourtant, de grosses ferrures la fermaient, et elle était solidement close par des barres de fer énormes et des verroux qui entraient profondément dans le seuil fait d'une seule pierre.
Los gardes du temple, en voyant ce prodige, furent saisis d'horreur et d'admiration.
Aussitôt, ils coururent en informer les magistrats qui vinrent et constatèrent le fait, tandis qu'on parvenait, au prix des plus grands efiorts, à refermer la porte, sur leur ordre.
— Gloire au Seigneur! s'écrièrent, cette fois encore, les Juifs ignorants et insensés, car il nous prouve par là que
(1; Josèpbe. Guerre des Jui/s