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VIII, LE GENIE CLASSIQUE. LES PIERRES DU ROI

%LAssiauE, c'est sur ce mot qu'il faut s'entendre. Une vieille querelle en a dénaturé le sens. II ne limite rien. Surtout il n'appauvrît pas le génie français, la libre humeur du peuple des Gaules, il rie stérilise pas le don magnifique de renouveler, de varier et d'interpréter. La grande leçon des pierres de France, c'est coYSEvox. - FIGURE qu'll u'y eut jamais dans notre pays stricte et sèche application d'une

(Versailles.) ■ ^^

formule. 11 n'y eut pas un classicisme frappé d'atonie et de monotonie, mais plusieurs écoles classiques successives et, à l'intérieur de chaque école, des courants divers. C'est déjà quelque chose que de reconnaître qu'il y a plusieurs « styles '■ dans un siècle, même si l'on donne le nom d'un prince à chacun d'eux et si on le limite à la durée de son règne. La question est moins simple encore. L'esprit classique, c'est l'esprit d'ordre, mais l'ordre français respecte la vie.

Entre sa double haie d'arbres géants, le pavé du roi

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s'étend au loin, franchit les campagnes et les cités, traverse toute cette terre antique qui nous a déjà livré tant de richesses. Faisons le voyage de ces grands siècles d'ordre, suivons la route royale du temps. Partout la vie, la vie des provinces et la vie de Paris, la vie du prince, la vie des grands, la vie des particuliers, la vie à k Cour, la vie à la ville, la vie des simples, la vie des gens d'esprit, mille notes distinctes dont chacune est un trait particulier et reconnaissable de l'histoire. On se croit quitte envers le dix-septième siècle, quand on la coupé en deux tronçons, — avant la majorité de Louis XIV, après la majorité. Le siècle de Louis XIII prend pour lui toute fantaisie, toute alacrité d'esprit, toute ardeur de passion : on explique, on justijSe la belle expansion des dons violents et l'élégance des curiosités rares par les derniers sursauts de la féodalité, p^r la Fronde, par les goûts espagnols ou italiens de nos reines. Louis XIV paraît et toute cette vie se glace soudain.

Non, l'extrême compression du système monarchique, discutable en soi, n'a pas gâté la France, ne l'a pas frappée de paralysie. Racine est l'ordre, mais il est aussi la violence déchaînée des passions les plus ardentes. Bossuet est Tordre, mais il est aussi l'effrayant poète du néant de l'homme, le plus véhément et le plus intrépide génie sacerdotal, un évocateur de la mort digne des grandeurs du treizième siècle. Molière est l'ordre, mais il est aussi la fantaisie et la tendresse, la compassion, l'humanité. Fouquet, Louise de Lavallière, Lauzun, quels romans dans ce siècle d'ordre ! Et c'est encore ce siècle d'ordre qui a prêté l'oreille aux cris les plus désespérés et les

plus poignants que la passion ait inspirés à une femme, les Lettres de la religieuse portugaise.

urbains.

J^cs ensembles f A grande diversité, la richesse, l'étoffe de la vie française

pendant l'époque classique, en même temps que le génie unitaire ou, si l'on veut, natiorral des plus grands de nos princes, voilà ce que nous enseignent les pierres de France. L'idée de Paris, j'entends d une cité qui fût l'arche d'alliance de toutes les provinces enfin unies, le cœur de tout le système, c'est une idée de Henri IV, mort avant de Tavoir réalisée. Passer de la cité gothique à la cité moderne, cet effort a été commencé par les architectes classiques. Les premiers ils ont compris la noblesse des grands ensembles conçus avec unité : de là, la place Dauphine et la place Royale à Paris, la place Ducale à Charleville, la belle place de Montauban. Si la ville de Richelieu en Poitou, construite d'un seul coup, dans son carré de murailles, avec ses deux rues uniques qui se coupent à angle droit, est paradoxale comme une reconstitution de camp romain, il n'est pas absurde d'avoir voulu installer au cœur des cités de beaux décors de pierre ordonnés avec ampleur.

Brique et L'impersonnalité du style jésuite et de l'architecture relipierre. gieuse est compensée par l'originalité d'un style charmant et français entre tous qui, restant fidèle aux beaux combles en pente, à l'ancienne mode, dessine dans les façades de briques les plus nobles et les plus harmonieux fenestrages qu'on ait jamais vus et garnit les angles ou les joints des édifices de cordons de pierres blanches. Cet art d'associer gaîment la brique et la

I%olii Algat

Art classique. — LHOTEL LAMOIGNON, A PARIS

pierre tire son origine des pays de Loire : ce qui subsiste de Plessis-lez-Tours et la partie ancienne de Blois le prouvent. Les régions du Midi, où la brique abonde, Toulouse, la ville rose, lavaient utilisée aussi pour des effets nouveaux, en la mariant au marbre des pilastres et des frontons, à Thôtel d'Assézatpar exemple. Mais à Paris, au début du dix-septième siècle, ni pilastres ni frontons : pour tout décor, le dessin de la pierre tranchant sur les briques des murs.

J^i' sMarais. f E siècle qui voit l'écrasement définitit de la féodalité voit

aussi le triomphe de ces bourgeois, robins et légistes, qui, depuis Philippe le Bel, siègent aux côtés de la monarchie et besognent pour elle. Au quinzième et au seizième siècle, des marchands enrichis, des financiers heureux se sont bâti des maisons belles et riantes, a^ile provisoire de leur hasardeuse fortune ; ils meurent, et les princes ou les grands s'emparent de leurs châteaux. Mais les hôtels que les dynasties parlementaires se sont élevés et se sont si longtemps conservés au Marais, Thôtel Lamoignon par exemple, quelle inoubliable expression de force, d'austère équilibre, d'intrépide résolution et de stabilité ! Molière a dit le Bourgeois gentilhomme, ses petitesses, ses naïvetés, son adaptation manquée : mais cette gentilhommerie d'emprunt est le revers d'une grande chose, et durable, aussi soUde que l'ancien régime et qui ne mourut qu'avec lui, le Bourgeois seigneur, le grave, fastueux et probe parlementaire, carrément assis dans sa bonne charge, largement drapé dans sa robe de judicature, la tête solide sous la perruque à marteaux.

JLus -oilks ^<' A u Marais, la vie du dix-neuvième siècle, le négoce, la petite par emen . j-^ industrie se sont la plupart du temps emparés de ces

magnifiques demeures, et l'on peut mesurer INêcart des deux bourgeoisies. Mais, dans les villes de parlement, le silence de la vie provinciale les a conservées à peu près intactes. Dijon, déjà méridional par la blancheur éclatante des routes, par le ton clair de la pierre, par la franchise des ciels d'été, méridional aussi par la verdeur et par le mordant de sa race, Aix, enseveh sous la majesté de son passé, tout abandonné à sa glorieuse torpeur, sont hantés de grandes ombres bourgeoises, hautes et nobles. Le silence, une- demi-solitude, une activité mesurée, des façons anciennes de fabriquer et de vendre, quelques vertus oubliées, conservées là comme des fleurs séchées entre les feuillets d'un livre, voilà ce que la vieille province française abrite, avec beaucoup de fermeté, de justesse de pensée et de droiture de cœur, à l'ombre de ces murs bien bâtis, qui séparent de la rue les hôtels sévères, décorés d'un fronton porté sur deux pilastres, à l'aise entre la cour et le jardin.

Muettes aujourd'hui, ces demeures sont solennelles parce qu'elles appartiennent à l'histoire, mais la vie n'y fut pas tyrannisée par des formes froides ou abstraites, par de vaines pompes, par des cérémonies de parvenus. Des grâces humaines l'embellirent, une culture accomplie, une curiosité vaste, et cette étincelle française sans laquelle le génie même a quelque chose de morne, l'esprit.

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