‹ Les pierres de FranceChapitre 4 sur 23 · LES ASSISES PRÉHISTORIQUES · texte numérisé non relu

LES ASSISES PRÉHISTORIQUES

redoutables; par le pouvoir des images, ils ont conjuré les menaçants témoins de leur isolement.

Un trait vif, incisif et pur choisit et fixe la forme essentielle, que le regard aigu du chasseur a su discerner, la finesse des jarrets nerveux, la plénitude des musculatures, la lourdeur des démarches monstrueuses qui font trembler la terre, l'entrelacs des ramures qui, sur le crâne du renne, s'épanouissent comme une parure sauvage.

Bien après le graveur préhistorique, Tart s'enrichira de notes complexes, variées et profondes. L'homme dressera sa maison sur le sol et négligera les retraites que lui ménageait la nature. Après avoir enfoncé des pilotis dans la vase des lacs, abrité ses humbles communautés à distance d'une terre hostile, viendra le temps où il taillera les pierres et les ajustera pour faire des murailles. La connaissance des métaux et la technique des alliages donneront à l'œuvre de ses mains plus de souplesse et plus de variété. 11 apprendra le tournassage de l'argile, le tissage des poils et des filaments. Aux flancs des vases, sur les armes et- sur les bijoux, il répandra les délicieux caprices de l'art, d'abord emblématique et magique, et puis libre et décoratif. Jamais il ne s'exprimera d'une manière plus concise et plus juste qu'au temps où, d'une pointe de silex conduite avec fermeté sur une surface dure, d'un ton d'ocre broyé entre deux pierres, le chasseur de rennes dessinait et peignait les hôtes singuliers de la terre, les passants de la solitude, les proies ordinaires des grandes chasses et, vénérable entre toutes, l'image même de l'homme de ces temps.

bien.

ES sites OÙ il a vécu attestent encore la majesté de ces origines. Dans les replis des Pyrénées, dans les vallées de la Dordogne, de l'Indre et de TAin, à Lorthet, à La Madeleine, à La Colombiére, sa présence nous domine avec une sorte de toute-puissance cachée. On ne passera pas avec insensibilité auprès de son foyer séculaire. Il n'est pas le domaine réservé d'une science discrète, confinée, qui se limite à la curiosité des spécialistes. Nulle part la poésie des temps écoulés n'est plus auguste, plus pénétrante, plus accessible à tous. JLa Cohm- Au bord de la rivière d'Ain, près de Neuville et de Jujurieu, dans un désert plein de charme et de grandeur, la falaise couronnée d'herbages s'élève au-dessus des buissons et des arbres. J'y ai respiré les parfums mélancoliques de l'automne qui s'associaient à la tristesse formidable des âges. Au-dessus d'un cours encaissé s'élevaient des fûts noirs chargés de rameaux d'or. La profondeur des eaux leur donne un ton obscur. Cette région a séduit les peintres du dernier siècle ; plus haut, cette belle vallée a quelque temps fixé Daubigny. Le site où je vous mène est d'une noblesse supérieure à son art* Au flanc de la falaise, à mi-hauteur, s'ouvre une caverne peu profonde que couronne un bandeau de rocher. On dirait le fronton d'un temple. C'est dans le sable fin qui s'amoncelle aux abords de l'abri qu'ont été retrouvés les sikx et les galets, mêlés à des ossements de petits rongeurs, délicats et complexes comme de précieux ivoires.

Avant d'aller au pays celtique chercher au bord des mers des vestiges non moins émouvants et plus énigmatiques encore, arrêtons un instant notre voyage dans cet étroit vallon où

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