BONAPARTE
Dessiné par Guérin. Gravé par G. Fiesinge?
« dont l'unique fenêtre donnait sur la grande cour ». Un an plus tard, le 28 octobre 1785, Bonaparte — nommé lieutenant en second au régiment de La Fore (tenant
(1) 22 octobre 1784. Le maréchal de Ségur — Ministre de la Guerre — signe le brevet de cadet-gentilhomme de Bonaparte, le 30 octobre. Départ de l'École Royale de Brienne sous la conduite d'un frère minime en compagnie de MM. de Montarby de Dampierre, Castres de Vaux, Laugier de Bellecour, et de Comminges également admis à l'École militaire de Paris.
garnison à Valence), à la suite d'un examen présidé par Laplace où il fut classé quarante-deuxième sur cinquante-huit concurrents, faisait dans Paris « sa première sortie libre... sous la surveillance d'un bas officier de l'École. Il rendit visite à M. de Marbeuf, évêque d'Aulun, au rez-de-chaussée du palais abbatial de Saint-Germaindes-Prés » et termina sa journée par « quelques courses et promenades dans Paris ». Le lendemain, Bonaparte et Desmazis partaient pour Valence; « ils avaient soupe et couché dans le voisinage du bureau de la diligence de Lyon qui les emmenait à leur future garnison, et le bas officier — leur mentor — avait soldé la dépense ».
Or, en octobre 1785, les Permon — abandonnant Montpellier — étaient venus s'installer (de 1783 à 1792) dans l'hôtel de Sillery, quai Conti.
Au moment de son départ, Bonaparte n'est-il pas venu — comme c'est plausible — saluer et remercier Mme de Permon qui avait été parfaite pour son père et son jeune frère, et ne pouvons-nous accepter pour véridique cette page des Mémoires?
— « Je me rappelle que le jour où il endossa l'uniforme il était joyeux comme tous les jeunes gens le sont à pareil jour, mais il avait dans son habillement (uniforme bleu, veste bleue, parements rouges et boutons blancs, chapeau à cornes, épée) une chose qui lui donnait une apparence fort ridicule, c'étaient ses bottes. Elles étaient d'une dimension si singulièrement grande que ses petites jambes, alors fort grêles, disparaissaient dans
LE SALON DE Mme DE PERMON,
Aujourd'hui salon de M. Pigoreau, place Conli, n° 2. Paul Vouillemont, phot.
LA (( MANSARDE )) DE BONAPARTE
leur ampleur. Ma sœur et moi ne pûmes nous contenir
et des rires fous s'ensuivirent...
11 se fâcha. « On voit bien »,
dit-il d'un air dédaigneux à ma
sœur, « que vous n'êtes qu'une
petite pensionnaire... » — « Et
vous», répliqua-t-elle, « vous
n'êtes qu'un Chat botté ! »
Tout le monde se mit à
rire... » (*).
Faisons comme « tout le monde » et amusons-nous à évoquer dans le grand salon aux boiseries grises — d'où la vue sur la Seine et le vieux Louvre est si plaisante — la silhouette imprévue de l'impérial Chat botté dont les prodigieuses enjambées dépassèrent de beaucoup les « sept lieues »
que, parcimonieusement, leur avait assignées jadis le bon Charles Perrault.
C'est en 1792 seulement que nous avons la preuve indiscutable d'une visite du « capi-
(1) Mémoires de Madame $ Abr an- Martial, aq.
tes, pp. 85 et 86, passim. passage saint-roch.
taine d'artillerie » Bonaparle à l'hôtel du quai Cunli. 11 y dîna le jeudi 14 juin : « J'ai dîné hier chez M. de Pcrmon, écrit-il à son frère; madame est fort aimable, aime beaucoup la Patrie et aime à avoir des Corses chez elle... >' Fréquenla-t-il peu ou pruu la maison? la chose est d'importance secondaire. Il y est venu; cela suffit pour nous permettre d'évojuer son profil césaricn, ses yeux