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LE BUREAU DES LINGERES DE LA RUE COURTALON

Comm. da Vieux Paris.

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entassé des tables et des bancs de bois et héberge les « sans-domicile » ! Pour quatre sous, ces malheureux achètent un « bon » qui leur donne le droit de dormir sous un toit, après avoir avalé un verre de vin ou uir bol de soupe chaude (au choix). Emile distribue une moyenne de deux cent cinquante bons par nuit! Le refuge est ouvert de six heures du soir à cinq heures et demie du matin!

Nous entrons : tout d'abord nos yeux ne perçoivent qu'une petite table; une sorte de comptoir bas, faiblement éclairé. Sur la table, des piles de « bons » crasseux, des verres, quelques bouteilles; à côté un fourneau sur lequel bout une marmitée de soupe... derrière la

d'exercer son commerce aux halles. Jadis les halles n'étaient pas, comme aujourd'hui, seulement affectées au commerce des produits de l'alimentation, elles étaient une sorte de foire permanente où l'on vendait de tout. Aussi chaque corporation y jouissait-elle d'un privilège particulier de commerce et avait-elle son bureau, comme celui des lingères, situé dans cette région de Paris.

Aussi, au xvine siècle, les orfèvres avaient-ils leur bureau rue des Orfèvres, où leur hôtel se voit encore, non loin du grenier à sel ; les marchands tailleurs d'habits avaient le leur quai de la Mégisserie. (Le musée Carnavalet en a recueilli dernièrement la plaque d'inscription trouvée dans les fouilles du Métropolitain.) Les merciers avaient leur bureau rue Quincampbix ; les pelletiers avaient le leur rue Bertin-Poirée ; les bonnetiers siégeaient au cloître Saint Jacques-la-Boucherie ; les arquebusiers rue Gocatrix ; les savetiers, rue de la Pelleterie ^ les drapiers, rue des Déchargeurs : la belle façade de leur maison fait actuellement l'un des plus beaux ornements du jardin de Carnavalet ; enfin les charcutiers, comme par une sorte d'équivoque intentionnelle, avaient leur bureau rue de la Cossonerie. «Ch. Sellier. Rapport a la Commission du Vieux Paris.»

table, Emile, un superbe gaillard bâti en Hercule, la moustache en croc, l'air bon enfant et jovial. Près de lui, Mme Emile, active, tend un verre de vin et un bol de soupe au pauvre diable qui vient d'entrer; la soupe avalée, l'homme essuie sa bouche d'un revers de main, puis, le dos rond, va se perdre dans l'ombre de la pièce ou descend lentement les marches usées des caves dont l'entrée s'ouvre, béante, à côté du comptoir.

Peu à peu nos yeux s'habituent à cette quasi-obscurité; l'immense rez-de-chaussée nous apparaît tout entier rempli de dormeurs. Les uns assis sur les bancs, la tête cachée dans leurs bras repliés sur la table grasse; d'autres — les malins, ceux qui la « connaissent » — ont choisi le coin où ils peuvent s'accoler au mur; ils dorment la bouche ouverte, tout raides, la casquette rabattue sur les yeux... Beaucoup ronflent sur le carreau ; il y en a jusque sous les tables, entre les pieds de leurs camarades de misère; quelques-uns ont placé de vieux journaux entre leur visage et le sol gras...

Descendons dans les caves, qu'éclaire vaguement un papillon de gaz tremblotant... Quelle vision! Partout des malheureux, allongés les uns contre les autres — comme des cadavres — ou roulés en boule dans les angles. On ne peut avancer qu'en enjambant des corps endormis...

Le sol glaiseux, les murs, le plafond bas, les vêtements, les chaussures de ces pauvres gens, leurs mains, leurs cheveux, leurs barbes, leurs visages... tout est du même ton; un ton indéfinissable, un ton de boue séchée...

PARIS LA NUIT

Quelle immense compassion étreint le cœur, devant de telles détresses, qui semblent sans espérance!...

Pourtant, ces miséreux dorment là d'un sommeil que leur envieraient' bien de riches insomnies!

C'est à peine s'ils remuent pendant que nous nous ingénions à glisser « des bons » — la soupe et le

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