‹ Les pierres de ParisChapitre 33 sur 61 · COUPE SUR LA LONGUEUR DU THEATRE DU CONSERVATOIRE · texte numérisé non relu

COUPE SUR LA LONGUEUR DU THEATRE DU CONSERVATOIRE

de ces champs et de ces marais tournaient les « trente » moulins de Montmartre.

En 1739, le plan de Turgot nous montre cette plaine habitée. Quelques rares maisons se groupent autour d'une antique chapelle — la chapelle Sainte-Anne — disparue en 1791. Dès la seconde moitié du xvme siècle, ce désert se peuple; le fermier général Bouret couvre le ruisseau, creuse des égouts, dessèche les marais, construit des maisons; un quartier se bâtit, la « Nouvelle- France », sur l'emplacement de taudis dangereux, habités jusqu'alors par des repris de justice. On y édifie la

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caserne encore existante (*), et c'est là que le bataillon des Marseillais, expédié à Barbaroux en juillet 1792, malgré le veto du Roi, apprend aux Parisiens la Mar-

VCE INÏtr.îElT.E DE LA SALLE DU CO.NSERYA ! OIRE.

(1) Extrait du procès-verbal de la section de Bonne- Nouvelle du 44 janvier 4793, Van 11 de la République.

L'Assemblée générale et permanente de la section de Bonne- Nouvelle arrête qu'il sera nommé dans son sein deux commissaires pour se transporter à la caserne des Marseillais afin de leur faire part des sentiments de fraternité qui l'animent et les inviter à resserrer les liens qui les unissent aux vrais patriotes, dans les

seillaise, composée le mois précédent à Strasbourg par Rouget de l'Isle, officier du génie (*).

Une ruelle, la ruelle au Berger (d'où la rue Bergère), relie la chaussée de la Nouvelle-France au chemin de Montmartre. Le comte de Charolais installe en une « folie » la belle MlIe de Gourchamp ; des maisonnettes s'élèvent dans la verdure. Un des Sanson — de la célèbre dynastie des bourreaux parisiens — habitai L à la hauteur du numéro GO et ses jardins couvraient l'actuelle rue Papillon. Ses six frères, les « messieurs » de Tours, de Blois, de Reims, etc., lui rendaient souvent visite, et leur vieille grandmère, Marlhe Dubut, présidait à ces

circonstances difficiles où nous sommes, et a nommé, à cet effet, les citoyens Marquet, Rousset, Gonchon et Folâtre. Pour extrait conforme au procès-verbal,

Signé : Masiglier père, secrétaire.

Archives du Palais de Justice d'Aix, fonds révolutionnaire, liasse i98.

(1) Lettre d'un fédéré marseillais.

** Paris, samedi 19 janvier 1793.

Citoyen Président,

J'ai l'honneur de vous faire la présente pour vous instruire que l'on a écrit de Marseille que des gens de Paris avaient écrit à votre Assemblée que notre bataillon Marseillais s'était très mal comporté envers les Parisiens de toutes sortes de manières... Eh bien, n'en croyez rien... La parfaite union qui règne entr'eux tous et nous est si vraye que avant-hier, jeudi, jour du jugement du Roy (Louis XVI), tous les fédérés, arrivés depuis peu à Paris de tous les départements pour l'augmentation de la garde journalière de la Convention nationale, tous les fédérés qui y sont depuis longtemps et tous les bons citoyens qui composent la Garde nationale parisienne,

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familiales et joyeuses agapes de tortionnaires. Les « valets » des bourreaux faisaient le service... on se disputait l'honneur de découper (*).

Lorsque éclata la Révolution, ce quartier Poissonnière (le faubourg s'appela successivement chaussée Sainte-Anne, chaussée de la Nouvelle-France, et dès 1789 faubourg Poissonnière, parce qu'il conduisait à la

nous ont tous invités à une espèce de fête civique, par un rassemblement général sur la place du Carrousel, devant les Tuileries, et de là aux Jacobins, où nous nous sommes tous mutuellement embrassés et réembrassés très fortement en réitérant nos serments de fidélité à la patrie... La chanson marseillaise si fameuse y a été chantée à plein gosier et avec tant d'unanimité de bons camarades que le spectacle en a été attendrissant...

Je vous ajoute que tous les soirs nous avons .assemblée publique dans notre caserne où toutes les sections viennent assister, soit comme particuliers, soit comme députés...

Joseph Cremié, Volontaire du Sm* bataillon de Marseille dans la 9— compagnie.

Le lundi 21 janvier à midy.

Gomme je pense que tout ce détail vous fera plaisir, j'ajoute encore ce petit papier pour vous dire que notre bataillon, dès les sept heures du matin, est parti de la caserne pour aller entourer la place de Louis XV...

Archives du Palais de Justice d'Aix, fonds révolutionnaire, liasse 498.

(1) Cette nombreuse famille de questionnaires, de bourreaux, de tortionnaires vivait, dit-on, fort unie ; il arrivait souvent que les sept frères se trouvaient réunis à la table de l'aîné qui habitait un assez vaste immeuble dans la rue Neuve-Saint- Jean au faubourg Poissonnière. La vieille Marthe Dubut, la grand'mère (qui avait épousé Charles Sanson le 30 avril 1707) qui vécut jusqu'à un âge fort avancé, présidait ces singulières agapes où les aides faisaient le service. — Lenotre. La guillotine pendant la Révolution, pp. 117-118.

poissonnerie des Halles), mi-campagne mi-ville, parut un lieu d'asile tout désigné aux victimes de la tourmente révolutionnaire. Rabaut-Saint-Étienne et son frère, dénoncés par Marat au 31 mai 1793, s'y réfugient chez leurs amis Payssac. Vendus, livrés, arrêtés, l'un d'eux est guillotiné avec ses hôtes; Thermidor sauve le second frère. C'est au faubourg Poissonnière que le conventionnel Dulaure, l'historiographe de Paris, décrété d'accusation, vient se cacher (22 octobre 1793), fuyant son logis de Chaillot où il sait que deux gendarmes le guettent. Il passe la nuit chez un ami apeuré et ne quitte son précaire abri que pour se réfugier tout près, dans un réduit de la rue Montmartre, « un grabat obscur aux murs revêtus de lambeaux de papier»; rencogné en cette cache fétide, il entend, dans la rue, les aboyeurs de journaux hurlerle supplice de ses collègues...

La Terreur passée, la gaieté — muette depuis tant de mois — reprend sa revanche; une fièvre de plaisir secoue Paris. Les maisons religieuses vidées, les hôtels aristocratiques confisqués révolutionnairement, dont les propriétaires furent exécutés, ont émigré ou sont encore détenus, se transforment en salles de danse. — Trois mois après la dernière charrette de Thermidor, Paris compte six cent quarante-quatre bals publics!

Le culte de Terpsichore succède au culte de Marat. Les merveilleuses en cothurnes « sautent l'anglaise » et les dames de la Halle, en gros sabots, scandent la « fricassée »«

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Toutes les rues auraient pu en 1794 arborer l'écriteau fiché, en 1789, entre deux pavés sur les ruines démolies de la Bastille : « Ici Ton danse. » On danse faubourg Montmartre, au « bal de Galypso » (moyennant

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