ENTREE DU CONSERVATOIRE
une mise décente); on danse place, Vendôme chez Guittet; on danse dans l'ancien cimetière Saint-Sulpice^ où un transparent rose annonce le « bal des Zéphyrs » ; on danse faubourg Saint-Germain, au « bal des Victimes ».
On danse pour deux sous dans les guinguettes populaires, mais tout « bal du bel air possède une salle de rechange pour les pantalons couleur de chair ». On danse rue de Richelieu, rue de Bondy, rue de l'Échiquier, -au lycée des Bibliophiles (rue de Verneuil), au noviciat des Jésuites, au séminaire Saint-Sulpice; on danse au Palais- Royal, au pavillon de Hanovre, à l'Elysée, à Monceau, à Tivoli... A l'hôtel de Longueville on compte « trente cercles de contre-danse, et deux quadrilles de négresses se trémoussent incognito dans un renfoncement près la porte d'entrée »... Et le pain, par un arrêté du Bureau central, valait alors soixante francs la livre, en assignats! Le faubourg Poissonnière possédait, bien entendu, ses attractions. Sur de vastes terrains, ombragés d'ar- / bres, un entrepreneur de plaisirs installa à la hauteur du numéro 125 (un peu avant Tacluelle rue du Delta) des « promenades et montagnes égyptiennes », concurrence aux montagnes russes alors si fort à la mode. Des ascensions en ballon et des fêtes pyrotechniques complétaient le programme de ces réjouissances. A quelques mètres de ce lieu de délices avaient été inhumés les cadavres des Suisses massacrés lors de la prise des Tuileries.
Le 2 août 1815, coup de théâtre au numéro 5 du faubourg Poissonnière. Le général de Labédoyère y est arrêté (4) — le jour même de son arrivée — chez une
(1) Labédoyère, à l'armée de la Loire, s'était muni d'un passeport pour les États-Unis et d'une lettre de crédit de 55.000 francs
LE FAUBOURG POISSONNIÈRE
amie où M006 de Labédoyère était venue rejoindre son mari. Le général voyageait sous le nom de F. Huchet, négociant, porteur d'une lettre de crédit, signée Ouvrard, sur Philadelphie. Dénoncé par ses compagnons de route , Labédoyère avait élé suivi. Le petit hôlel portant le numéro 5 s'élevait où s'ouvre aujourd'hui la boutique d'un coiffeur, en un immeuble occupé par le journal le Matin.Les policiers l'investissent, Labédoyère, sommé de se rendre « au nom du Roi », répond qu'il est enfermé et ne