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LA RUE BEAUREGARD

La rue de la Lune.

L'église Bonne-Nouvelle.

Tout bon flâneur parisien connaît la haute et très étroite maison séparant la rue Beauregard de la rue de la Lune, en face de la porte Saint-Denis. Cette maison, embaumée de l'odeur des brioches à un sou qui s'y débitent (depuis 1849, assure l'enseigne), forme la pointe effilée d'un triangle dont la rue Poissonnière constitue la base. Chose rare, le plan du Paris de 1908 et le plan du Paris de 1713 — par Bernard Jaillot — coïncident en ce point précis ! Près de deux cents ans n'ont pas modifié les tracés de ce vieux quartier où les ruelles ellesmêmes n'ont pas changé. Sous Louis XIV, on l'appelait « la Ville-Neuve », aujourd'hui ce n'est plus qu'un antique coin de Paris, amusant à parcourir et dont l'histoire apparaît particulièrement évocatrice.

Dès le xive siècle, une riche communauté religieuse

— les Filles-Dieu — possédait d'immenses domaines compris entre la rue Saint-Denis et les marais de la Grange-Batelière. Lors de la captivité du roi de France Jean le Bon, prisonnier des Anglais après la bataille de Poitiers (133G), les fortifications édifiées en n<ue ;*,r >s Parisiens pour mettre leur ville en état de défense sclndèrenlces terrains des Filles-Dieu. Une partit- Ui\ enclose dans Paris — les remparts s'etendàieni ;à où passe actuellement la rue d'Abolir — le reste resta banlieue parisienne ; une partie d> cette banlieue, convertie en voirie et en décharge publique, devint la « butte aux Gravois ». Sous Charles IX, de nombreux moulins y tournent gaiement, des vignes y fleurissent, on y trouve des cabarets, des jeux de boules, on y danse sous la coudrette,et le doux nom de Beauregard, attribué à l'une des rues, est un souvenir lointain de ces temps bucoliques où la butte aux Gravois devint la butte aux Moulins (*). Eclatent les guerres de religion qui bouleversent notre pays... et aussi la butte aux Moulins.

On connaît les faits : Henri de Navarre, salué roi de France après l'assassinat de Henri III à Saint-Cloud, la guerre civile, la Ligue, « hydre à deux têtes, l'une espagnole, l'autre guisarde », la victoire d'Ivry, ouvrant au Béarnais la route de Paris ligueur... 1q siège de Paris (1590). Henri de Navarre enveloppe la ville, co^pe toute

(1) Il ne faut pas confondre cette butte aux Moulins avec al « butte des Moulins », nivelée seulement il y aune trentaine d'années et sur laquelle passe aujourd'hui l'avenue de "0[ 'ra.

Extrait du Plan de la Ville de Paris, par Bullet et Blondel, de iôjo à 1676.

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