‹ Les pierres de ParisChapitre 8 sur 61 · LA RUE BEAUREGARD — LA RUE DE LA LUNE · texte numérisé non relu

LA RUE BEAUREGARD — LA RUE DE LA LUNE

affluent sous Louis XIV; il s'en rencontre encore de nos jours un certain nombre dont l'établissement primitif remonte à ces lointaines époques (1).

On édifie l'église Bonne-Nouvelle et la reine Anne d'Autriche (2) daigne venir elle-même sceller la première pierre du chœur; la Ville- Neuve se peuple, mais à côté de nombreux travailleurs se glisse une population déplo-

dans lo quartier désigné par les lettres patentes. Sô*îis Louis XIV, ils y avaient déjà pris toute la place : « Il y a sur la Ville-Neuve, est-il dit dans le Livide commode des adresses, un grand nombre de menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles non tournés. »

(1) La Ville-Neuve. — Les fortifications qu'on fut obligé de faire pendant la captivité du roi Jean coupèrent le terrain des Filles-Dieu en deux parties. Les Filles-Dieu se réfugièrent dans la ville, et firent construire un nouvel enclos à leur monastère, dont on retrancha une partie pour de nouvelles fortifications. Ce terrain forma dans la suite une voirie : sous Charles IX, on y creusa des fossés, que le peuple et nos historiens ont appelés Fossés jaunes, de la couleur des terres qu'on en tira. Dès le commencement du xvic siècle, on avait construit des maisons en cet endroit, on avait même bâti une chapelle, et ce faubourg devenant de jour en jour plus considérable on lui avait donné le nom de la Ville-Neuve.

Les malheurs dans lesquels la Ligue plongea la France, el particulièrement la ville de Paris, obligèrent de ruiner ce faubourg et d'en abattre les maisons. Ces démolitions rehaussèrent encore la surface de ce terrain, et lorsque le calme eut dissipé toutes les craintes, l'on commença à rebâtir ce faubourg; on l'appela pour lors la Villeneuve-sur-Gravois. — Jaillot. Recherches sur Paris, t. II, Quartier Saint-Denis (p. 10).

(2) La tradition rapporte qu'en passant sur le boulevard, près de l'ancienne chapelle Saint-Louis et Sainte-Barbe, rasée pendant le siège de Paris, la reine avait reçu une heureuse nouvelle... et qu'elle se sentit poussée à rebâtir le nouveau temple de la Vierge

rable. On rançonne, on détrousse les passants assez imprudents pour s'aventurer dans ces passages déserts. Les filles de mauvaise vie, les « coureuses de rempart », et les remparts sont tout proches, occupant remplacement des boulevards actuels — y affluent à ce point que les entours de la Ville-Neuve, — la rue de la Lune, la porte Poissonnière, la rue Merderet, — méritent ce surnom le « Champ aux femmes ». Plus loin, par contre, près de la porte Saint-Denis, de vastes jardins, de beaux hôtels entourés de verdure font de ce quartier lointain un séjour discret, — moitié ville, moitié campagne, — un coin d'élection pour les gens tranquilles, pour les amoureux, pour les « magiciens, noueurs d'aiguillettes, vendeurs de secrets », pour les « sorciers, les exorciseurs », chez lesquels il convient de se rendre incognito. Il s'y trouvait des maisons de retraite et aussi des maisons de rendez-vous; rue Beauregard, s'élevait « la demeure entourée de pelouses » d'une redoutable empoisonneuse, la Voisin, qui, après s'être établie devineresse « pour ramener l'ordre et l'aisance dans son ménage »,

sous le titre de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. L'église, vendue pendant la Révolution, fut rebâtie de 1823 à 1830 ; il ne reste plus de l'ancien édifice que le clocher du xvne siècle. Après le sac de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'église Bonne-Nouvelle fut assaillie en février 1831 par une bande de 400 hommes qui fut heureusement arrêtée à temps dans son œuvre de dévastation par un bataillon de la Garde Nationale. Mais pendant la Commune, en 1871, la dévastation fut complète et son curé, M. Bécourt, fut incarcéré et massacré à la fin de l'insurrection par les insurgés le 27 mai 1871. — Duplessy. Paris-Religieux, pp. 45-46.

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