LE PALAIS BYZANTIN
Dans Tannée de la mort de Charlemagne (8i3), le^ Vénitiens résolurent de faire de l'île de Rialto le siège du gouvernement et la capitale de leur État. Leur doge, Angelo ou Agnello Participazio, prit immédiatement de vigoureuses mesures pour augmenter le petit groupe de constructions qui devaient former le noyau de la future
Venise. Il nomma des agents chargés de surveiller Texhaussement des bancs de sable pour assurer les fondations, et de jeter des ponts de bois sur les canaux. Pour les besoins religieux, il bâtit Téglise Saint-Marc et, sur remplacement du Palais Ducal actuel, il éleva un Palais pour l'administration du gouvernement.
L'histoire du Palais Ducal commença donc dès la naissance de Venise : à ce qu'il en reste aujourd'hui est confié le dernier témoignage de sa gloire.
On sait fort peu de chose sur la situation exacte et sur la forme du Palais de Participazio. Sansovino le place près du pont de la Paille et sur le grand canal \ tourné vers Saint-Georges, c'est-à-dire à la place qu'occupe aujourd'hui la façade de la Mer ; mais il rapporte simplement la croyance populaire de son temps. Nous savons actuellement que le Palais s'élevait à peu près sur son emplacement présent avec une importante façade sur la Piazetta à laquelle, nous le verrons plus tard, le palais actuel fut incorporé. Nous voyons aussi, dans le récit de Sagornino que, lors de la visite de l'empereur Othon au doge Pietro Orseolo II. ce monument déployait une certaine magnificence. Le chroniqueur dit que l'empereur examina avec soin la beauté du Palais, et les historiens vénitiens se montrèrent fiers de ce que la construction fût digne de l'examen d'un empereur. Le Palais venait d'être réparé après avoir beaucoup souffert d'un incendie, pendant la révolte de Candiano IV ^ Il avait été richement orné
^ Ce que j'appelle la mer était alors appelé le grand canal par les Vénitiens, tout comme la grande artère de la ville ; mais je préfère dire « la Mer » pour désigner l'étendue d'eau qui baigne le Palais Ducal et qui n'est interrompue, dans son cours de quelques milles jusqu'au Liodo, que par l'ile Saint-Georges : le profond canal, qui continuait le grand canal devant le Palais Ducal était appelé de même par les Vénitiens ; on le constate dans Sansovino.
2 II y a dans Monaci (p. 68) un intéressant récit de celte révolte Quelques historiens disent que le Palais fut entièrement détruit, mais, d'après Sanso-
par Orseolo que Sagornino désigne comme ayant aussi « décoré la chapelle du Palais Ducal (Saint-Marc) avec des ornements de marbre et d'or ». On ne peut mettre en doute qu'à cette époque, le Palais ressemblait aux autres édifices byzantins de la ville, tels que « Il Fondaco dei Turchi » etc., qu'il inspira à son tour, et qui étaient, comme lui, couverts de sculptures et richement ornés d'or et de couleur.
Dans l'année 1106, le Palais subit, pour la seconde fois, les ravages du feu\ En 11 16, il était réparé lorsqu'il reçut un nouvel empereur : Henry d'Allemagne, et fut de nouveau honoré des louanges impériales.
Entre 11 78 et la fin du siècle, il semble avoir été réparé et fort agrandi par le doge Sébastien Ziani. Après cet agrandissement, signalé par Sansovino, le Palais parait être resté en repos pendant un siècle : c'est au commencement du xiv^ siècle que furent entrepris les travaux du Palais gothique. Jusque-là, le vieux monument byzantin avait conservé la forme que lui avait donnée Ziani, — je le désignerai donc comme « le palais Ziani ». Les seuls chroniqueurs qui parlent clairement de lui jusqu'en 1422, disent qu'il fut construit par Ziani. « Le vieux Palais dont il reste aujourd'hui la moitié, fût bâti, nous le voyons, par Sébastien Ziani » : ainsi parle la Chronique de Pietro Dolfmo.
vino il ne semble pas avoir subi d'importantes réparations : on les attribue généralement à Pietro Orseolo I, mais la légende placée sous le portrait de ce Doge ne parle que de la décoration de Saint-Marc « qui produisit plusieurs miracles ». Orselo I semble s'être absorbé dans les questions ecclésiastiques, il prouva sa ferveur de façon à surprendre son Etat en suivant un prêtre français à l'abbaye de Saint-Michel où il se fit moine. Il laissa les réparations du Palais Ducal à son fils, Orseolo II.
' En l'an 1106, le feu, sortant d'une maison particulière, brûla une partie du Palais (Sansovino). Pour les effets bienfaisants de ces incendies, voir Cadorin (p. 121 et laS).
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