LES HOMMES-SCORPIONS
En suivant encore la légende d'Isdabar, nous arrivom à un épisode dont nous croyons trouver la traduction sur les cylindres, mais rien ne vient nous guider pour indiquer sûrement l'époque ou la provenance de ces œuvres ; nous les insérons ici pour ne pas interrompre notre récit. Voici, d'après an cylindre en lapis-lazuli du Musée de La Haye (Cat., n" 141, 8), le sujet que notre gravure fait aisément comprendre (flg. 56).
Quelles sont ces deui figures? Interrogeons la légende •. Hea-bani, le fidèle compagnon d'Isdubar, vient de mourir ; Isdubar en conçoit une violente douleur; il est saisi de crainte. Accablé de maladies, il a peur de la mort; il a besoin d'un appui et se décide à aller demander des consolations à un sage devenu immortel, Hasis-adra, qui demeure au-delà des mers dans une des îles situées à l'embouchure de TËupbrate. Après avoir franchi des régions inconnues, il arrive au pays de Mas, pays sinistre dont l'entrée est défendue par des créatures effrayantes, des Scorpions qui gardent le lever et le coucher du soleil. Isdubar les aperçoit, et la terreur et la crainte s'emparent de lui ; cependant il approche, et un colloque s'engage d'abord entre les deux monstres étonnés de le voir dans ces parages. A son tour Isdubar
> Shith, Tke Chaldean nccouni of Qe-nttU, p. £48.
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leur adresse la parole et leur explique le but de son voyage ; mais à cet endroit la tablette est dans on état de mutilation qui ne se prête plus à une traduction suivie ; on comprend toutefois qu'lsdubar a d& surmonter les obstacles que les monstres avaient pu lui faire entrevoir, car, lorsquele teste reprend, il poursuit toujours sa route àlarecherche de Hasis-adra. Est-il téméraire de voir dans notre sujet un souvenir de cet épisode! Nous avons déjà rencoutré des productions fantastiques dans lesquelles les artistes associaient la forme humaine à la forme animale; ici, la combinaison est plus compliquée, et les difficultés d'agencement plus grandes encore. Pour faire comprendre ces monstrueux scorpions qui parlent, on leur donne une tête humaine ainsi que l'appendice caractéristique du redoutable insecte ; mais comme ils sont d'une nature mystérieuse, on y ajoute des ailes d'oiseau, attributs ordinaires des êtres supérieurs.
Un grand nombre de cylindres représentent identiquement le même sujet; nous devons cependant mentionner ici un cyliudre eu serpentine du Musée du Louvre (Longp . , Notice, uP 479) sur lequel on voit une variante dans la disposition des deux monstres qui marchent à gauche sur un terrain parsemé d'épis.
Le Scorpion j oue un grandrôle dans le symbolisme assy ro-chaldéen ; on le trouve sur des monuments des époques les plus diverses. Nous le verrons sur les contrats du règne de Marduk-idin-akhi comme nous le rencontrerons dans le champ des cylindres ; quelques-uns appartiennent incontestablement à la Chaldée, d'antres à l'Assyrie (Place, pi. 76). Quant au type de X Homme-Scorpion, il a également passé en Assyrie et de là en Médie où il figure sur le siège des statues sculptées sur le roc de Maltaï , et nous le rencontrerons encore sur les murs de Persépolis.
LE VAISSEAU D'ISDUBAR.
Après avoir franchi le séjour gardé par les Hommes-scorpions, Isdubar continue son voyage et arrive au bord de la mer. Là, il s'adresse à un marin célèbre, Ur-hamsi, et lui demande de construire un navire pour se rendre à la demeure de Hasis-adra. Le nocher l'envoie d'abord h la forêt abattre du bois, couper un arbre pour faire une rame de cinq Gar de longueur ; puis, quand le navire est achevé, ils s'embarquent tous deux et voguent vers la retraite de l'Immortel'.
Nous avons certainement cet épisode de la vie d'Isdubar sur le cylindre en talc oUaire du Musée Britannique que nous reproduisons ici(fig.57).
Ne voyons-nous pas, en effet, à droite, dans une barque, Isdubar assis,^ tenant la rame, et devant lui Ur-hantsi debout, les deux bras élevés, dirigeant le navireî N'est-ce pas là le Vaisseau cTIsdi^r, assez célèbre pour avoir une mention spéciale dans les listes antiques dont les tablettes de Ninive nous ont conservé la traduction ' f Sur le rivage, une seconde scène se passe et nous en connaissons déjà le sujet; il est facile de reconnaître Isdubar luttant contre le taureau à face humaine,
1 SiOTB, The Chaldean aecount of Geneiii, p. ISO, SS6.
* W. A. I. Il, pi. 4S, col. 1,3;— pi. 46, 33, 45, 7 ; — pi. 62, col. 3. — Lbmoriiaht, Étuda akkadienneê, p. I9S.
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et derrière ce dernier un lion ou un léopard fantastique. Si nous songeons que les deux motifs se développent sur une surface cylindrique, on comprendra aisément l'idée de l'artiste qui a réuni sur le même objet deux épisodes de la même légende et qui s'expliquent l'oa par l'autre.
Le travail de ce cylindre est assez grossier ; il appartient à Tépoque archaïque de la Basse-Ohaldée ; il s'y rattache par ranimai fantastique qui se dresse entre les deux si^ets. La scène de la lutte est traitée de la façon la plus sommaire; l'antre n'est pas mieux réussie : le navire est indiqué d'une manière conventionnelle et affecte une forme des pins primitives; rien ne ferait même songer à un navire, n'était la rame du batelier. Il est construit, du reste, dans les proportions les plus restreintes, et sufdt à peine pour contenir les deux voyageurs.
Ce sujetadepuis longtemps déjà appelél'attention : d'abord il a été reproduit, dans les planches de F. Lajardsur le culte de Mithra'; plus tard G. Smith l'a également publié dans son livre sur la Qenèse chaldéenne, en y a igoutant une indication qui annonce que le savant anglais a cru y voir un épisode du déluge biblique, car il l'intitule ; Noé dans l'arche '. Cette idée a été acceptée après lui ; et, malgré la réserve des auteurs qui ont voulu se l'approprier ', il est évident qu'ils ont cherché à présenter ce monument chaldéen à l'appui tout à la fois d'un texte cunéiforme et du texte mosaïque. Nous avons fait justice de cette prétention, et nous croyons qu'il est inutile d'y revenir ici *.
Isdubar arrive enfin auprès d'Hasis-adra et lui demande comment il est devenu immortel. Sa réponse amène le récit du Déluge chaldéen qui termine la série des tablettes de la légende d'Isdubar.
> F. LuAU), Mithra, pi , 150, n* 8.
* ladnbar compotito ûgam and Baii«adra (Noah) in ihe Ark , (k>in an euly Bsbyloniu (jliader. The Chaldtan accouM of Oenetit, p. 257.
* P. Viooi'KOUX, lafiiiletft Im Déeouvtrtei ntodemes en Égypie et »nAMyr{e,t.l,f. 18T.
* La Bible et let cylindre* ehaldéene, p. SB.