‹ Les pierres gravées de la Haute-AsieChapitre 11 sur 31 · CYLINDRES CHAI.DHT-.NS · texte numérisé non relu

CYLINDRES CHAI.DHT-.NS

ËRECH.

La ville d'Érech a dû être le centre d'un développement artistique coDsidérable ; doqs en trouverons la preuve but les cjliudres que nous pouvons rattacher à cette localité.

Cette viUe est désignée dans lea textes par un complexe qui semble signifier < la Ville étemelle ». L'articulation chaldéenne nous donne le nom de Uruku dans lequel ont reconnaît l'Érech de la Genèse, Tiît, rOrchoë, Opx*fl, des Grecs. Les ruines de cette antique cité portent aujourd'hui le nom de "Warka ' ; elles sont situées à une distance de quatre milles de la rive gauche de l'Euphrate sur une digue de dix mules de largeur qui s'élève au-dessus d'une série d'ondulations au milieu des marais formés par les débordements périodiques du fleuve. Warka est inabordable pendant la plus grande partie de l'année ; mais du mois de novembre au mois de mars le fleuve rentre dans son lit et rend le pays accessible.

Depuis sa fondation jusqu'au moment de l'occupation parthe, Warka paraît avoir été une immense nécropole on sont venues reposer les dépouilles mortelles des anciens habitants de la Mésopotamie. Ces débris humains s'élèvent autour des ruines i plus de soixante pieds de hauteur, et on trouve à côté des morts des difl'érentes époques les vestiges des civilisations auxquelles ils ont appartenu. Il faudrait percer cette masse immense pour eirriver à la couche primitive, et s'il est permis d'entrevoir au prix de quels travaux on pourrait l'atteindre, il n'est pas possible d'affirmer que les résultats répondraient à tant d'efforts.

H y avait à Érech, comme à Sippar, une bibliothèque nombreuse dont les Assyriens du siècle d' Assur-bani-pal ont su profiter. Cette ville

' LoFnra, Travelt and BatoraJut in Chaidta and Stuitma, p. ISt.

\0i LB8 PIBRRBS GRATTES.

était le siège d'ane école d'érudîts dont Pliae et les historiens grecs □ous transmettent la renommée'. Les arts y étaient cultlTés avec un talmt an moins égal à celui des artistes d'Âgadé. L*épo(|ue de sa prospérité remonte à la domination des Sumers et des Âkkeids. Érech était alors , comme elle fui de tout temps, le centre de la résistance dea peuples de la Mésopotamie contre les Élamites, leurs voisins et leurs ennemis naturels. Le pays d*Ëlam commence, en effet, sur la rive gauche du Tigre; il s'étend sur une plaine d'alluvion analogue à celle de la Chaldée et s'élève en gradins jusqu'aux plateaux de la Médie. Les Élamites paraissent d'une origine différente des habitants de l'autre rive ; de là des guerres de race dont la légende et l'histoire nous ont transmis le souvemr et dont nous trouvons peut-être la trace sur les cylindres. C'est encore à la légende d'Isdubar que nous empruntons les plus anciennes traditions qui se rattachent à ces luttes dont Érech a été le théâtre.

Cest, en effet, dans la ville d'Ërech qu'lsdubar a accompli ses premiers exploits : c'est peut-être aux artistes de cette localité que nous aurions dû demander d'abord comment ils avaient compris cette grande figure; malheureusement aucun monument ne nous l'a fait conn^tre d'une manière précise, et nous avons dû accepter le type qui nous était donné par les artistes d'Agadé.

D'après la légende, Érech était consacrée au dieu Anu et à la déesse Anatu ; elle fut gouvernée par une princesse, Istar, fille de ces deux divinités, l'épouse ou la mère d'un roi nommé Tammuzi ; après sa mort, Istar fut mise au rang des Dieux. C'est dans ces temps légendaires que nous voyons une grande guerre éclater entre les peuples d'Érech et ceux d'Élam. Isdubar, qui avait conquis le trône d'Érech, s'avança contre les ennemis qui avaient à leur tête on roi nommé Humbaba*. Le résultat de cette guerre fut d'abord funeste à Érech, mais bientôt après les Élamites furent repousses et contraints de repasser leurs frontières.

Telle est la légende qui nous donne immédiatement le caractère de cette localité. Ce qui y domine, ce sont les souvenirs guerriers ; aussi

> PuNB, HUt. not., liT. Vt, ch. 30. — Stbj^oh, XVI, p. 789.

1 Un Dom eaaeoUellMiieDt élamite. La première p&rtie qui reofenne le nom d'une diviuiU d'Èlam M retroiiT« dans d'antm nom, teUqne Tnl-Huml», HnmtM-cidir, HniBba'DigM,eU:.

ÊRiun. 103

nous verrons rinâneDce que ces tradidoiis ont pu avoir sur les œavres des artistes. Maintenant consultons l'histoire.

D'après les textes historiques, nous savons que le territoire de la Chaldée fut envahi par les peuples d'Élam à une époque qui peut être déterminée. En effet, la mention de cette guerre antique est conservée dans les annales d'Âssur-hani-pal, un des derniers rois de Ninive qui régnait alors sur la Chaldée. Âssur-bani-pal poursuivait les peuples d'Élam ; mais une éclipse arrêta sa marche pendant un jour ; puis il les mit en déroute, s'empara de Suse et de la statue d'une Déesse que les Élamites, à La suite d'une victoire, av^ent enlevée aux sanctuaires de la Chaldée seize cent trente-cinq ans auparavant. Tous ces événements sont relatés dans des textes dont la traduction ne souffre aucune di^culte. A cause de leur importance, nous croyons devoir les rappeler ici '.

Voici d'abord comment l'épisode de Téclipse est raconté dans les annales d'Assnr-hani-pal:

« Au mois Duzu (le 30* jour) il j eut une éclipse du maître du jour, da Seigneur de lalumiùre ; le soleil couchant manqua de luire et, comme lui, je manquai (pendant ce 30* jour) à poursuivre la guerre contre Élam. »

Or, cette éclipse a été calculée, et il est démontré qu'il s'agit de l'éclipsé annulaire du mardi 27 juin Julien, 20 juin Grégorien de l'année 661 avant J.-C; le milieu de l'éclipsé, selon le père Pingre, a eu lieu à une heure et demie du soir, temps de Paris, correspondaut  quatre heures dix minutes, temps de Ninive '. La date de cette expédition est donc rigoureusement déterminée.

Laissons maintenant Assur-bani-pal nous raconter lui-même comment il a repris aux Ëlamites la statue de la Déesse chaldéenne :

« La statue de Nana, depuis 16^ ans ', avait été enlevée et forcée de demeurer au pays d'Elam dans un temple qui ne lui était pas consacré. Cette Déesse qui, avec les Dieux ses pères, avait appelé mon nom au gouvernement du monde, me commanda de rétablir ainsi sa

» ïr.A.I. IV, pl.*3,«>l. 7,1.8; — V, p). 6, col. «, 1. IBI.

I Oppbkt, La plui atieiemtt Date de VKUtotre, duu l« SulUHn dt l'Âthiitée orUntal, ' nov. 1871, p. 40.

■ Cette date est répétée dant trois fragmenta et chiffrée de deux maaiirM diSïrenM qui coDconreat an même résultat.

104 LES PIERRES ORAVÉBS.

divine image : — « Assnr-bani-pal, enlève-moi du pays impie d'Elam et ramène-moi aa milieu du Bit-Anna. » — L'ordre de la divinité qoi avait été annoncé depuis les jours les plus éloignes fut répété de nouveau aux derniers hommes. J'ai pris les mains de la Grande-Béesse; son départ a réjoui mon cœur; elle s'avança vers le Bit-Anna dans le mois de Kiselev (décembre) le premier jour ; je l'ai fait entrer dans la ville d'Uruk, dans le Bit-Hiliani qu'elle avait aimé et je lui ai élevé un sanctuaire étemel. »

Les calculs qui résultent de ces chiffres nous donnentpour l'époque de l'invasion élamîte en Chaldée la date de 2294 ans avant J.-C.

Nous croyons trouver un épisode soit de la guerre mentionnée dans la légende, soit de celle qui est racontée dans les annales des rois d'Assyrie sur un cylindre du Musée Brifanique, découvert par Layard dans les ruines de la Chaldée S et dont on ne saurait méconnaître la haute antiquité (fig. 58 et pi. III, n" I).

Fig. 58.

Ce cylindre ea nénite tacheté présente une série de sept personnages ; au-dessus des deux derniers occupant la moitié du cylindre, on voit une inscription de cinq lignes en caractères archaïques ; l'apex n'est pas encore formé. Cette inscription nous apprend que ce bijou était le cachet du scribe (TipsarJ d'un roi d'Érech dont le nom, indiqué dans la première ligne, est difficile à lire à cause de la forme insolite du premier signe. Dans tous les cas, ce roi appartient à la période d'indépendance des villes du cours inférieur de l'Euphrate.

Quant à la scène gravée sur le cylindre, le travail de l'intaille laisse sans doute à désirer j les mouvements sont maladroits et forcés, comme il arrive nécessairement aux artistes consciencieux qui n'ont pas

' Latabs, Ninepeh and Babt/lon, p. 638.

éRBCH. ÏC6

encore la capacité de rendre la Datore ea sa simplicité ; mais il y a surtout une chose très remarquable à noter ici et sur laquelle il est bon de s'arrêter. Nous ne sommes plus , en effet , en présence d'êtres mythiques ou légendaires ; nous avons devant nous des individus du monde réel; aussi nous pouvons dès lors noter avec soin les détails de leur physionomie et de leur habillement qui nous permettent de distinguer le caractère ethnographique des personnages.

Cette intaille représente, selon nous, une de ces scènes militaires dont la donnée a dû être suivie dans la décoration des palais, et que nous retrouvons jusque sur les bas-rehefs assyriens. Nous avons sous les yeuz un guerrier armé de l'arc et du carquois, accompagné du conducteur ordinaire des captifs ou gens de peine, portant sur leurs épaules le butin et les tributs. Le peuple d'Érech est personnifié dans les deux principales figures qui sont très caractéristiques. Le guerrier, avec sa chaussure aux bouts relevés, nous 'reporte à cette figure d'Isdubar, sur laquelle nous avons signeilé ce détail (fîg. 49) et nous donne musi la preuve de sa haute antiquité et de sa provenance, puisque nous la retronvons sur notre cylindre d'Érech, dont l'origine est , incontestable. Quant au conducteur des captifs, la tête nue, la barbe tombante, nous en rencontrerons bientôt la physionomie sur d'autres cylindres dont nous pourrons ainsi déterminer le type. Citons d'abord un cylindre dont l'empreinte nous a été envoyée de Bagdad en 1863, aujourd'hui dans la collection de M. de Clercq.

Fig. w.

C'est un beau cylindre en jaspe blanc et rouge sur lequel figurent cinq personnages disposés des deux côtés (fîg. 59) d'une inscription en caractères archaïques renfermés dans un cartouche qui paraît

106 i.BB PIBBRIIB OIUT^BS.

contenir une iuTOcation à une déesse tTÉrechpor un grand persotmoffe d^Érech.

Les personnages, comme ceux du cylindre précédent, n'ont rien de légendaire; nous trouvons encore dans la même scène deux types absolument différents , l'un représenté par deux individus qui se rapportent comme galbe et comme ajustement à ceux du cylindre précité (fig. 58) et qui appariiennent évidemment à la vie commune ; Tautre caractérisé par la coiffure que portent trois des personnages. Ces imposantes figures assises, le chef couvert d'une tiare élevée, qui sont-ellesî Sommes-nous en préseûce de divinités, de pontifes ou de grands dignitaires? Si nous hésitons à nous prononcer, nous avons an moins la certitude que ces attributs révèlent des personnages d'une condition supérieure.

Ces indices nous permettent de rapporter également à l'école d'Ërech un cylindre en basalte du Musée du Louvre (fig. 60), sur lequel ces mêmes figures, coiffées de la tiare, prés^itent un nouveau caractère ; elles ont les épaules entourées de rayons et versent des flots autour d'elles. Nous suivrons maintenant ces différents types sur les cylindres que nous allons étudier.

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