‹ Les pierres gravées de la Haute-AsieChapitre 12 sur 31 · LA LÉGENDE DU DIEU ZU · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU DIEU ZU

H ne nous sera peutp-être pas donné de retrouver dans les légendes tous les passages qui ont inspiré les artistes de la Chaldée, et nous chercherons longtemps encore ceilains types qui nous semblent lisiblement écrits sur les cylindres, tandis que, d'un autre côté, un grand nombre de récits resteront à jamais privés d'illustratioîis.

Nous abordons un sujet qui nous paraît avoir été traité par les artistes d'Érech et dans lequel on serait tenté de voir une cérémonie religieuse, si ce n'est que l'un des personnages appartient évidemment, par un détail, à ce monde des êtres fantastiques qui le rattachent à la légende.

Cette légende est assez obscure en elle-même, et les lacunes du texte ta rendent encore plus difficile à comprendre. Quoi qu'il en soit, voici en résumé ce qui en ressort : une des divinités du Panthéon assyrien, le dieu Zu, s'^trtndu coupable d'un crime; pendant le sommeil de Bel, le Maître des Dieux, il lui a dérobé sa couronne, son manteau, et, choses plus précieuses encore, les umsimi, des talismans qui permettent de pénétrer le secret des destinées. Â son réveil le Maître des Dieux s'aperçoit du larcin, mais déjà le dieu Zu a fui pour se cacher dans ses domaines. Bel assemble les Dieux et les consulte sur le châtiment qu'il doit infliger au coupable; le dieu Bin demande sa mort; les autres votent pour l'exil. Cependant Zu a éié amené devant

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Bel pour entendre sa sentence; et alor8,dâsirant se soustraire an châtiment c[ui le menace, il se change en oiseau * .

Nous avons certainement uu épisode de cette légende sur le monument que nous allons étudier (fig. 61) .

Nous voyons, en effet, sur un cylindre de la Bibliothèque Nationale [Cat. , rfl^Z) le Maître des Dieux assis, les mains ramenées à la ceinture portant sur les genouï un vase d'où s'échappent les flots de l'abîme. Devant lui un Dieu amène le coupable confus et résistant, dont les membres inférieurs sont déjà transformés en vigoureuses pattes d'oiseau. Derrière, un second personnage coiffé du béret aux bords relevés, barbe longue , le maintient par l'épaule et le bras droit. Dans le champ, le croissant de la lune et deux caractères du style archaïque que nous pouvons lire : Zikar-ri^u.

Ce cylindre appartient évidemment à l'école d'Érech. Le style en est suffisamment indiqué par la tête si caractérisque du délinquant.

Fig. 68.

Quant à la légende qui a inspiré ce sujet, il est évident qu'elle devait avoir une certaine popularité, car nous connawsons plusieurs cylindres qui reproduisent le même sujet avec des variantes qui démontrent l'indépendance des artistes.

Ainsi, nous pourrions relever la même scène, mais dans de plus petites dimen^ons, sur un cylindre du Musée du Louvre (collection Delaporte) ; puis sur un cylindre du Musée de Vienne ; bien que la scène ne diffère que par la pose de la divinité assise et par la manière dont le personnage aux pattes d'oiseau lui est présenté, nous croyons devoir

1 0. SMirm,2*< CfcoWean aouown» o/" e«n«»ii, p. 115-116. — W.A..I. IV, pi. U, n» I.

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le reproduire ici (fig. 62). L'exécution est plus sommaire et révèle un convenn dans la manière de rendre certains détails, sans nuire cependant au caractère général.

Sur un cylindre de la collection du Musée Britannique, Tordonnance de la scène se rapporte à un autre moment de la légende. Le pei^oonage fantastique aux pattes d'oiseau n'est plus tenu par la main ni poussé par les épaules; entre lui et le Dieu Bel, son introducteur est debout la main gauche ramenée à la ceinture; derrière lui, le troisième personuîige se tient à distance.

Fig. 63.

Nous citerons enfin un remarquable cylindre en agate blanche, du Musée de Saint-Pétersbourg, qui présente une disposition fort intéressante. Nous le reproduisons (fig. 63), d'après le dessin de F, E^ajard (Mithra, pi. 29, n» 2).

Le Dieu suprême, entouré de l'élément liquide dans lequel l'artiste a figuré des poissons, est assis sur un trône; devant lui, le personnage qui conduit ordinairement le dieu Zu paraît s'adresser au dieu Bel, tandis que le dieu Zu est amené par un dignitaire qui le tient par l'oreille; la scène se termine par un personnage nouveau, tête nue, vêtu d'une robe longue, frangée sur le devant et dans le bas ; il porte de la main droite sur l'épaule un léger fardeau passé au bout d'un bâton. Ne dirait-on pas rm drame judiciaire complet auquel il ne manque ni le juge, ni l'accusateur public , ni le prévenu, avec tout l'appareil qui accompagne les décisions judiciaires î

Ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons en présence

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des formée humaines unies aux fonnes animales; nous pouTons dàa lors faire une remarque qui n'a pas échappé à La sagacité de M. Fen-ot, et qui nous montre à quel point le génie artistique de la Chaldée s'éloigne de celui de l'É^te >. L'Égjpte superpose ordin^rement à un corps d'homme une tète d'animal : serpent, lion, crocodile, ibis, éperrier, enfin une tête d'animal quelconque, tendis qu'à Babjlone et à Ninive la proportion est renversée. En Chaldée, c'est toujours la tête humaine qui domine et le corps se termine par des formes de taurean, de poisson, d'oiseau, d'insecte. Â Ninive, si nous trouvons des têtes d'animal sur un corps d'homme, ce n'est guère que sur des monuments d'une époque relativement moderne, alors que les conquêtes assyriennes ont établi avec des peuples étrangers, Phéniciens ou Égyptiens, un mélange qui a pu avoir son action réfléchie sur les œuvres des

Quanta la facture du dernier cylindre, Représente une particularité que nous devons relever. Le premier personnage, debout devant le dieu Bel, paraît avoir un double visage regardant à la fois la divinité assise et l'individu aux pattes d'oiseau. On a quelquefois pris un dét^ de la coiffure pour un second profil ; mais ici, bien que nous n'ayons pu vérifier l'original, nous sommes assez enclin à y reconnaître cette particularité. Nous allons, en effet, voir bientôt des exemples dans lesquels cette disposition est indiscutable.

' Q. Pbkbot, BUtoirede l'Art dans l'ÂntiquM, la Chaidée et l'Atsyrie, t. U, p. 82.

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