‹ Les pierres gravées de la Haute-AsieChapitre 13 sur 31 · LE MYTHE DE L'ANDROGYNB · texte numérisé non relu

LE MYTHE DE L'ANDROGYNB

L'interprétation que nous venons de donner à propos de la légende du dieu Zu peut paraître hardie; toutefois nous ferons remarquer que, pour nous éclairer dans ce cas, nous ne nous sommes pas écarté des textes assyro-chaldéens. Afin de se convaincre des dangers qu'il y aurait à abandonner cette voie, nous filions examiner un sujet sur lequel les renseignements chaldéens font défaut.

La scène se trouve sur deux cylindres du Musée du Louvre qui se rattachent àl'écoIed'Érech.Nousj reconnaissons facilement la facture et le type caractéristique des personnages de cette localité.

Fig. 64.

Le premier cylindre (fig. 64) est en marbre vert de O^^OSS de hauteur, d'un travail soigné. Le sujet représente une divinité assise sur un trône dépourvu d'ornements , le profil tourné à gauche, la barbe longue et tombant sur la poitrine (fig. 61 , 63, supra) ; il est vêtu d'une longue robe à plisj la main droite tient une ampidla d'où s'échappent deux flots.

Derrière lui apparaît Isdabar tel que les artistes d'Agadé nous l'ont fait connaître, avec sa longue chevelure et sa barbe bouclée, la tête de face, le corps de profil, appuyé sur une longue tige qui peut être une

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lance garnie d'un anneau '. Devant loi, trois autres personnages semblent participer à une cérémonie religieuse.

Le premier est coiffé d'une tiare pointue ; il est vêtu d'une robe courte à côtes et étagée. Le second porte la même coiflfure, ainsi qu'une robe courte frangée sur le devant et par le bas ; ses cheveux tombent sur les épaules ; U est imberbe ; c'est peut-être une femme? le troisième, même costume que le précédent , se présente la tête nue, barbe droite et tombante. La figure du premier de ces personnages offre une particularité qui fait l'intérêt capital de ce monument : elle a deux profils, l'un tourné vers la figure assise, l'autre vers ses compagnons.

Le second cylindre (fig. 65) est aussi en marbre vert de 0,035 de hauteur; il représente une cérémonie analogue à celle du précédent. Nous vojoi^ encore devant la divinité un personnage ayant deux profils, l'un tourné vers le Dieu, l'autre vers son acolyte.

Les figures à deux visages se rencontrent quelquefois sur les cyUndres, mais il est rare de les trouver dans d'aussi grandes dimensions, de sorte qu'il est facile, surtout par notre héliogravure (pi. 2, n" 4), de se rendre compte du jeu de la scène et même de la physionomie du personnage qui va nous intéresser.

Quelques savants ont cru découvrir dans ces figures PAndrogyne primordial qui, d'après certaines traditions, aurait donné naissance an genre humain, et on les a présentées comme l'expression du type consacré par les traditions retigieuses ou comme leur confirmation.

1 II MPoit biâD Bédniunt de voir dans c«t attribut le type d'uu caractdre BBBjrien qai peut se lire muar, et d'ea tirer une iuterprélatîoD que tons les assjrialogueH comprendrEuent ; mais on retrouve ce B7mbole sur des monuments où cette interprétation devisât impouible et dès lors nouB n'avons paa cm devoir la proposer.

LB UTTHB DB L ANDROaTKB.

A l'appui de la thèse que nous signalons, on a cité un cylindre de la Bibliothèque Nationale qui figure au catalogue sous le n" 770. On le déclare d'un travail -perse {sic), et on en donne une description que noiis croyons devoir reproduire, sans quoi les conséquences qu'on a voula tirer de ce document ne seraient pas comprises ici.

« Dans le registre supérieur, on voit sept dieux célestes, dont une déesse à deux faces, probablement la double Istar, se tenant debout devant la grande mère divine, la Beltis primordiale, envisagée aous son aspect de Zikoum, la personnification de l'Océan céleste plutôt que celui de Timat, la déesse ténébreuse, laquelle est assise sur im trône, et de ses mains laisse tomber un flot. Le registre inférieur est occupé par l'image des habitants du chaos '. »

Cette description laisse beaucoup à désirer. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter l'esquisse que nous avons donnée (fig. 66) d'après le dessin de la Gazette archéologique. Le sujet est agrandi, le cylindre n'ayant que 0,<^3 de hauteur; en s'y reportant, on peut affirmer d'abord que le monument n'est point d'un travail perse, mais bien d' un travail assyro-chaldéen, et ensuite que la description n'en est £ùte que pour appuyer la thèse qu'on se proposait de soutenir. En l'absence de toute indication, la scène du registre supérieur nous semble inspirée par les traditions des écoles de la Basse-Chaldée dont nous connaissons les oeuvres. Bien que les personnages soient d'une plus petite dimension que ceux des cylindres du Louvre, ils ont entre

> Cont C. W. Mahsbu., Lm premUri être* vivant» Sapré* la tradition Ch<Mét>-Baby totiitnne, dam la Oateite ortiMologiqvM, U IV, p. 13S^ VSti,

114 LBS PIBEIKBS ORATÉBS.

eax aae telle ressemblance qu'il est impossible de les séparer. Noos allons toatefois essayer d'être plus précis en reprenant la description du cylindre de la Bibliothèque Nationale.

Nom le considérons d'abord comme un cylindre assyrien, probablement de Tépoque du grand empire de Calach.

La scène est séparée en deux registres par on ornement composé de lignes courbes entrelacées. Dans le registre supérieur, nous voyons d'abord le Dieu assis sur un scabeUwn, vêtu d'une longue robe à plis droits ; malgré un accident de la pierre, on distingue parfaitement la barbe tombant sur la poitrine, ce qui exclut toute idée d'en faire une Déesse. La main droite est ramenée à la ceinture ; la gauche, portée en avant, tient une amphore d'où s'échappent un jet de liquide et deux flots qui tombent devant lui. Un autre personnage , debout , vêtu d'une robe longue, coiffé du bonnet pointu, présente deux visages imberbes, de profil, tournés l'un du côté de la figure assise , l'autre du côté de ses compagnons; il s'adresse d'une main au Dieu, et de l'autre il paraît inviter une suite de six personnages à s'avancer ; le dernier a les oiains élevées dans la pose de l'adoration.

Le second registre renferme la représentation de figures fEuttastiques. Ces figures sont différentes de celles de la Chaldée, mais comme ou les trouve fréquemment sur les monuments assyriens de Calach ; elles pourraient caractériser ainsi la provenance de ce cylindre.

Si notre description est exacte, il est certain qu'elle s'éloigne suffisamment de celle que nous avons citée pour qu'il soit permis de croire qu'en suivant la première on s^égarera étrangement dans les conclusions qu'on voudra tirer de l'aspect du monument. D'abord \ea deux registres ne sont pas séparés par des flots ainsi qu'on l'avait indiqué ; Veau ou si l'on veut l'Abîme humide (ap-zu) est représentée sur les cylindres et sur les ba&-reHefs par des lignes ondulées (fig. 34) au miUeu desquelles on voit quelquefois des poissons. Sur notre cylindre, il ne s'agit que d'un ornement qui exclut l'idée de la mer ou d'un fleuve.

La figure assise n'est point une Déesse j comment y voir la Grande Mère divine, la Beltia primordiale, lorsqu'on peut constater qu'elle porte une barbe longue et tombante? Le sexe est donc parfaitement caractérisé ; aussi nous n'avons pas besoin de rechercher son rôle de Zîkoum dans le Panthéon assyrien. Ce rôle serait exprimé du reste par des

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signes dont nous attendons encore l'explication ' . Passons à la figare À deux visages sur laquelle nous devons particulièrement nous arrêter. On a voulu y voir la figure d'un être androgyne; or, il s'agit d'abord de savoir de quel Androgyne on entend parler?

Le mythe de l'Androgyne, en effet, peut être considéré sous différents points de vue. Creutzer remarque qu'on découvre, dans les légendes de l'Asie occidentale^ quelquefois la croyance à l'idée d'un être ayant les deux sexes à côté l'un de l'autre, représentant un principe actif et un principe passif; quelquefois aussi la croyance en une seule et même divinité qui réunit les deux sexes; tant&t c'est un Aomm£-^7nm£, tantôt une femme-homme suivant que l'un ou l'autre domine. Enfin quelques savants ont prétendu que ce mythe était consacré par les traditions générales de l'Orient particulièrement par les traditions chaldéennes, et ils sont arrivés à présenter à l'appui, à défaut de textes suffisants, le cylindre de la Bibliothèque Nationale que nous venons de citer.

Constatons d'abord que les textes assyriens découverts jusqu'à ce jour ne parlent pas d'audrogynes , ni surtout d'un être androgyne qui aurait donné nmssance au genre humain. On n'a rencontré d'ailleurs aucun document assyro-chaldéen pour nous raconter comment les Cihaldéens concevaient notre origine. Le seul passage des tablettes où il est question de l'homme et de sa n^ssance se trouve dans un état de mutilation tel qu'on est obligé de convenir qu'il ne se prête à aucune interprétation sérieuse.

Examinons maintenant les renseignements qui nous sont fournis par les traditions et les descriptions qui nous sont données par les légendîures ; nous verrons ensuite si nous pouvons reconnaître les Àndrogynes ainsi décrits dans les personnages gravés sur nos cylindres.

Les compilateurs qui nous ont transmis des fragments de Bérose sur les anciennes traditions de la Chaldée nous ont conservé, il est vrai, un passage dans lequel on voit figurer parmi les monstrueuses créations chaotiques qui étaient engendrées au milieu de la matière humide « des êtres à deux faces, à deux têtes, une d'homme, une de femme, sur un seul corps avec les deux sexes en même temps'; » mais

< Les caracUres qu'on Ut Zi-Kvtn forment nn complexe dont l'viîcnlaUon est inconnue et dont ts lignificitUaD est enoore ûeiplicable et inexpliquée dans lea textes Brayriene. ■ BisosE, FragmenU, ofvtA \m Synobllb, p. 88.

116 LB8 PIE31RB3 aRATIÂBS.

il ne paraît pas que ces êtres soient présentés comme les ancêtres de notre race. Rien donc dans ces lignes ne nous permet de considérer ces monstres comme les premiers êtres de la création, ni comme ceux qui, par dédoublement, auraient donné naissance au genre humain. On a, du reste, dans les fragments mêmes de Bérose un passage relatif à la création de l'homme qui explique tout autrement cette origine. L'auteur chaldéen s'exprime ainsi : « Lorsque la terre et le ciel fiirent créés, Bélus se trancha la tète, et les autres Dieux ayant pétri le sang qui coulait avec de la terre, formèrent les hommes qui, pour cela, sont doués d'intelligence et participent de la pensée divine ' . »

Les êtres à double profil ne figurent donc dans te récit de Bérose que comme des monstres analogues aux hommes à quatre ailes et au corps d'animal dont les images ornaient de son temps le temple de Bélus. Aujourd'hui, le temple de Bélus est détruit, mais nous voyons sur les cylindres des représentations analogues à celles qui sont rappoitées par Bérose; la figure des Audrogynes qu'il décrit pourrait sans doute s'y trouver également; mais nous ne l'avons pas encore rencontrée.

Platon, dans son Banquet, met dans la bouche d'Aristophane une description de l'Androgyne que nous rapportons ici : « Son apparence, dit-il, était humaine, mais disposée en rond, le dos et les flancs faisant cercle. Il avait quatre bras et autant de jambes, deux visages exactement semblables au-dessus d'un col arrondi, et, dans une même tête, quatre oreilles, les attributs des deux sexes et le reste à l'avenant *. »

Verrons-nous également la représentation de ces êtres sur nos cylindres? J'en doute. Nous n'avons, du reste, mentionné ce texte que parce qu'il a été invoqué dans la discussion.

Enfin, quelques commentateurs du récit biblique ont cru découvrir dans un verset de la Genèse (II, 31) qu'Adam devait être androgyne, et ils en ont fait ainsi connaître le dédoublement. « Alors Yahveh- Elohim fit tomber un profond sommeil sur rhomme, et il s'endormit ; il prit un de ses <»ï^^s et il en ferma la plaie avec de la chair; etYahveh- Elohim forma le côté qu'il avait pris à l'homme en femme et il l'amena à l'homme. Et l'homme dit : Cette fois celle-ci est l'os de mes os et la

I BisoM, Pragmentt, apud. Le Stncbu.e, p.SS.

» Platon, Banquet, XIV.

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chair de ma chair, celle-ci sera appelée femme parce qa'elle a été prise de l'homme >. »

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que cette interprétation s'éloigne singulièrement de la version de la Vulgate et de celle des Septante. Nous ne Taurions pas relevée, si ce n'est qu'on l'appuie sur une tracUtion juive et sur l'autorité de Maimonide * qui admet, en effet, que Adam fut créé à la fois homme et femme, ayant deux visages tournés à la fois des deux côtés opposés, et que c'est pendant son assoupissement que le Créateur sépara de lui sa Havah, sa moitié féminine. Eusèbe^ a également accepté cette interprétation du texte bibliqne et pense que le récit de Platon sur les Ândrogynes primitifs s'accorde entièrement avec celui des livres saints.

Pour être complet, nous devons ajouter qu'on a invoqué les livres deZoroastre; d'après eux, en effet, le genre humain sort d'un être androgjne qui a donné naissance à Mesckia et à Meschianê; mais nous n'avons pas besoin d'insister sur les détails de ce dédoublement qui noua sont conservés dans le Boundehesch *, puisqu'ils apparu tiennent à une tradition iranienne et qu'il s'agit ici de rechercher la iigure de l'Androgyne sur des cylindres chaldêens. Voyons donc maintenant les monuments sur lesquels on a cru l'y rencontrer.

Ce n'est pas sur les pierres gravées que je viens de présenter, parce que la dimension des personnages laisse facilement apprécier le caractère des deux profils qui, tous deux identiques, portent une barbe longue et tombante, ce qui exclut l'idée d'un être ayant deux sexes différents ; le corps, les membres, le costume ne permettent pas de rapprocher ces figures des descriptions que nous avons citées.

Ce n'est pas non plus sur le cylindre de la Bibliothèque Nationale que nous avons reproduit; nous avons déjà fait comprendre qu'il ne donne rien de plus que ceux du Louvre. Sur ce cylindre et sur les autres, les personnages sont identiques pour la pose et pour la fonction j ils ne

I CodT. p. Lkhokhant, U» Originta da l'hiiioira d'aprit la BHU, p. 7 «t GO. I MdIbb-bbn-11uiioiihdj Qvidt dt* égaris, II, 30, p. 49, trad. Uiiuk. 1 BostB^ PrtBp. Svang., XII, p. 53S.

< A. DupKUON, Botindeh^ieh, ch. xv. — Les traductiona postérienrei n'ont en rien modilé •ur M point \t, donnia primitiTe. Cent. Juin, D«r Buniitheieh, Lûpiîg, 1868.

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diffèrent que par un détail : ils ont tons les trois deux profils ; ceux da MoBée du Louvre sont barbus, celui de la Bibliothèque Nationale est imberbe. Dans un cas , il s'agit de deux visages d'homme ; dans l'autre, de deux visages de femme, peut-être? si la barbe est caractéristique du sexe, on doit dire qu'il y a ici un homme, là une femme, mais non pas un être ayant les deux sexes à la fois. Nous pouvons donc affirmer d'abord que les figures à deux profils gravés sur les cyhndres ne se rapportent pas aux êtres décrits par Bérose, ni aux Androgynes décrits par Platon ; elles ne sauraient représenter le mythe de l'Androgyne d'après le Boundehesch; ces figures ne répondent donc à aucune description du mythe de l'Androgyne. Nous n'avons pas dès lors à rechercher si elles peuvent suppléer au silence des textes assyrochaldéens; il nous paraît superflu d'ajouter qu'elles ne doivent pas servir de commentaire à un texte biblique. Les tablettes assyrochaldéennes d'Assur-hani-pal ont conservé des traditions locales dans lesqueUes on peut constater certains rapports avec les textes bibliques ; mais il ne s'ensuit pas qu'il soit permis de combler les lacunes d'an récit par les mentions de l'autre pour appuyer l'interprétation d'un passage de la Bible, surtout quand ou propose à l'appui de sa théorie des monuments mal observés et qui, pour être expliqués, auraient besoin eux-mêmes d'un texte rigoureusement contrôlé.

Cependant ces figures à deux visages n'apparaissent pas sur les monuments sans avoir leur raison d'être; aussi, nous avons cherché à quelle nécessité cette forme devait répondre dans la pensée des artistes qui l'ont exécutée. Nous ne croyons pas qu'ils se soient inspirés d'une idée mythique; nous y voyons au contraire un parti pris, un procédé purement artistique, un convenu, sous l'influence duquel ils ont été amenés à donner deux profils à un des personnages qu'ils voulaient représenter.

Pour bien faire comprendre notre démonstration, il ne faut pas isoler notre scène de celles qui figurent sur d'autres cylindres que nons avons déjà fait connaître. Il s'agit d'exprimer la double action d'un individu qui en présente un autre, et qui doit s'adresser à la fois à une divinité et à un personnage qu'il amène. Nous avons déjà pu remarquer que les artistes de cette époque savaient mouvementer certaines figures (fig. 58-61, supra); nous verrons, par la suite, qu'ils

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avaient cherché et obtenu dans certaines limiteBles eflèts de raccourci dans des positions très difficiles. Ici, ils étaient aux prises avec une exigence à laqueUe l'idée rehgieuse n'était pas étrangère; ils ont compris que l'initiateur en présence d'une divinité ne pouvait détourner la tête, et alors ils l'ont présenté d'abord dans une attitude disgracieuse et forcée ; puis, pour satisfaire aux nécessités de la scène, ils ont eu recours à un subterfuge, et lui ont donné deux profils.

Les figures à deux visages semblent donc, selon nous, avoir pour but de résoudre une difficulté purement artistique, ainsi que nous venons de l'expliquer.

Si nous examinons les monuments, les conditions dans lesquelles nous les voyons nous révèlent surtout ce qui doit choquer nos habitudes artistiques : les empreintes nous présentent un véritable bas-relief, et nous trouvons immédiatement dans ce double visage quelque chose de si étrange que nous nous empressons, pour l'expliquer, de faire intervenir une influence mystérieuse ; mais si nous remontons à l'intaille , ce qu'il a de choquant sur l'empreinte disparaît. Nous sommes, dans ce cas, en présence d'un creux gravé sur une surface cylindrique qui ne permet jamais de saisir la scène dans son ensemble. Nous voyons alors, ainsi que nous l'indiquons ici, que le personnage au double profil répond parfaitement à la double action que nous avons signalée; d'une part, il I s'eidresse à la divinité et nécessairement il a le visage tourné vers elle; d'autre part, il s'adresse à ceux qu'il doit présenter, et le second profil répond ainsi à cette nouvelle phase de la cérémonie. Ajoutons, pour compléter l'iUusion, que * nous ne pouvons embrasser du même coup d'œil les deux scènes, n y a donc là un parti pris évident qui se révèle dans d'autres circonstances par Asa faits analogues qu'on peut observer sur les gemmes et sur les bas-reliefs assyriens.

Sur les gemmes, nous avons signalé, parmi les figures dites chaotiques, des monstres à deux corps réunis par une seule tête, productions évidentes du caprice de l'artiste qui, en vue de faire converger sur un point de la circonférence d'un cylindre deux individus symétriquement disposés, a donné aux deux corps une tète unique insérée de

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manière à répondre aux besoins de la perspective Bnivant l'aigle sous lequel on regarde le cylindre ' .

Je crois donc pouvoir affirmer que, dans tontes les scènes que j'd observées, les figures à double visage répondent à une exigence purement artistique, étrangère aux légendes de la Chaldée, et dont les cylindres du Lonvre nous donnent la démonstration la plus complète.

Je n'ai pas besoin de revenir ici sur les conséquences qu'on voulait tirer de l'image de ces figures à deux visages sur les cylindres de la Chaldée ; je n'examinerai pas jusqu'à quel point on peut dire que le type de l'Androgyne primordial se trouve dans la Bible lorsqu'on propose, pour l'appuyer, des textes assyriens mutilés. L'interprétation du verset de la Genèse, qui renferme la pensée mosîû'que sur la création de l'homme, a été consacrée par de nombreux commentaires qui n'y ont jamais vu la mention d'un Androgyne ; un mot seul semble prêter à l'équivoque en passant par les interprétations fantaisistes de quelques savants qui fument à voir les faits, les monuments et les textes à travers les illusions que crée leur imagination, et qui donnent ainsi au récit biblique un sens que les traductions les plus autorisées, depuis celle des Septante jusqu'aux interprétations rationalistes de l'École allemande, n'ont jamais admis. Platon s'est livré, dans son Banquet, à une description imaginaire de ces monstrueuses créatures dont la science positive n'a jamais reconnu la réalité. Eusèbe a pu faire un rapprochement ingénieux à l'aide du passage de Platon et ouvrir la voie à quelques esprits aventureux qui se sont complu dans les chimères; mais U faut s'arrêter devant ces conjectures et ne pas prétendre trouver l'appui de ces rêves dans les monuments chaldéens et présenter les cylindres comme la meilleure traduction de ce vieux mythe qu'on attribue gratuitement à la Babylonie.

> Lei artûtM du moyea-iga ont produit des images analogues qu'on voit eacore tua 1m chapiteaux at dani lea claf* de voûta da noa viaille* iglUea, «t auiqual* U ooub eulSt da &ïn allnaioD id.

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