LES SACRIFICES HUMAINS
par le sang d'autrui'. Il est donc inutile de rechercher l'origine de cette coutume chez un peuple d*où elle aurait rayonné pour s'éleudre de proche en proche. Ou distingue bien certains centres où elle paraît avoir été plus enracinée, mais son influence sur les populations voisines était restreinte et n'atteignait que des groupes que l'on peut considérer comme faisant partie de ta même famille ; la filiation que l'on voudrait établir s'eflace en présence des difficultés qu'on rencontre pour en suivre la trace , tandis que le développement d'un principe commun suffit pour l'expliquer.
Dans la Haute-Asie, nous trouvons la pratique de ces horribles sacrifices chez les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens. Ici nous n'avons pas à examiner si les Phéniciens en ont pris le germe sur les bords du Golfe-Persique pour le propager partout où pénétraient les vaisseaux de ces intrépides voyageurs. Ces sanglantes cérémonies étaient répandues dans toute la Haute-Asie et sanctionnées par toutes les religions. La manière dont Dieu tenta Abraham et les préparatifs du sacrifice dont la Genèse a donné le mémorable exemple nous démontrent qu'elles n'avaient alors rien d'anormal'.
A une époque plus récente , nous voyons le peuple juif suivre l'exemple des populations au milieu desquelles le sort des armes l'avmt jeté, et malgré les prescriptions de Jehovah et les avertissements des Prophètes, sacrifier des victimes humaines sur les Hauts-lieux'. Nous savons par la Bible qu'au vii« siècle avant notre ère les habitants de Sippar sacrifiaient encore leurs fils et leurs filles, et que les enfants d'Israël avaient suivi leur exemple. Les circonstances dans lesquelles la Bible nous rapporte ce fait sont intéressantes à noter. La prise de Samarie nous est présentée dans le livre des Rois comme le châtiment que Jehovah infligea à son peuple pour avoir transgressé ses lois : il avait fabriqué des images d'airain, bâti des Hautâ-lieux , élevé des Bocages et adoré Baal ; enfin il avait fait passer par le feu ses fils et ses filles *. Jehovah, en punition de ces
1 J. Db Maistki. — Soirées de Saint-Pitertbourj, t. U, p. 381.
* GenAse, XXIU, 1.6 — 10.
» II, Roi», XVI, 3.i,
* II, Roii,XVI, 16.17.
156 LES PIERRES ORAvâsS.
forfaits, le livra au roi d^Âssjrie qni, après la prise de Samarie, transporta les habitants dans les villes de son royaume ' tandis que, d'un autre côté, ce prince ût venir dans Samarie à la place des enfants d'Israël des gens de Babel, de Catha, de Hava, de Hamat et de Sépfaarvaïm (Sippar); or, comme les Assyriens transportés ne servaient pas l'Étemel suivant l'usage du pays, il arriva que le Seigneur envoya contre eux des lions furieux qui les tuaient. Quand le roi des Assyriens fut informé de ce fait, il ordonna d'aller chercher parmi les captifs israéUtes des sacrificateurs originaires de Samarie pour revenir dans leur patrie, au milieu des Chaldéens transportés afin de leur apprendre le culte qui devait être rendu an Dieu du pays ; car chaque nation étrangère établie à Samarie avait conservé ses Dieui propres et les avait établis dans les Hauts-lieux que lôs Samaritains avaient précèdenmient élevés. Les gens de -Babel avaient Soccoth-Benotk ; les gens de Cuiha, Nergal; ceux de Hamat, Ascima; les Haviens, Nebchas et Tartac et ceux de Sépharvaïm brûlaient au feu leurs enfants pour honorer Adramelec et Anamdec qui étaient les Dieux de Sépharvaïm *, de sorte que, par un étrange mélange, ils servaient l'Ëtemel et n'avaient pas pour cela abandonné leurs Dieux nationaux ni leurs pratiques religieuses. D. résulte même du texte bibUque que les Chaldéens suivment encore la coutume cruelle des sacrifices humains au moment de la dernière rédaction du livre des Rois.
Les sacrifices humains n'ont donc pas été étrangers aux hommes de la Chaldée; à plus forte raison, à leurs prédécesseurs les hommes des Sumers et des Akkads, et déjà on en a signalé la mention dans quelques textes antiques. Le passage le plus précis provient du grand ouvrage astronomique de la Bibliothèque de Sargon-l' Ancien , roi d'Agadé; il est écrit dans la langue primitive, et, par conséquent, remonte à l'occupation qui a précédé celle des fondateurs du Premier- Empire de Chaldée. Ce texte a été traduit en assyrien au temps d'Âssurbani-pal, et c'est accompagné de cette traduction qui nous permet de le comprendre, que nous le trouvons dans les fragments de la Biblio-
1 II, Rois, XVU. 6. — Botta, pi. 10-11, 3. — Ar^naUs dét roit cTAastirie, p. 161.
> II, Roii, XVIII. 31. La tranMaiptiou de la plupart dâ ces ooms ett évidemment défectnenie.
LES SACRIFICES HDUAIHS. 157.
ttièque de Ninive publies par le Musée BritaQniijiie. Il était trop important pour passer inaperçu; M. Sayce t[ui le premier l'a mis en lumière, et, après lui, M. Lenormant, en ont donné des traductions dout nous ne nous écarterons pas '.
« Pour qu'il extirpe son péché,
« L'enfant (l'homme) qui élève sa tète parmi les hommes,
« L'enfant a donné sa vie ponr Ini ;
< La tête de l'enfant pour la tête de l'homme a été donnée ;
< Le front de l'enfant pour le front de l'homme a été donné ;
« Le corps de l'enfant pour le corps de l'homme a été donné '. »
Ce passage ne dit pas de quelle manière le sacrifice était accompli. D'après un autre texte, M. Sayce a pensé qu'il avait lieu par le feu; nous le reproduisons également ^ : '
< Quand Bin (Raman, le dieu de l'Air) est favorable, la prospérité (est assurée).
« Sur les hauteurs on brûle des enfants *. »
Nous ne discuterons point ces textes; il en résulte clairement malgré leur laconisme que les sacrifices humains étaient prescrits et recommandés comme une chose agréable aux Dieux, et. si, dans certaines circonstances, ils ont dû avoir lieu par le feu, rien n'indique qu'ils n'aient pu s'accomplir d'abord par le glaive, et que le feu ne fût employé pour consumer les restes de la victime.
Les scènes que nous venons d'examiner méritaientà un double titre toute notre attention ; nous nous sommes expliqué sur la sanglante cérémonie dont elles perpétuent le souvenir; au point de vue de l'art, elles attirent encore notre examen; elles sont gravées sur des cylindres
1 W. A. I, rV, pi. S6 — Satcb, On huvum taorifice among the Babyloniant, dauB les TroTitticticriu of the Society of Biblical ardiiology, t. IV, l'* partie, p. 3&SS. — F. Linob' UANT, Etvdei akkadiennes, t. III, 1" partie, p. 112.
■ CeEta tablette est marquée K, 5139, au Musée Britannique. — U. F. Lsnokiuht en donae le texte et la traduction dans ses Etudei afikadiennet, In parUe, S* vol. p. £97-299. — Voyai également Lei Premières civilitations, vol. II, p. 197. — M. Saycb en publie un telle plus complet avec une disiertation On human $acrifie« among tht Babyloniam, dans les TraïuactioTia ofthe Soeiety of biblical Arohiology, vol. IV, I" parUe, p. S5-31.
■ W.A.I. III, pi. 61, Ob*. I. 33. — Satcb, Attronomy of the babyloniam, dani !«■ Trafuaetioiu, etc. Vol. III, pi. 1, p. 274.
* C« pusage eat ainai eongn : Ina itiduti Aoilu arur.
158 LES PIERRES ORATÉGS.
dont rorigine ne saurait être douteuse et qui appartiennent évidemment à une des écoles du Premier-Empire de Chaldée. Ce sont des cylindres de trois à quatre centimètres de hauteur, eu marbre ou en jaspe, le plus souvent en hématite. La nature de la pierre, la manière de l'attaquer, le costume et le type des personnages qui j figurent ne laissent aucun doute sur leur provenance.
La pose du Sacrificateur et celle de la victime présentaient à l'artiste une réelle difficulté ; il s'agissait de leur donner le mouvement que la scène comporte ; nous avons vu (fig. 95) qu'il a été essayé et rendu quelquefois avec succès.
Pie.98.
Remarquons en terminant que quelques artistes ont traité cette scène avec des détails qui nous prouvent, à la diversité des costumes, que ces sanglantes cérémonies n'étaient pas seulement usitées dans une localité particulière. C'est du moins ce que nous croyons comprendre par un cylindre en cornaline de la Collection du Cabinet des Médaillons, à la Bibliothèque Nationale {Cat. n" 724), que ous reproduisons ci-dessus (fig. 98).
LES BELTIS.
Jusqu'ici nous avons à peine soupçonné la figure de la femme sur nos cylindres ; serait-elle cachée sous les plis de ces longues robes qui dissimulent si bien toutes les formes? peut-être ; dans tous les cas, nousneravoDs pas encore reconnue, mais nous allons la rencontrer particulièrement sous deux aspects bien caractéristiques que nous devons examiner maintenant. — Le premier nous la montre vêtue et souvent ricbement parée ; — le second, dans un état complet de nudité Nous croyons que sous ces deux aspects la femme ne peut appartenir  la vie ordinaire et que l'artiste a eu nécessairement en vue des êtres d'une condition supérieure, quelques divinités du Panthéon assyrochaldéen. Nous les désignerons sous le nom de Beltis parce que ce nom convient à toutes les Déesses, en attendant que nous puissions préciser la Divinité spéciale qu'on a voulu représenter. 11 nous est donc indispensable de jeter un coup d'ceil sur le Panthéon assyro-chaldéen. Malgré l'état incomplet des documents qui peuvent nous renseigner à ce sujet et qui ne nous permettent pas d'en reconstituer les détails, il y a déjà quelques faits que nous pouvons saisir et qui suffisent pour nous guider.
Les Déesses sont très nombreuses : nous savons, en effet, que le Panthéon assyro-chaldéen renfermait douze Grands-Dieux auxquels correspondaient autant de divinités féminines qui sont appelées les Grandes-Epouses (kiraii rabiti) ; puis [nous avons une série de Divinités secondaires avec autant de compagnes dont les noms figurent dans les inscriptions et dont ou pourrait chercher également l'image sur nos cylindres.
160 LES PIERRES ORATÉBS.
Parmi les Grands-Dieux, nous distinguons une triade qui paraît tenir au milieu d'eux un rang supérieur; elle est composée de trois Divinités : Sin (le dieu Lune) particulièrement adoré à Ur et dont le symbole est exprimé par an croissant j Samas (le dieu Soleil) représenté par un disque lumineux ; son coite était spécialement établi à Sippar; enfin, Istar, la Grande-Déesse vénérée à Ërech et dont le symbole est figuré par une étoile; elle correspond dans le monde astronomique à la planète de Vénus. — Sin paraît avoir pour épouse S(Ua, une des plus anciennes Divinités du Panthéon originel; quant à Samas, on lui en attribue plusieurs : McUkit, Anunit, Guîa et peut-être Nana; enfin, dans les temps plus modernes, Lila (la nuit). Istar est une Divinité féminine dont l'origine est assez incertaine : tantôt on la dit fille de Sin, tantôt fille d'Ânu et de la déesse Anatu ; comme épouse elle est associée à plusieurs divinités, même à des mortels; on la considère surtout comme épouse et mère d'une divinité mal définie, le dieu rejeton, que sa céleste origine n'a pu soustraire à la mort ; dans tous les cas, Istar occupe toujours le premier rang parmi les Déesses. Mentionnons encore quelques-unes des divinités féminines les plus connues : Tasmit, la déesse de l'Intelligence, l'épouse de Nebo ; — Las, la compagne de. Nirgal, parUcuIièrement adorée à Cutha; — Zarpanit, l'épouse de Bel-Marduk, la déesse de la Fécondité. — Citons également les noms de Allât, la déesse des Enfers; — Dam— Kina, la déesse de la Terre. — Si nous pîissons sous silence les autres ■ divinités secondaires comprises sous le nom de Béltis dont le rôle est plus ou moins efiàcé, c'est qu'il nous paraît inutile d'en chercher l'image sur les cylindres, car pour répondre à tant de Déesses, n'oublions pas que nous ne trouvons que les deux types que nous avons indiqués d'une manière générale et dont nOus allons essayer de dégager l'individualité. Voyons d'abord le type de la femme plus ou moma richement parée.
LES BBLTI8. 161
La femme ne figure pas seulement sur les cylindres sons les deux aspects que nous venons de signaler. On a découvert en Chaldée de nombreuses statuettes en terre cuite ou en bronze ' qui nous la donnent tantôt vêtue et parée, tantôt dans un état complet de nudité ; de telle sorte que nous pouvons trouver dans ces œuvres des types analogues à ceux que nous rencontrons sur les cylindres. Les statuettes qui représentent la femme vêtue n' offrent ici aucun intérêt ; elles nous prouvent seulement qu'on ne saurait voir dans ces images des personnages appartenant à la vie ordinaire, l'artiste a donc été inspiré par quelque pensée supérieure que nous allons essayer de pénétrer.
Pig. 99.
Nous mentionnons d'abord sur un cylindre du Musée Britanmque, l'image de la femme parée (pi. IV, n" 6) ; devant elle le Sacrificateur. Souvent la scène se complète par le Pontife, les mains élevées dans la pose de l'adoration, par exemple sur un cylindre de la Collection du duc de Luynes (fig. 99); l'inscription nous donne ainsi le nom du propriétaire de ce cachet ;
< Imgur-SiD, ûls de Sin-idiDDam, servitenr da diea Sîn. >
1 BsuiBT, Catalogve dei Figurine* de terre crtiu du Mutée du Louvre,
ÏGSt LES PIBRRES GRATIS.
Il est bien évident que cette femme armée et parée dont nous avons l'image sous les yeux ne peut être une simple mortelle; on reconnaît du reste la Déesse à son costume, à ses splendides vêtements et surtout à cette tiare élevée, insigne de la divinité, comme nous allons bientôt le voir dans un texte.
Les inscriptions en effet nous parlent des riches vêtements que portent les Dieux et les Déesses dans les cérémonies du culte ; le luxe s'étendait même au-delà des vêtements que l'artiste avait sculptés ; on habillait les images déjà parées ; nous en avons la preuve par les points d'attache dont on trouve la trace sur les statues, mais surtout par les textes qui sont très explicites à cet égard. Une tablette du Musée Britannique énumère ainsi les offrandes qu'un roi du Premier-Empire assjro-chaldéen avait faites au dieu Marduk et à la déesse Zarpanit :
« J'ai donné, dit le Roi, quatre talents d'or ' pour le vêtement da dieu Marduk et de la déesse Zarpanit; j'ai revêtu Marduk et Zarpanit d'un grand vêtement d'or; je l'ai orné de dix pierres précieuses' dont ta renommée est sans égale. Je les ai données pour la statue de Marduk et de Zarpanit; j'en ai orné les vêtements d'étoffes de leurs grandes Divinités et les tiares aux cornes élevées, les tiares de domination, insignes de tenr Divinité '. »
C'est une tradition de tous les temps et de tous les lieux ; aussi nous constatons en passant cette curieuse coutume en Grèce où il y avait une cérémonie toute spéciale pour habiller les statues ; cette cérémonie s'appelait Ixdkiafiàq, le prêtre chargé de l'accomplir, Irolurriiç. Un passage de Bérose conservé par Hésjchius nous donne le nom d'une prêtresse chargée de la toilette de la déesse Héra, celle qui habille la Déesse {-fi xo<i(i-fivput rfiç 'Hpas) ; il la nomme Sarachéro *.
Gomment les artistes ont-Us rendu notre Déesse? Les traits de la figure sont toujours largement traités, et malgré les difficultés qui
■ lES kil. repréMotant une valeur de 366,000 fr., guivant l'évaluation du taleutfii4, d'apréi H. Oppbrt, à 39 k. 303. — Coof. L'étalon de* maures aeiyriennea, p. 90.
* Maigri le graod iaUrât de ce pauaga, nous devaoa paeaer Boae silence l'énumératioD des dix soriei de pierres précieuses parce qu'elles sont exprimées par des complexes dont la tranacriptiou et la sigDiflcatioo tie sonl pas établies.
» W.A.I. Il, pi. 38.2.
< F, LiNOimurr, Essai dt commentaire, «ta., frag. XX, p. 440.
LES BELTIS. 163
résultent de la matière et des iostruments employés, l'effet est quelquefois rendu sans modelé, mais avec une ûnesse suffisante pour s'harmoniser dans l'ensemble. Bien que la âgure soit de face, tandis que les autres personnages se présentent de profil, la Déesse, Tivante comme tout ce qui l'entoure,' paraît prendre part à l'actioD qui s'accomplit.
Maintenant quelle est cette Béesse qui a le privilège d'être pour ainsi dire exclusivement représentée sur nos cylindres ? Il ne faut pas nous perdre au milieu des nombreuses Beltis qui auraient pu mériter cet honneur ; pour une raison quelconque, si la piété du Chaldéen leur a élevé des statues, il n'y en a peut-être qu'une qui ait exercé le talent lies graveurs, car le type est constant; la différence n'est sensible que dans la pose et dans quelques détails intentionnels sans doute, mais qui ne peuvent la diversifier pour le moment du moins ' . Selon nous, cette Déesse est Istar, la Grande-Déesse d'Érech, celle dont le nom est toujours invoqué dans la triade des trois grandes divinités dont les symboles figurent le plus souvent sur nos cylindres comme sur tous les monuments religieux de cette époque.
Les attributs ne nous laissent en effet aucun doute : Istar joue un rôle multiple , mais le plus souvent elle est désignée comme la déesse des armées , la reine des batailles, celle qui donne la victoire et qui juge les combats. N'est-ce pas pour répondre à cette idée qu'on la représente ainsi parée et armée portant sur ses épaules l'arc et le
1 Nous raison» ici des réïerTea, car ces détsjls pourront peut-^tre un jonr motÏTer qdo différeoM que nous ne saurions jusUAer quant à prêtent.
164 LES PIERRES ORAVésS.
carquois? Il y a plus, ud texte de la Bibliothèque de Niuive nous doune une longue énumération des attributs des Dieux et des Déesses; chaque divinité a ses qualifications particulières; or, parmi celles que nous trouvons pour la déesse Istar, nous voyons qu'elle est appelée Istar aux Lions ' .
Un cylindre publié par Rich * nous montre la Déesse assise sur un trône richement orné, les pieds sur un Uon ; devant elle, sur un autel reposent les objets destinés au sacrifice ; puis, le mystagogue conduit par la main l'initié portant dans ses bras un chevreau ; il est suivi du Pontife qui tient de la main droite un rameau chargé de fruits ; enfin, un chien clôt cette scène si lisiblemnet écrite sur le cylindre. En haut, dans le champ, en face de la Déesse, le croissant, symbole du dieu Sin, et l'étoile rayonnante, symbole de la déesse istar (fig. 100) .
Fig. 101,
Pouvons-nous hésiter à reconnaître encore cette Déesse sur un cylindre de la Bibliothèque Nationale {Cat., n" 834) oîi nous la voyons telle que nous la connaissons déjà, mais debout sur deux lions, recevant l'hommage d'un sacrifice avec un appareil qui ne peut laisser de doute sur son rôle militaire (fig. 101). Derrière le personnage chargé de la victime, nous trouvons d'abord un serviteur portant la corbeille, puis le Pontife dans la pose de l'adoration, et enfin un guerrier armé de l'arc. Notons en passant que c'est la seconde fois que nous avons occasion de rencontrer un guerrier sur les cylindres de la ' Chaldée (fig. 58, supra), et dès lors cette dernière figure est très intéressante à relever pour bien préciser son caractère.
1 W.A.I.IY, 66, iî<p. c. 6, 1. ».
■ Rich, Narrative of a Joumey to tht site ofBabglon, in 1311, app. pi. S, ii> 10. — Yojtt auui MuKTBK, Religion der Bàbyloni*r, pi. I, W S.
LB8 BELTIS. 165
N'oublions pa8 le texte que nous avons cité (p. 145, supra) et qui nous apprend qu'on oflFrait à Istar le sacrifice d'un chevreau. Or, nous trouvons encore cette cérémonie sur un cj-lindre du Musée du Louvre (fig. 102) où le sujet, traité d'une manière archmque, ne nous laisse aucun donte à cet égard.
Citons enfin (fig. 103) un cylindre du Musée de Vienne où noua voyons la Déesse au milieu d'une scène plus compliquée dont nous ne chercherons pas à déterminer le sens.
Nous croyons pouvoir affirmer que nous avons dans toutes ces scènes l'image de la déesse Istar, malgré les variantes qui pourraient laisser soupçonner la présence d'une autre divinité.
Nous savons en effet que le rôle de cette Déesse est non-seulement multiple, mais encore que son culte a subi à travers les siècles bien des métamorphoses. Chaque localité avait sa divinité protectrice et a voulu lui attribuer le nom d'istar; de là une confusion inextricable dans la hiérarchie d'un polythéisme encore inexpliqué. Cest ainsi que nous trouverons en Assyrie deux Istar, Istar de Ninive et Istar d'Arbèles; puis ce nom se généralisant, les divinités locales deviendront autant d'istar, et on confondra sous ce nom toutes les Déesses; de sorte que cette appellation sera prise comme une désignation pareille à celle de
166 LES PIERRES ORÀTÉES.
Beltîs et passera dat^ Les formules d'invocation si fréquentes dans les inscriptions pour désigner toutes les Déesses qui habitent le pays d'Assur (Ilani au Istarati asihuti mat Assur). C'est ainsi qne ce mot a été appliqué dans le texte de la Bible aux divinités féminines du Panthéon assyro-chaldéen.
Avant de nous occuper du second type de la femme, nous devons signaler des cylindres qui vont nous la présenter dans son rôle de mère. Notons en passant comme type de la femme-mère des monuments dont nous n'avons pas à nous préoccuper, des statuettes en terre cuite représentant une femme tenant dans ses bras un enfant nouveau né ' . La scène va se développer sur un cylindre de la Collection du Louvre que nous croyons pouvoir rattacher à l'école d'Erech.
Fig. IM.
Le sujet est des plus intéressants (fig. 104); un personnage assis, coiffé de la tiare aux bords relevés, les cheveux flottant sur le dos, revêtu du costume que nous avons tant de fois rencontré, est assis à l'ombre d'un arbre aux branches étendues; c'est peut être une femmeî Sur ses genoux, un jeune enfant se retourne vers lui, pendant qu'un autre individu debout, tête nue, présente une coupe au personnage assis ou à l'enfant; un peu plus loin, un serviteur s'agenouille devant un trépied sur lequel repose un vase d'une assez grande dimension; au-dessus, trois amphores aux formes élégantes et élevées décorent l'intérieur d'un appartement *.
Tel est l'ensemble de la scène dans toute sa naïveté. Le costume
■ Le Mua^ da LouTre pOBBèda qnelquag ëchantillons de ce type. — Conf. Hbuuy, Catalogue de* Pigvrinet antiques de terre ewte, p. 25, no I, £3-S4.
* Cette leine est asMi Ir^uente, car nous e& caonaisions d'autres exemples sur dsa cylindrée dont nulhetireiuemeiit notu d'atoqs pas conierTé l'empreinte.