SUJETS DIVERS
Nous sommes loin d'avoir épuisé tous les sujets des cjlindres qu'on peut rapporter au Premier-Empire de Chaldée ; cependant nous devons être maintenant assez familiarisés avec la nature des scènes qu'Us représentent et la manière de les traiter pour ne pas les confondre avec les œuvres d'une époque postérieure ou d'une localité différente; nous avons signalé des faits précis, mais combien de centres inconnus encore où Tart s'est développé avec un caractère particulier? D'un autre côté, cette séparation des scènes, que nous avons créée pour les besoins de l'analyse, n'a pu avoir en réalité la même rigueur. Aussi nous avons passé sous silence des œuvres qui paraissent confondre toutes les origines, toutes les légendes, toutes les cérémonies, et qui présentent ainsi à l'analyse un mélange inextricable. Quelques exemples vont suf3re pour faire comprendre ce qui nous reste d'inconnu dans l'étude de ces monuments que nous mettons ainsi eu lumière pour la première fois.
Fig. 130.
Si nous remontons aux scènes fantastiques, nous trouvons, par exemple (fig, 130), sur un cylindre en basalte, un sujet analogue à celui que nous avons reproduit par l'béliogravure (pi. II, n" 1) ; il représente une série de personnages fantastiques réunis dans une action
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commune; dans le champ aont gravés des symboles dont rien ne peat nous donner l'explication.
Un cylindre en calcaire brun du Musée du Louvre nous montre à la fois une scène d'adoration et une allusion à une légende inconnue (fig. 131). Nous avons, d'une part, le Pontife en présence du Sacrificateur ; à côté, une chimère, Carnivore ailé, s'élance pour dévorer an personnage à genoux. Cest évidemment une œuvre du Premier- Empire de Chaldée, mais nous ne pouvons autrement la préciser.
Le côté fantastique est nettement indiqué par ce monstre dans lequel on a cru reconnaître le Dragon Tihamat, qui se dresse en présence du Sacrificateur (fig. 132), et que nous retrouvons sur un cylindre du Musée de la Haye {Cat. n" 125-53).
Nous avons reproduit dans nos planches héUographiques (pi. III, n° 6) un cylindre de la même collection {Cat. n" 125-53) qui exercera longtemps encore peut-être la sagacité des mythographes à cause des nombreux symboles qu'il renferme. Nous y distinguons certainement le Sacrificateur devant le Pontife ; ces deux personnages et la manière dont ils sont traités nous suffisent pour attribuer cette œuvre aux artistes de la Basse-Chaldée , mais quelle est l'intention qui a présidé à la distribution de ces six petits personnages qui garnissent le champ du cylindre, les quatre premiers opposés par les pieds, et les deux derniers opposés par la tête? Enfin, que signifie cette grande main
SUJETS DIVBRS.
qui paraît s'éleTer sur un autel, et ces autres smjboles mystérieui et si fréquents sur les monuoients de la Cbaldée ï
Qui nous dira encore sous l'influence de quelle idée l'artiste a buriné ce cortège guidé par un personnage assis sur la croupe d'un animal fantastique (fig. 133), et dont nous trouvons la représentation sur un cylindre en marbre du Musée de La Haye {CcU. n" 62-22) ?
N'oublions pas ces graves personnages montés sur des animaux; leur pose attend encore une explication sérieuse. Nous produisons, à titre d'exemple^ un cylindre en hématite du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale (Cat. n" 710)j il nous montre (fîg. 134) un personnage debout sur le dos d'un taureau, devant lui le Pontife les mains élevées dans la pose que nous connaissons, et derrière le personnage les trois ligues d'écriture qui renferment le nom du possesseur du cachet :
< Bani-Bin, fils de Samas-mbu, aerritenr de. . . »
Le caractère de ce personnage nous échappe, cependant il nous parïdt certain que l'artiste a eu en vue une Divinité ; si nous en croyons les symbolesquifigurentdansle champ de ce cylindre ce serait Samas, mais le flot qui s'échappe de sa main droite nous fait souger à Bin. Ces sujets sontnombreux ; on en trouve des spécimens dans toutes les collections. La matièredes cylindres est toujours l'hématite; le travail de l'iutaiUe finement traité, est en tout semblable à celui des cylindres dont nous avons pu constater la provenance.
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Un cylindre du Musëe de La Haye, reproduit dans nos planches héliographiques (pi. III, n" 7), nous présente également un personnage debout sur la croupe d'un taureau aux longues cornes. Le type est différent, mais le cylindre est également d'une haute antiquité, et la position de la figure procède de la même idée. Nous avons tu déjà Istar portée sur des lions ; il y a donc dans cette disposition une intention mythique incontestable. Nous en suivrons l'expression en Assyrie et même en Asie-Mineure jusque sur les médailles de Tarse ; pour le moment nous nous bornons à enregistrer des exemples, et, à mesure que des faits nouveaux se produiront, leur interprétation sortira du développement même que l'artiste aura donné à sa pensée.
On a établi de tout temps une corrélation plus ou moins directe entre certaines divinités et certains animaux. Cette corrélation existait évidemment en Chaldée au moment oii nous rencontrons ainsi l'animal servant de piédestal à la Divinité. Si nous connaissions cette association d'idées, il nous serait possible de déterminer, par le genre de l'animal, la Divinité que l'artiste a voulu rendre, mais c'est précisément ce qu'il faut chercher.
Notons à ce propos, et pour établir ce rapport, un cylindre du Cabinet des Médailles {Cat. n'TOd), qui nous montre un bœufdevant un personnage assis, de l'autre côté un personnage à genoux ; dans le champ, sur le dos de l'animal, un symbole ailé (fig. 135). Quel est le sujet de cette scène qui se rencontre fréquemment sur d'autres cylindres dans des termes pour ainsi dire identiques? Rien ne peut nous l'indiquer j le type des personnages nous fait songer à ceux qui ont été traités par les artistes de l'école d'Érech, mais nous ne pouvons aller au-del^.
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La légende nous a conduit aus cérémonies religieuses et, dès lors, à la représentation de personnages n'empruntant rien à la vie surnaturelle. Ces scènes nous conduisent à leur tour à celles de la vie privée; elles sont en général d'une grande vérité.
Citons d'abord une scène de labourage (fig. 136) que nous empruntons à un cylindre en talc oUaire d'une médiocre conservation; il appartient au Cabinet des Médailles de notre Bibliothèque Nationale {Cat., n" 931), et il a été déjà publié dans l'ouvrage de Lajard {Mithra, pi. sxxiv, n" 15).
Flg. 137,
On sait que l'agriculture était dès la plus haute antiquité l'objet des préoccupations des hommes des Sumers et des Akkads, et leurs observations ont été consignées dans des textes qui sont parvenus jusqu'à nous'; nous ne devons donc pas être surpris de trouver ces
l W. A. J. 11, pi, U. — Doiiuimnt$ Juridique*, p. M <t luiT.
S06 LES PIERRBS ORITÉBS.
épisodes. CitoDs encore un sujet de la même nature que nous empruntons à un beau cylindre d'hématite du Musée de la Porte de Hall, à Bruxelles. Ce cylindre avait été signalé par Lajard (Mithra, pi. XU, a" 5), sans indiquer la collection d'où il l'avait tiréj il mérite d'être mis en relief. Nous l'avons reproduit d'après Lajard (fig. 137) avec un agrandissement qui permet d'en saisir tous les détails. On voit se développer sur deux registres une scène de la plus grande naïveté et que notre gravure fait suffisamment comprendre. Le nom du propriétaire de ce cylindre paraît écrit au milieu du registre supérieur : « Bel-bin, Pasteur, » BeU-bin Riu.
f^iisque nous entrons dans les sujets de la vie réelle, il n'est pas sans intérêt de mettre en relief les œuvres des graveurs qui se sont attachés plus particulièrement à la représentation des animaux. Certains artistes ont évidemment, dans cette haute antiquité, formé une véritable école dont nous pouvons fixer le point de départ pour en suivre par la suite les développements. Cette école est aussi caractérisée que celles que nous avons indiquées; nousavons constaté àTorigine une série de rêveurs inventant des combinaisons monstrueuses, accouplements bizarres des êtres les plus divers : quadrupèdes ailés à tête d'aigles, métis aux formes humaines, capricieux assemblage de toutes les espèces, de toutes les familles vivantes pour produire des monstres. D'un autre c&té, nous avons vu les artistes d'Âgadé traiter avec un grand talent l'homme et les animaux, particulièrement le lion et le taureau, ces deux redoutables adversaires d'Isdubar et de Hea-bani. Puis, à Ur, des artistes qui , se confinant dans la représentation de la personne humaine, nous l'ont montrée dans des scènes de la vie religieuse. Les exigences du rite leur imposaient un type consacré et ils n'avaient plus qu'à le reproduire servilement suivant leurs aptitudes ; aussi leur inspiration se trouvait entravée par les nécessités d'un cérémonial officiel qui déterminait le rôle, la pose et même le costume des personnages. Dans leurs mains l'art est devenu un métier; de là des reproductions pour ainsi dire innombrables des mêmes sujets dans lesquels il n'y a de diS'érences que celles qui résultent de l'habileté pins ou moins grande de l'ouvrier.
D'un autre côté, nous devions rencontrer des écoles dont les adeptes se sont complus dans la scrupuleuse observation de la nature, et qui
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pourraient représenter, à côté des artistes o0ciels, si je puis leur donner ce nom, ou des artistes classiques, si on ne se méprenait pas sur le sens de cette appellation, les Naturalistes dont les produits sont très nombreux et très variés malgré les caractères qui les relient à une même école. Ils copiaient scrupuleusement leurs modèles ; ils savaient les voir, et les exécutaient naïvement, mais consciencieusement. Cette préférence apparaît surtout dans une école qui s'est consacrée à l'étude des animaux; je les appellerai des Animaliers. Pour nous convaincre de ce fait, nous emprunterons (fig. 138) d'abord un exemple à la Collection du duc de Luynes.
C'est un cylindre en marbre vert; il nous montre un taureau poursuivi dans une prairie aux grandes herbes par un lion qui l'a déjà saisi par une jambe de derrière, et qui lui pose une de ses pattes vigoureuses sur le dos. Rien de fantastique dans cette scène, le taurean et le lion sont scrupuleusement copiés sur la nature; l'indication du terrain est caractérisée par une plante assez fidèlement copiée, et dont on pourrait, au besoin, déterminer le nom scientifique. La manière dont le sujet est trmté est très caractéristique ; l'intaille révèle un soin tout particulier, et sur l'empreinte, les figures ont un relief très prononcé. L'artiste a procédé largement en indiquant par des plans savamment combinés le modelé des formes et le jeu des muscles. Nul détail ne trahit la précipitation ou l'inhabileté ; la trace de l'instrument disparaît pour ne laisser apercevoir qu'un résultat auquel nous ne saurions faire de reproches sérieux.
Cette œuvre n'est pas isolée ; je puis présenter dans le même genre un cylindre du Musée du Louvre qui se rattache ^videounent à