LES PIERRES OR.VTÉBS
C'est ainsi que la question philologique se déplaçant, pour ainsi dire appelait comme juges les artistes et les archéologues.
La solution ne s'est point fait attendre. Le développement artistique de cette époque nous est attesté désormais par les monuments que les fouilles de M. de Sarzec ont exhumés et se trouve aujourd'hui à l'abri de toute discussion. C'est bien là l'art qu'on cherchait et qu'on niait en même temps. Cet art avait cependant déjà des représentants, mais personne ne se serait avisé d'exhiber comme le produit d'une civilisation avancée ce torse mutilé du Musée Britannique qui laisse à peine deviner des formes humaines, et qui portait pourtant lisiblement écrit le nom de ce même roi, Kamuma, Patési de Zirgurla, dont nous avons aujourd'hui retrouvé le palais et les sculptures qui le décoraient.
L'art touranien, on l'a longtemps cherché, en voilà les échantillons; nous l'avions pressenti et nous avons souvent répété dans tous nos ouvrages qu'il ne fallait point se presser et qu'un coup de pioche dans la Mésopotamie-Inférieure pourrait nous fournir plus de clartés que tous les raisonnements et toutes les hypothèses. Ce coup de pioche, c'est M. de Sarzec qui l'a donné, et déjà une partie de ce qu'il nous a rapporté nous donne un résultat immense qu'il faut avoir désiré, attendu, comme nous Tavons fait, pour en sentir tout le prix.
Les choses de l'art ont cela d'avantageux, c'est qu'elles parlent une langue qui est de tous les temps et que chacun peut plus facilement comprendre que celle qui est traduite par des inscriptions dont la lecture est hérissée de questions paléographiques et philologiques difficiles à résoudre. Les échantillons que nous pouvons consulter ne ressemblent en rien à ce que nous connaissions de l'art antique; comparez nos statues chaldéennes à celles des premières dynasties égyptiennes, par exemple, à celle du roi Shafra du Musée de Boulaq dont on peut voir un moulage au Musée du Louvre; comparez encore nos statues avec la plus vieille statue assyrienne, par exemple celle de Salmanasar I", découverte dans les ruines d'Ellassar et conservée au Musée Britannique; ni l'Egypte, ni i' Assyrie ne nous ont fourni de pareils types. Si nous voulions les rapprocher de monuments plus modernes, nous n'aurions pour point de comparaison que les statues qui décoraient la voie sacrée des Branchides en Carie, et qui représentent l'état le plus ancien de la statuaire grecque; elles ne remontent pas au-
MONUMENTS DE ZtRAURLA.. S25
delà de l'an 550 avant J.-C. Je ne veux établir aucune filiation entre tous ces monuments j les artistes sont séparés par l'espace et par le temps de la manière la plus absolue. Si toutefois j'ai fait ce rapprochement, ce n'est point pour y trouver une ressemblance stérile; il y &, en effet, un rapport direct qui tient à la nature des choses. Partout et dans tous les temps les artistes commencent par une grande naïveté dans la pose, une grande simplicité d'ensemble, ce qui donne à leura œuvres une certaine ressemblance; les différences s'accentuent à mesure que, serrant de plus près la nature, ils individualisent de plus en plus leur pensée; dans chaque pays, à chaque épo- ^^'^' que, ils s'inspirent du milieu dans lequel
ils vivent et représentent les types plus ou moins réussis des personnages qu'ils ont sous les yeux. Les artistes des bords du Nil nous donnent des Égyptiens; ceux , du cours supérieur du Tigre, des Assyriens, de même que les artistes de la Carie nous donnent des Cariens ; il en sera de même des artistes de la Mésopotamie-Inférieure qui, au siècle de Kamuma, nous offrent des types contemporains.
En Carie, comme en Chaldée, le sol ne nous a rendu, 11 est vrai, que des statues décapitées; seulement M. de Sarzec, plus heureux que les fouilleurs de la Carie, a retrouvé des têtes, et nous pouvons ainsi apprécier les traits mêmes du peuple qui inspirait les artistes chaldéens (ûg. 1 43) . Jamais ces corps trapus, ces têtes au visage rond, aux pommettes saillantes, n'ont pu être l'image de ceux qu'on désigne sous le nom de Sémites, tels que les monuments antiques nous les ont fait connaître, et tels que la filiation les a perpétués jusqu'à nous dans ceux qui prétendent en représenter la descendance la plus pure. C'est ainsi que les monuments artistiques viennent résoudre de la manière la plus saisissante une question que la philologie et l'histoire avaient soulevée.
Cette digression était nécessaire pour comprendre l'état de la civilisation et particulièrement l'état des arts à l'époque oix nous avons arrêté notre attention. Les monuments de Zirgurla nous transportent à an âge qui dépasse les limites que les documents les plus anciens nous
226 LBS PIERRES ÛRATâsS.
permettaient d'entrevoir et dont nous ne pouvons plus soupçonner la date ; aussi nous nous demandons, sans pouvoir y répondre, si les tjpes des cylindres que nous avons étudiés ne sont pas de beaucoup antérieurs au rè^e de Kamuma? Dans tous les cas, ils nous permettent de relier ces vieilles traditions à celles que la Chaldée devait léguer à l'Assyrie, et que celle-ci devait développer un jour.
Maintenant pendant combien de temps ces types ont-ils été srnvis ; à quelle époque allons-nous nous arrêter pour en fixer la limite? Il est difficile de le préciser, car ici les monuments offrent une lacune analogue à celles qu'on constate dans l'histoire de l'Egypte entre certîûnes dynasties. En Chaldée, cette lacune se présente à l'origine même du Premier-Empire, à partir du jour où l'unité chaldéenne semble assurée, c'est-à-dire au moment oii Uammourabi a établi le siège de sa puissance à Babylone. Be cette première capitale chaldéenne, il ne nous est rien resté, et si nous n'avions pas la preuve de son existence primitive par la mention qui en est faite dans les textes, on pourrait en douter, car elle n'est même pas attestée par des ruines. Tous les monuments dont on exhume les débris dans la plaine de Hillah appartiennent aux rois du Second-Empire. Quoi qu'il en soit, nous avons encore dans les documents datés du règne de Hammoarabi des renseignements précis pour fixer l'origine de nos types ; c'est ce qui nous reste à faire connaître.
LARSAM.
«=IEr;T.
Larsam est une de ces villes antiques qui ne nous sont encore connues que par les textes assyro-chaldéens. Nous n'avons aucune pierre gravée portant le nom de cette localité; mais les fouilles ont mis au jour des monuments qui vont précisément jeter une lumière bien importante sur les cylindres que nous avons étudiés. En effet, nous les avions présentés comme les produits les plus anciens de l'art en Chaldée en nous appuyant sur les données qui résultaient de leur examen intrinsèque. Quelques-uns portaient avec eux la mention incontestable de leur origine et de leur provenance; leur baute antiquité n'aurait pu être contestée qu'en attaquant les documents les plus sérieux de l'bistoîre des anciens rois.
Cependant, tous les monuments que nous avons cités n'étaient pas époques avec la même précision, et j'ai dû avoir recours à des analogies pour ranger à côté d'un monument bien défini, un autre monument qui ne portait avec lui ni sa date ni son origine. Nous sommes loin d'avoir pu réunir tous les types qui paraissent appartenir à cette époque ; aussi, nous sommes restés en présence d'un grand nombre de cylindres dont les sujets s'écartent de ceux que nous avons décrits par la nature des scènes qu'ils représentent, mais qui s'en rapprochent par la manière dont elles sont traitées; cependant, nous avons pu faire un pas de plus pour quelques-uns et les circonscrire dans des limites rigoureuses qui résultent des renseignements que nous avons indiqués sur l'époque à laquelle ils appartiennent. Nous allons trouver maintenant des indications d'une autre nature sur des documents dont nous ne pouvons méconnaître la portée et qui vont servir de point de départ
228 LES PIERRES ORAvéES.
à des inductions nouvelles, soit pour confirmer les résultats auxquels nous sommes arrivés, soit pour les contrôler. Ce sont des empreintes que les Chaldéens eux-mêmes ont apposées avec leurs cylindrescachets sur des contrats d'intérêt privé. Nous possédons un certain nombre de documents de cette nature datés des règnes de Hammourabi, de son prédécesseur Rim-Sin et de son successeur Samsi-Iluna; ils nous donnent des dates précises pour nous fixer sur l'époque la plus récente à laquelle nous devons rapporter les types que ces empreintes nous ont conservés. Ces contrats ont été trouvés par M. Loftus dans les ruines de Senkereh ; il importe de rappeler les circonstances de cette découverte pour ne laisser aucun doute sur la haute antiquité du dépôt que nous allons explorer '.
Le village de Senkereh est situé à quinze milles au sud-ouest de Warka sur la limite extrême du grand désert qui s'étend entre les les marais formés par les inondations de l'Euphrate à l'ouest et le Shatt-el-Khar à Test. Dans la saison ordinaire, les eaux du Khar arrivent jusqu'à la base des ruines qui occupent un plateau circulaire de quatre milles et demi de circonférence ; le terrain s'élève graduellement du niveau de la plaine vers un monticule centrEil qui atteint une hauteur de soixante-dix pieds et qu'on aperçoit de Warka et des rives de l'Euphrate- Autour de cette masse principale on trouve plusieurs autres monticules qui attestent l'importance de la ville détruite ; cette ville est désignée dans les inscriptions par un complexe qui paraîtrait signifier La ville du Soleil. La transcription assyrienne se prononce Larsam; c'est probablement la cité désignée dans les fragments de Bérose sous le nom de Aaaotyx" ou Aay^^p* comme la patrie de Xisuthrus, le dernier des rois antédiluviens, suivant ces vieilles traditions.
Larsam devait être ainsi qu'Âgadé une ville très considérable dans laquelle les sciences et les arts étaient portés à un haut degré de culture. M. Loftus découvrit sur la terrasse de la grande plate-forme de nombreuses briques estampées au nom d'Urkham et de plusieurs autres rois de Chaldée. Il y découvrit également des cylindres en terre cuite qui nous font connaître à quelle divinité ce temple était
1 LsFTua, Travelt tmd Beiearekei tn Ghaldta and Suiiawt, p. 211.
consacré. C'est encore dans ces ruines qu'il découvrit les fameuses tablettes sur lesquelles on lit la suite des soixante premiers nombres élevés à ta deuxième et à la troisième puissance. Notons surtout quelques tablettes en terre cuite sur lesquelles on voit des sujets en relief représentant différents personnages et des animaux que nous allons bientôt étudier.
Enfin, M. Loftus exhuma d'un tumulus voisin qui porte le nom de Tell-Sifr (la colline du cuivre) une prodigieuse quantité d'objets en bronze; mais conime nous n'avions jusqu'ici aucun cylindre en pierre dure portant la mention de cette localité, nous l'aurions passée sous silence si ce n'est que la découverte des contrats dont nous venons de parler est venue nous apporter un renseignement exceptionnel sur les types des cylindres-cachets employés en Cbaldée à l'époque qui nous est indiquée par la date même de ces actes.
Ces documents étaient réunis avec soin dans une cachette qui n'avait pas été visitée depuis le jour oii les vieux habitants de Larsam lui avaient confié ce précieux dépôt ' . Trois briques crues étment disposées de manière à former un vide comme les branches de la lettre U. La plus grande tablette, mesurant six pouces un quart de long et trois de large, était placée sur cette fondation, et les deux suivantes à angle droit sur la première. Le reste des tablettes était empilé sur des briques et entouré d'une natte de roseaux dont tes traces étaient encore visibles sur quelques-unes des tablettes; le tout était recouvert de trois briques crues. Ces précautions expliquent l'état de conservation de la plupart des tablettes. 11 pouvait y en avoir à peu près une centaine, soixante-dix étaient ou complètement intactes ou légèrement endommagées; elles, ne portent pas toutes des empreintes de cylindres et encore celles que nous y rencontrerons sont fragmentaires. Quelquefois l'empreinte est répétée, et il est facile alors de restituer la scène; dans tous les cas, chaque détail est précieux à recueillir ; aussi, nous n'avons pas cru devoir négliger les vestiges mêmes d'un accessoire ou d'un symbole.
Tous ces contrats sont rédigés sur l'argile comme les documents mésopotamiens, et très certainement par un scribe spéciîd en présence
■ LoFTUS, Travcls and Researahet in Chaldea and Suiiatta, p. £71,
330 LES PIERRES aRATl^ES.
des parties et des témoins qui sanctionnaient la sincérité des coaTentions; puis, les parties et les témoins y apposaient leur cachet ainsi que le scribe en roulant plus ou moins adroitement leurs cylindres sur les marges du contrat lorsque l'argile était encore tendre. Enfin, le document était livré à une cuisson intelligente qui rendait indélébile la rédaction des conTentions.
Ces contrats présentent une particularité qui n'a pas encore été expliquée d'une manière satisfaisante (fig, 144) : ils sont enveloppés d'une couche d'argile sur laquelle on a reproduit les termes du contrat ainsi renfermé, avec les mêmes clauses, les mêmes formalités, les mêmes cachets, plus nombreux cependant parce que l'espace était plus étendu. Nous ignorons, la cause de cette précaution'; serait-ce pour assurer l'inaltérabilité des conventions et pour pouvoir en cas de contradiction sur le titre apparent, briser l'enveloppe et recourir au texte ainsi préservé? Les textes sont rédigés dans la vieille langue des Sumers ou des Akkads qui était encore en usage dans le peuple pour les transactions d'intérêt privé *, tandis que les rois rédigeaient déjà leurs documents dans les deux langues, celle des Sumers qui tendait à disparaître,
' Empreintts de oylindra (usyro-chaldéeTa, eit. des Arohives des miniont icientifiques, 3" lérie, t. V.
< Imagîne-t-OD, an afTet, des particuliers se prdGentant devsnt un Notaire pour rMiger leura transacUoDS dans une langue conveotiotinelle que les parties ce ce m prendraient pa«, et qui «'écrirait avec des signes que le notaire lui-même comprendrait àpeiceen a'eObrjaat de les combmer de manière à rendre sa rddactiou inintelligible *
celle des rois de Chaldée qui allait devenir la langue nationale'. Y a-t-il une preuve plus évidente de l'existence d'une langue véritable dans laquelle le rédacteur, les témoins et les parties intéressées devaient au moins s'entendre? Si le contenu des actes résiste encore à une traduction suivie, nous sommes renseignés d'une manière précise sur la date de leur rédaction qui ne donne prise à aucune équivoque. La formule qui contient cette date par l'indication du jour et du mois, en se référant à un événement remarquable du règne du souverain, est toujours exprimé par des idéogrammes dont on a dégagé depuis longtemps la signification.
Les sujets qui se rapportent aux animaux fantastiques que nous avons étudiés sont peu nombreux.
Sur un beau contrat du règne de Hammourabi, marqué B. 52. a,
au Musée Britannique, daté du 4' jour du mois Adar (Février) de
Fig. 145. Tannée pendant laquelle Hammourabi, le Roi, a res-
« taure le temple Bit-mit-urris et la grande Zigurrat
' du dieu Zamama, nous trouvons trois fois répétée la
dernière partie de l'empreinte d'un cylindre sur lequel
on voyait une scène d'animaux fantastiques (Fig. 145).
Il ne reste qu'un lion dressé sur les pattes de derrière
. qui parmssent terminées par des pieds d'homme, et
qui appuie les membres antérieurs sur un autre animal ; derrière le
lion, un personnage debout dont on ne voit que le dosj enfin, dans
le champ, une tête humaine (Conf. fig. 96, supra).
Un document dont la date a disparu, mais incontes-
Fig.146. '^ '
tablement de la même époque, nous montre sur une enveloppe marquéeB. 45. a, les traces d'un quadrupède ailé, les pattes appuyées sur le dos d'un autre animal peu visible qui doit être une gazelle; dans le champ, un petit animal, peut être un hérisson (fig. 146). Ces données sont d'autant plus précieuses que les cylindres sur lesquels nous avions observé les animaux fantastiques {Conf. fig. 96, 110, 131, 132 et pi. IV, n" 4), ne portent aucune
1 Amuub, Vne Ituoription de Satnmoarabi, dan» I« lUoueil des trœrov* rtlatifi à la phiMogit rt 4 l'archéologie igy;ptie<nnei «t attyrteninn, t. 1, p. 190.
233 LBa PIERRES QRAVÉBS.
inscription, et dès lors rien ne pouvait garantir l'hypothèse qne qods avons émise sur l'époque que nous devions leur attribuer ; maintenant nous pouvons donc affirmer qne l'origine de ces types est antérieure au règne des rois du Premier-Empire de Babylone.
Pig. ui. Leg empreintes que nous rattacherons aux sujets
mpruntés aux légendes sont plus rares ; nous n'en itérons qu'une seule que nous trouvons sur une tablette irisée, marquée B. 100, dVne belle conservation, mais lont la signature a disparu. L'empreinte (fîg. 147) laisse
^ roir un personnage de face luttant contre un lion renversé
qu'il tient la tête en bas par une des pattes de derrière et par la queue ; c'est un épisode de la légende d'Isdubar et de son compagnon Heabani analogue à ceux que nous avons déjà signalés {Conf. fig. 43, 47, supra). Entre le lion et le personnage, on distingue, en caractères cunéiformes du style monumental de Babylone, le nom du dieu Siu qui commence ou termine un nom d'homme j mais ces caractères figurant en relief sur l'empreinte appartiennent évidemment à un autre cylindre dont le sujet nous est inconnu '.
^' ■ Les empreintes que nous pouvons rattacher aux
sujets empruntés aux cérémonies religieuses sont les plus nombreuses.
Nous citerons d'abord sur le beau contrat de Hammourabi, que nous avons déjà indiqué, la trace
. du cachet d'un nommé Abil-Sin, fils de Sin~ba-an-
se, le deuxième témoin du contrat (fîg. 148). Il nous serait permis de compléter le sujet de la scène, car il s'agit évidemment d'une de ces cérémonies religieuses si fréquemment traitées par les artistes de Ur (Conf. fîg. 73, supra), et dont on trouve des spécimens plus ou moins nombreux dans toutes les collections ; nous voyons à gauche de l'inscription le dos d'un personnage assis sur un scabellum , et à droite la trace du dernier personnage de la cérémonie debout dans la pose de
>■ Rem&rqaonE ici que c'est cette dispoeition de l'icriture sur les cyliadrcE qui a causé \et plus grandi emb&rraB aui premiera iiit«rprâ(«t sur le secs dans lequel oa devait la lire; pour être logiqas, lei caracléras auraient dCl être eulevâs en relief sur le cylindre, mais od comprend let difficultés d'eiécuiioD de rinlaille devant lesquelles les artistes CbaldAeos ont dû reculer.
l'adoration. C'est la même empreinte que nous remarquons sur la tranche d'un autre contrat marqué B. 71. o. Nous trouvons au-dessous celle d'un cylindre dont l'inscription seule est visible (fig. 149). En complétant le développement de la première empreinte, nous aurions Fig, 149. encore une scène analogue à celle que nous venons
d'indiquer et qui est si fréquente sur les cylindres des artistes de Ur (Conf. fig. 63, 75, 83, supra). A Tépoque de Hammourabi, les types des sujets que nous avons localisés étaient depuis longtemps répandus dans toute la Mésopotamie et reproduits, avec une disposition que les exigences du rite imposaient nécessairement à l'ensemble, mais qui devaient se caractériser par des détails dans la pose et dans le costume; ces détails permettront un jour de déterminer la localité particulière à laquelle nous devrons rapporter ces ouvrages ; nous sommes forcé, pour le moment, de les ranger dans une vaste synthèse qui comprend toute la Mésopotamie Inférieure à l'origine du Premier-Empire.
Fig. iM. Nous devons tout particulièrement relever sur la
tranche supérieure d'un beau contrat du règne de Rim-Sin, marqué B. 40. a, la trace d'un personnage intéressant (fig. 150). 11 est tête nue, vêtu d'une tunique courte, et présente de la main droite une coupe, tandis qu'il porte de la main gauche un panier destiné aux offrandes. Nous avons vu que ce personnage se rencontre dans une cérémonie que nous avons rapportée à Técole de Ur (Conf. fig. 85, 89, supra, et pi. IV, n" 3), mais rien ne nous permettait de déterminer l'époque à laquelle il avait pu y être en usage. Cette indication est donc du plus haut intérêt puisque le type de ce personnage ne se trouve sur aucun cylindre chaldéen d'une date certaine, et qu'il figure fréquemment sur les bas-reliefs des palais assyriens'» Ici l'incertitude disparaît puisque nous avons la preuve qu'il est antérieur au règne de Hammourabi.
I Noua &TioDS ainsi considéré à lort ce pereonnage onune propre à l'Au;ri«. — . Conf. Catalogue des Cylindres d» îintie de la Haye, p. 8.
Î34 LES PIERRES CtRATÉES.
Rg. 161. Lgg autres empreintes nous montrent les traces du per-
sonnage dans la pose de l'adoration ou de la prière ; l'une d'elles (fîg. 151) mérite notre attention par U disposition de l'inscription.
Cette empreinte est apposée sur l'enveloppe d'un contrat marqué B. 80. o, et trois fois répétée dans la marge à gauche; elle pariùt appartenir à trois contrats différents; mais l'inscription placée entre les personnages permet de restituer la scène dans son entier. Les trois lignes, au lieu d'être gravées derrière la scène, sont tracées dans le champ (Conf. fig. 46, 61, 137). En suivant la disposition même des empreintes il est facile de comprendre l'ensemble du sujet et de suivre l'inscription qui nous donne :
< Belja,âls de Sin-magir, serviteur du dieu Kum-xt [le dieu du Feuf). »
Pig. 161 6«.
Nous voyons alors que le personnage de gauche de la première empreinte devient le personnage de droite de la seconde, et celui de gauche de la seconde, le personnage de droite de la troisième, ce qui permet de restituer le développement du cylindre (fig. 151 bis),
'^' Sur la tranche supérieure d'un contrat marqué B.
79. b, nous trouvons le reste d'une scène analogue (fig. 152). A gauche de l'empreinte nous voyons un personnage debout dont on ne distingue que le bras et la jambe du côté gauche, et qui doit être semblable & celui du cylindre précédent; à droite, un personnage les mains élevées dans la pose de l'adoration. Il est évident que le personnage qui manque pour compléter la scène doit être un de ceux que nous connaissons déjà, mais qu'il serait téméraire de préciser. Entre les deux personnages nous trouvons trois lignes de caractères qui