‹ Les pierres gravées de la Haute-AsieChapitre 4 sur 31 · MONUMENTS DU PREMIER EMPIRE DE CHALDÉE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DU PREMIER EMPIRE DE CHALDÉE

Salve, magna pareui Ihigum, Satorala U Magna liniin ; tibi rsa anliqaB laadia at iDgradlor, aanclos anaui reclads» foDUn

C'est la Chaldée qui va d'abord attirer notre attention; c'est dans le berceau d'une des plus grandes civilisations dont l'existence se relie à la nôtre, que nous allons étudier les pierres gravées et essayer de comprendre, d'après les indications qu'elles vont nous fournir, ce q^e l'art pouvait être il y a quarante siècles j mais, pour apprécier la valeur des monuments et des idées qui les ont inspirés, jetons d'abord un coup d'œil sur le sol.

U faut, en effet, tenir compte dans les manifestations de l'art da milieu dans lequel elles se produisent. On l'a reconnu depuis longtemps : l'artiste est l'esclave de son pays, de son époque, des idées qui circulent, de la terre qu'il habite, de la matière qu'il pétrit, des instruments qu'il emploie ; aucun art, même le plus intellectuel, ne peut s'affiranchir de ces données.

Suivons donc un instant le cours des deux grands fleuves qui forment les limites de la Mésopotamie. Le Tigre et l'Euphrate prennent leurs sources en Arménie, aux monts Niphates, la plus élevée des chaînes de montagnes qui courent entre le Pont^Euxin et la Mésopotamie. Ils

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coulent d'abord parallèlement l'un à l'autre, l'Euphrate à l'ouest, le Tigre à l'est dans la direction de l'Assyrie. Au-delà de Malatiyeh, l'Euphrate tourne brusquement au sud-ouest et se fraye un passage à travers le Taurus comme s'il voulait rejoindre la Méditerranée ; puis il incline vers le sud-est dans la direction du Golfe-Persique. Au débouché des montagnes, le Tigre se dirige immédiatement au sud et se rapproche graduellement de r Euphrate ; à la hauteur de Bagdad, les deux fleuves ne sont plus séparés l'un de l'autre que par une faible distance. Après avoir parcouru une dizaine de lieues dans un terrain bas et uni, ils s'écartent de nouveau et ne se rejoignent que beaucoup plus bas, à Komah, pour former alors le Shatt-el-Arab en se jetant dans le Golfe-Persique.

Les eaux du Tigre et de l'Euphrate sont grossies par d'importants affluents. Dans la partie moyenne de son cours, l'Euphrate est rejoint sur la gauche par le Balikh et le Khabour qui descendent des monts Masiûs. Le Tigre reçoit sur la gauche le Kentrite, le Zab supérieur, le Zab inférieur et le Gyndès.

Les vallées du Tigre et de l'Euphrate ont été le siège de plusieurs empires puissants et rivaux : l'Assyrie au nord et la Chaldée au sud, à l'est la Susiane. Ces empires se soat disputé pendant plus de quinze siècles la suprématie de la Haute-Asie.

La nature du sol est bien différente dans ces contrées. L'Assyrie est un pays montueux qui s'étend dans la partie moyenne du bassin du Tigre depuis le confluent du Kiouruib jusqu'aux plaines de la Chaldée. La pierre abonde et de nombreuses carrières de gypse et de marbre ont pu fournir aux rois d'Assyrie les matériaux nécessaires pour élever leurs splendides demeures,

La Chaldée et la Susiane occupent la partie inférieure du cours des fleuves ; c'est un pays tout autre dont la formation préhistorique peut être appréciée par les géologues. Le bassin du Tigre et de l'Euphrate n'a pas eu, à toutes les époques, l'aspect qu'il présente aujourd'hui. Au commencement de notre période géologique, les deux fleuves qui descendent des montagnes de l'Arménie, après s'être rapprochés, couraient pendant l'espace de cinq degrés dans une grande plaine de formation secondaire dont Textrémité méridionale dessinait le rivage

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de la mer, et se jetaient l'un et l'autre dans une immense baie qui prolongeait les bords du Golfe-Persique, à l'est, jusqu'au! contreforts des montagnes de l'Iran , et , à l'ouest , jusqu'au pied des hauteurs sablonneuses qui marquent la limite du plateau d'Arabie. Comme on le voit, toute la partie inférieure de la vallée n'est qu'un terrain relativement moderne, formé par les dépôts du Tigre et de l'Euphrate et par ceux des rivières qui, après avoir eu pendant un certain temps un cours indépendant et avoir contribué à combler la mer dans laquelle elles sejetaient, se sont réunies au cours des fleuves et en sont devenues des affluents. On a constaté que le Delta du Shattd-Arab avance rapidement ; dans les circonstances actuelles, l'accroissement du rivage augmente à peu près d'un mille anglais en soixantedix ans. La pierre est rare dans ces contrées ; on ne peut se la procurer qu'en remontant les cours d'eau, et eu transportant péniblement les produits naturels des montagnes dans cette plaine oii l'argile seule s'offre à l'industrie des habitants.

Lorsque l'alluvion devint habitable, elle forma une immense plaine basse dont aucun accident ne rompait la monotonie. L'Euphrate, mal encaissé dans ses rives, débordait à droite et à gauche et se frayait des branches dont les unes allaient rejoindre le Tigre tandis que les autres se perdaient dans les marais. L'état actuel de ce pays, abandonné par la civilisation, donne une idée de ce qu'il pouvait être avant que la civilisation ne s'y soit développée. Une partie du sol, toujours privée d'ean, se durcissait sous les rayons d'un soleil torride tandis qu'une autre disparaissait sous les sables que le vent chassait du désert. Le reste n'était plus qu'une suite de lagunes empestées envahies par les roseaux et les joncs ^.

La Mésopotamie inférieure, produit d'une formation géologique qui exclut l'idée d'une race autochtone, a été peuplée par des colonies successives dont l'histoire a perdu la trace. 11 y eut d'abord une grande quantité d'hommes de nations différentes qui colonisèrent la Chaldée '. Quels furent les premiers habitants qui se fixèrent dans ces plaines ? Nous l'ignorons évidemment; tout ce que nous pouvons comprendre,

' Latard, Diieoveries in the ruîm of Nineveh and Babylon, p. iffl-inb. * BiROSB, Frag. I, 2, M. UuIUr.

c'eat que ces courageux pioaniers ont dû déployer une énergie et une persévérance des plus opiniâtres pour faire de ce pays désolé un des plus riches, sinon le plus riche de l'univers '.

Suivant les traditions bibliques, ce sont les fils de Sem qui, après le Déluge, descendirent des montagnes de l'Arménie pour s'établir sur les bords de l'Euphrate, tandis que les fils de Cham et de Japhet allèrent au loin peupler le monde. Si nous abandonnons ces traditions pour suivre les indications des légendes chaldéennes, nous verrons qu'on pourrait supposer que ce sont des peuples venus du Midi qui débarquèrent dans le Oolfe-Persique pour civiliser ces contrées.

Le nom des plus anciennes populations qui vivaient dans la Mésopotamie inférieure au moment où nous pouvons consulter les données historiques se trouve consigné dans les documents émanés des rois mêmes qui les ont gouvernées. Ce sont les peuples des Sumers et des Akkads, « NisiSumerim auAkkadim. » Quels étaient ces peuples? d'où venaient-ilsî à quelle branche de la grande famille humaine pouvons-nous les rattacherî L'histoire le dira un jour; il est peut— être prématuré de le discuter aujourd'hui.

Les peuples des Sumers et des Akkads appartenaient-ils à deux races différentes ? Leurs noms répondent-ils à une désignation géographique ou à une nécessité ethnographique ? Il est assez difficile de se prononcer. Dans tous les cas, ils jouissaient déjà d'une civilisation très avancée; ils pratiquaient un système d'écriture très compliqué, à l'aide duquel ils nous ont transmis des renseignements précieux sur leurs coutumes, leur littérature, leur religion et leur histoire. Ils parlaient une langue dont nous possédons de nombreux fragments et qui paraît appartenir à cette famille dont V agglutination des formes est le principal caractère. Malheureusement cette langue échappe encore à une interprétation directe ; nous n'arrivons à la comprendre que par les traductions assyriennes qui sont parvenues jusqu'à nous.

Lorsque nous pouvons saisir les vestiges de cette vieille civilisation, nous nous trouvons transportés à un âge que les données historiques n'avaient pu atteindre jusqu'ici. Pourtant le cours des eaux est déjà régularisé par de gigantesques travaux dont nous trouvons la mention

> HiKODOTB, liv. 1, ch. 19&

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et la trace ; de nombreux canaux siUouneat les vallées; des villes riches et puissantes s'élèvent çà et là sur leurs rives : Ur, Urku, Larsam, Sippar, Babylone et d'autres dont les noms surgissent dans les textes et dont nous cherchons la place. Autour de ces villes se groupent de petits Etats régis par des souverains qui portent les titres de Eiu, de Patési, de Sakkanaku, tantôt indépendants, tantôt tributmres d'un des grands centres qui tendaient à se former. Partout les sciences, les arts sont cultivés et atteignent un épanouissement dont l'éclat a fait la gloire traditionnelle de laChaldée.

Nous savons, en effet, qu'à une époque déjà vieille pour les Chaldéens qui nous transmettent ces renseignements, les savants du pays des Sumers et des Akkads avaient construit des tables gui nous donnent la série des soixante premiers nombres élevés à la seconde et à la troisième puissance ^ Il est certain qu'ils avaient déjà calculé la périodicité des éclipses * et qu'ils pouvaient se rendre compte de la précession des équinoies. Or, ce n'est pas en vain qu'on dresse des tables des puissances des nombres, et nous apprendrons peut-être un jour le parti que les Chaldéens ou leurs maîtres, les hommes des Sumers et des Akkads, devaient en tirer. D'un autre côté, on ne devine pas les données des problèmes ïistronomiques que nous venons d'indiquer j ces données reposent sur une série d'expériences poursuivies depuis des siècles et pendant lesquels nous ne saurions voir la science s'arrêter ou s'interrompre sans reculer encore le point où elles ont commencé, dans un passé que nos calculs ne peuvent atteindre.

A côté des hommes qui peuplaient alors le pays des Sumers et des Akkads, nous trouvons des individus d'une autre race qu'on regarde comme les descendants directs des fils de Sem. Ce sont les hommes de Chaldée {Kalda admî) dont la domination croissante allait bientôt s'étendre sur tout le territoire du cours inférieur de l'Euphrate. Ils parlment une langue qui diffère essentiellement de celle des hommes des Sumers et des Akkads et que l'on range dans cette famille désignée conventionneUement sons le nom de langues sémitiques. Il a dû exister

1 W.A.I. IV, pi. 40 et BuiT. — Noua renvoyons poar Isa taitas au grand R«cneil publié par le UoiéB Britannique, sons le titre de TKe cun^iform Jmoriptiatu of Weitem A$ia, que Dou indiquons aioti.

» W.A.I. m, pi. 51, n" 1 et !. et iniv.

entre les peuples des Sumers et des Akkads, d'une part, et les peuples de Chaldée, de l'autre, des guerres acharnées qui se sont terminées par le triomphe des hommes de Chaldée.

Ces hommes de Chaldée avaient pour eux la force; mais nous pouvons constater que leur civilisation était moins avancée que celle des peuples des Sumers et des Akkads. Connaissaient-ils l'écriture î II est permis d'en douter, car ils se servirent de celle des peuples vaincus ; ils s'accommodèrent de leurs lois, se targuèrent de leurs sciences, adoptèrent leur religion, et, ainsi greffés sur les peuples des Sumers et des Akkads, ils grandirent à leur tour en donnant à cette société vieillie une vitaUté nouvelle. Cette histoire est assez confuse ; les hommes de Chaldée ont été longtemps confondus avec l'ancien peuple des Sumers et des Akkads ; ils n'ont eu une prépondérance véritable qu'au moment où Hammourabi a soumis à son sceptre tous les petits États rivaux et a fixé le siège de son empire à Babylone. Nous voyons alors les rois vainqueurs usurper les titres des rois vaincus, et la population chaldéenne prendre la place des anciens maîtres du pays.

Que reste-t-il de cette époque î Les ruines des grands monuments sont rares en Chaldée ; l'architecte n'avait à sa disposition que des briques et ne pouvmt se procurer qu'à grand'peine le gypse, le marbre ou le porphyre; aussi, quand des générations nouvelles ont voulu construire de nouveaux palms autour des palais abandonnés, les constructions antiques devinrent des carrières qui furent exploitées pour élever des cités nouvelles. Que sont devenus les débris de la puissance des peuples des Sumers et des Akkads? Nous les trouverons peut-être un jour dans les ruines de Sippar, de Ur et des grandes villes du Premier- Empire. Il ne nous est rien parvenu de la Babylone primitive, mais nous savons que Séleucie, Ctésiphon, Bagdad, trois capitales, se sont successivement élevées à 'l'aide des débris des palais de Nabuchodonosor. Nous ne soupçonnerions pas l'importance du développement artistique que la civilisation avait atteint dans ces contrées et à cet âge, si les pierres gravées n'étaient pas parvenues jusqu'à nous.

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