‹ Les pierres gravées de la Haute-AsieChapitre 5 sur 31 · LES LEGENDES · texte numérisé non relu

LES LEGENDES

Après nous être ainsi rendu compte du sol même de la Chaldée nous devons indiquer les idées qui ont inspiré les monuments que nous nous proposons d'étudier. Elles reposent sur des traditions dont l'origine remonte à l'antique civilisation des Sumers et des Âkkads et dont les inscriptions nous ont conservé le souvenir; elles embrassent le dogme, le culte, la superstition et la science, la vie publique et privée, en un mot, toutes les branches de l'activité humaine. C'est un rare bonheur pour l'archéologue de pouvoir remonter à des sources aussi pures ; n'oublions pas, en effet, que nous sommes à une époque antérieure au trentième siècle avant notre ère ! Mais c'est d'hier seulement que nous sommes en possession de ces renseignements, et les idées qu'ils renferment ne sont pas encore assez connues pour qu'il nous soit permis d'aborder directement les sujets qu'elles ont inspirés sans rappeler l'ensemble des documents qui nous les ont transmises. Nous y reviendrons dans le cours de cet ouvrage, à mesure que nous aurons besoin de les mettre en lumière.

Les documents relatifs au Dogme sont assez nombreux ; ils nous révèlent un panthéon si vaste qu'il est encore impossible d'en formuler la hiérarchie. Nous nous bornons à inscrire des noms, quelques fois des attributs , et quand nous voulons préciser une divinité, les traits caractéristiques nous manquent; c'est tout au plus si nous pouvons indiquer les images de trois ou quatre divinités.

Le culte est à peine connu , mais nous avons des fragments admirables d'hymnes adressées aux Dieux protecteurs, dans lesquelles le sentiment religieux déborde et s'épanche en accents sublimes. D'ailleurs l'évolution religieuse était complète dès cette époque, car, à côté de ces élans d'adoration pure et de respect envers les divinités, nous voyons que les idées superstitieuses occupaient une grande place dans l'esprit des anciens habitants de la Chaidée. Il nous est parvenu de nombreux fragments d'un grand livre d'astronomie ou plutôt d'astrologie, rempli d'indications sur les présages qu'on peut Urer de la posi-

40 ' l'Es PIERRES GRAYÉES.

tion des astres on de l'observation des phénomèoes de la nature. Nous j trouvons aussi des incantations, des formules auxquelles on accordait un pouvoir surnaturel. De même que les spleudeurs du culte ont inspiré les artistes chaldéens, de même ces superstitions ont eu, à leur tour, une influence sérieuse sur leurs œuvres, mais il nous sera bien difficile d'apprécier dans quelle mesure.

Quant aux légendes , elles nous donnent des renseignements plus explicites ; quelques-unes nous sont parvenues dans leur entier. Ce sont en général des traductions de textes écrits dans la langue des SumersetdesÂkkads. Nous ne les connaissons que par les traductions assyriennes qui ont ^té faites au temps d'Assur-bani-pal, et dont nous retrouvons les débris daas son palais.

Parmi ces légendes, mentionnons d'abord celle qui était désignée' dans la Bibliothèque de Ninive, sous le titre de Enuva (Jadis, Olim); la première tablette commence par ce mot. C'est ce récit merveilleux qui nous entretient de la Genèse chaldéenue ; il satisfait sans doute notre ardente curiosité sur la cosmogonie antique, mais, à cause de son état de mutilation, rien ne nous permet de savoir comment on expliquait l'apparition de l'homme et des animaux sur notre globe ; pour combler cette lacune, nous avons, il est vrai, les fragments de Bérose qui nous ont été conservés par ses compilateurs : si son texte n'a pas été altéré par ceux qui nous l'ont trïinsmis, on peut y accorder une certaine conâance'.

Suivant les vieilles traditions rapportées par Bérose, les Chaldéens se considéraient comme le peuple le plus ancien du monde ; ils plaçaient Torigine de la civilisation dans les contrées arrosées par le cours inférieur de l'Euphrate. Au commencement du monde , une divinité bienfaisante, moitié homme, moitié poisson, sortait de la mer Erythrée pour venir sur les bords du Golfe-Persique enseigner aux hommes, suivant leurs besoins, les éléments des sciences et des arts. Le culte de cette divinité, populaire à toutes les époques, s'est répandu en Assyrie et en Chaldée, tantôt sous le nom d'Oannès, tantôt sous celui de Dagon, mais toujours avec le même caractère'.

l HiTKT, Mémoire sur la date det écriti qui portent te nom de Bérose et de Manéthon.

Paris, 1873.— P. Lbhormant, Ettat de Commentaire des Fragments de Bérose. Paris, 1871.

* BÈB-OBB, Prag. I, apud LbStncbllb, p. S8. — Edsèbb, Armen. akron., p. S, ëd. Uai.

Page 1