LES PIERRES ORA.VE!BS
se compose de deux lignes : la première renferme les caractères ni-laak dans leur forme archaïque grossièrement ébauchée à la pointe. Ce n'est point un nom propre. La seconde ligne comprend les caractères nw-tV-pa dans lesquels le graveur s'est déjà écarté de la forme linéaire et a accentué l'apex : quant à la signification de ces signes, nous savons qu'ils font partie d'une formule magique contre la fièvre '. Cette inscription nous révèle donc le caractère talismanique attribué au cachet.
Je citerai maintenant un cylindre en jaspe vert publié par Lajard (Mitkra, pi. 35, n" 11) qui présente deux scènes symétriques et identiques (fig. 46) de la lutte de Hear-bani, parce que l'inscription est encore très intéressante à étudier.
On reconnaît sans doute Hea-bani qui combat contre le lion dressé devant lui et qu'il saisit par les membres antérieurs. Le sujet est toujours le même, seulement Hea-bani n'a plus sur la tête les cornes de taureau ni les oreilles d'animal ; il paraît coiffé d'un chapeau rond aux bords retroussés et porte une barbe droite et tombante. C'est une exception que nous n'avons pas rencontrée ailleurs '.
L'inscription qui rappelle dans une certaine partie la disposition des artistes d'Âgadé se termine dans le champ. Je crois distinguer deux moments dans la rédaction de cette inscription ; elle renferme d'abord deux lignes exactement semblables à celles du cylindre précédent (fig. 45) ni-la-ak, nu-it-pa. C'est donc encore une amulette contre la
1 D'après Ift crojanca eh&ldé«DDa, toutet les m^adiei bodI l'œuvre de démonB; l'Itpa est na génie mairaiEaDtqni Uinrmenta le corps de l'homine. La traaEcriptioa aseyrienne de cel allophone, atahkii, nom apprand qu'il s'agit de la fièvre. Noue reriendrona du reate bot ce cAU intéreasiuit d«« roonumenta que dou» étudient.
* Le tujet et(-il bien renduT Noua ne coanaiiaonE pas l'original, ayant appartenu, d'aprèa Lajard, à H."^ Sibjlle Mertens.SchaaffhauBen ; nous n'avona pn le retrouver encore.
ISDUB&R BT HEA.-BANI. 89
âèvre ; mais le nom du possesseur du cachet fait défaut ; on y Ut simplement sa qualité de Tipsar, et, derrière les personnages, sa filiation habal Isma-Hu < fils d'Ismaël. »
Notons en passant le nombre prodigieux de monuments qui représentent Isdubar et Hea^-bani. N'est-il pas évident que cette scène avait, outre son intérêt légendaire, une vertu secrète aux yeui du cbaldéen crédule qui s'en parait et qui résulte du caractère même des personnages? En efiêt, Hea-bani apparaît toujours dans la légende, soit pour expliquer les songes, soit pour fortifier Isdubar. Nous ne relevons, du reste, celte particularité que parce qu'elle accroît à nos yeux l'importance talismanique de ces cylindres et qu'elle en explique la multiplicité.
Nous sommes loin d'avoir reproduit tous les types sous lesquels les artistes ont voulu représenter la figure d'Isdubar et de Hea-bani; pour nous rendre compte de ces différences, reprenons notre type d'Agadè sur un cylindre d'un travail qui, tout grossier qu'il est, va cependant nous servir de guide pour suivre l'interprétation de la légende.
Fig. 48.
C'est un cylindre de la collection du duc de Luynes (fig. 47) qui se rapproche, en effet, de ceux de cette localité. L'artiste n'a pas achevé e taureau dont l'absence n'est pas due à un défaut de la pierre, mais
90 LES PIERRES aRATBBS.
nous avons la figure complète d'Isdubar ; quant à la lutte de Hea-bani contre le lion, elle ne souffre pas d'équivoque.
Citons un autre exemple qui va nous donner un type différent (fig. 48): c'est un cylindre en serpentine brune de la Bibliothèque Nationale (Cat., n' 903) dont le travaU est assez délicat.
Isdubar lutte contre le taureau tandis que Hea^bani est aux prises avec le lion. Une inscription en caractères archaïques sépare les deux scènes, et à l'autre extrémité du diamètre du cylindre noua voyons un serpent ; dans le champ, un oiseau et an scorpion. La scène est bien caractérisée dans son ensemble; seulement, le taureau n'est pas le même : nous n'avons plus cet animal aux longues cornes ; l'artiste a eu évidemment en vue un autre type ; nous le retrouvons sur le cylindre suivant de la BiblioUièque Nationale, en marbre vert, non classé
L'animal appartient à cette race bien définie par la forme de la tête et la disposition des cornes, ainsi que nous l'avons indiqué sur le cylindre précédent. Hea-bani n'a plus également le même caractère; sa croupe de taureau s'allonge derrière lui et le rapproche davantage de l'animalité.
Quant à Isdubar, nous l'avons vu peu à peu perdre son allure héroïque, et maintenant il est réduit au rôle de simple mortel; le voici vêtu d'une tunique courte, portant des chaussures dont le bout recourbé ' rappelle le costume des personnages qui figurent parmi les captifs du
1 Cette particolariU ne me paraît pai pr^aenter dq car acUre Boffliant pour déterminer par Ba présence l'origine d'un cjlindre. Comparai, pour apprécier ce détail. In bas-reliefs de Ptérium (TiziBB, Aiit Minetire, pL, 1, 4) a^ec le* ba«-relie& de Nimrond (Uihbbll, CoII«ott'on pAot., pi. 358). — Voyez encore Pskrot, Eaiploration atvhéologigite de la Oalatie,yl. 10, 88, S6 et S9,.et >iirt«nt ses Uémoira d^AralUologU, SÈpigraphU et dîHUtoire, p. 52-53.
IBDVBAR ET HBA-BAHI. 91
snà de la Mésopotamie, dans les bas-reliefs de Nimroud, et qu'on retrouve dans les sculptures de certains monuments de l'Asie-Mineure. Un cylindre en marbre noir de la Bibliothèciue Nationale ne nous donne plus que le soupçon de la légende (âg. 50) : il présente deux scènes toujours symétriques : dans l'une c'est peut-être Isdubar qui lutte contre le taureau, mais alors il est à peine reconnaissable tant il est différent du type qui nous est familier. Il maintient d'une main Tigoureuse un taureau remarquable par ses grandes cornes droites et détourne la tète pour prêter attention à la seconde scène, qui nous montre le combat d'un lion contre un ibex facile à reconnaître à ses coruM recourbées.
Pig. BO.
Enfin, non pas pour épuiser la série des sujets qui se rapportent à la légende d'Isdubar, mais pour donner une idée de la variété qu'ils comportent, je citerai (fig. 51) un cylindre du Musée de La Haye (Cat., n" 4, 124) où nous reconnaissons à peme Hea-bani d'une part luttant contre le lion traditionnel, et de l'autre se tenant vis-à-vis d'un animal qui parait être une gazelle.
LBI8 PISBRE3 aRA.TÂBS.