partie de l'ère diluvienne [fig. 35 et 36). Les glaciers
des Alpes se seraient ainsi étendus jusqu'à Lyon, le long
Ion» île celle
Je la vallée du Rhône, et sur tout le Jura, le lo de l'Aar.
On uc peut invoquer ici, à la façon des anciens, ni le travail île prétendus géants ou titans, ni des explosons volcaniques, eu ce cas aussi inadmissibles, ni même transport des eaux torreutielles. Les stries
te le
>''$■ 37. — La fitnti B*ss», tàae «rutatae 4* caleûrv •«postal «r os ml «■ HiIWI. près Ma, ■fuisti.
ne iiombtvuses, dont sont rayés les blocs < t fol vives qu'ils ont eotisen .-es [fig. i>7 . deux phéiiomèi qui se retrouvent dans les glaciers actuels, funt rejel ta transport par l'eau. 11 faut admettre des gtacii tout au moins des agaces flottantes, des débâcles, comme Baltes qui surviennent aujourd'hui encore sur les fleuves de l'Amérique du Nord, par exemple, le Saint-Laurent.
arêtes mènes «jeter
LA NAISSANCE DES PIERRES. si
En Europe, on trouve surtout des blocs erratiques dans toute la Prusse et la Russie septentrionales, et ces roches proviennent en ce cas des granits de la Suède et de lu Laponie. Des radeaux de glaces, porteurs des blocs, onl traversé la Baltique comme ceux qui, parlant du pôle.
'ir. 38, — Bloc erratique 'le calcaire juruslqua repasanl sur île» schisles crétacés, â ,t kilijiot-trei de Lourde* (Bail les- Py rené»}, ilessiné d'après ii.itu.re jiar E. Cullomb. — Longueur 6 métrés.
tiennent encore aujourd'hui échouer sur les cotes de 'Amérique du Nord ou de l'Islande. Eu France, les Vosges, e Jura, la Savoie, le Dauphiué, les contours du Plateau- 'entral, le plateau de Bretagne, les flancs des Pyrénées fig. 38) ; eu Suisse, en Italie, tous les revers des Alpes; en ïbp&guef, les versants des Asturies, sont semés de blocs pratiques. On eu rencontre également dans le pays dt
« LES l'IEflBES.
GàUes et la long de la chaîne pennine qui forme l'axe longitudinal et comme l'épine dorsale de l'Angleterre. Ici encore on a reconnu dans les blocs une variété de granit -M'a. En Autriche, au pied des CarpaùVs : en Russie, autour du Caucase; eu Syrie, aux flancs du Liban, on voit
Flg. 30. — llloc Je meulière {pierre a meule) de la B;ie, trouvi dans le lerr*iu dilavii du Cliamp de Mars a Hnrî*, il'iiprte un croquis original lie M. K. Lullooili.
g :i mètre* 30, litgeur I",!û, Éf «liseur 0*,W, poids ipprail a
grammes.
aussi des blocs erratiques. Ou en a relevé également, ainsi que des amas de cailloux et d'argiles sableuses,
terreuses, produits par la marche des anciens glacier* dans l'Inde, autour de l'Himalaya; dans L'Amérique i" Nord, nu pied des Alleghanys, des Moutagnes-Roebeusi et de la Sierra Nevada; dans l'Amérique du Sud, le I de Audes; enfin dans la Nouvelle-Zélande. RécemUMO
encore, M. Agassiz en signalait dans tout le bassin de I Amazone.
Une partie de l'époque diluvienne a donc été marquée par des phénomènes glaciaires d'une innneuse étendue, et saus doute d'une très-longue durée. Ou va môme jusqu'à
'ig. il. — Bloc (le grés île Fonlainehleaii irotivé clans le lorrain diluvien ilil C de Mars à Paris, il'aprrs un croquis original de H. E. CollQldb. — Longueur très, largeur l-.lô, Épaisseur 0",Î0, poids ipproxisulif SO00 kdogramme*.
compter en Suisse deux époques glaciaires distinctes, séparées par une ère moins froide. Les naturalistes, les physiciens, les astronomes se sont perdus en conjectures pour donner de tous ces faits une explication satisfaisante. Beaucoup ont préféré les nier, mais il a fallu se rendre à l'évidence ; et tandis que quelques-uns résistent encore, on cite plus d'une éclatante conversion. Comment justifier en effet
place, en sombrant, à l'océan Atlantique, d'où serait immédiatement parti le gulf-stream, ce courant du golfe mexicain qui réchauffe si singulièrement une partie de l'Europe septentrionale? Le soulèvement de la chaîne des Andes, qui s'est opéré ou a fini de s'opérer pendant l'époque quaternaire, suffit du reste à expliquer l'origine du gulfstream. L'isthme de Panama s'est alors formé, et a séparé les eaux de l'Atlantique de celles du Pacifique.
Le courant du golfe mexicain pourrait bien avoir pris au début une direction un peu différente de celle qu'il a aujourd'hui, et être venu caresser les rivages sibériens, qui auraient ainsi joui d'un climat presque tempéré. C'est à cette époque qu'aurait vécu, dans l'Asie septentrionale, le mammouth ou éléphant primitif, que plus tard les glaces, dans un refroidissement subit, ont surpris et enterré sur place. Aujourd'hui, en Sibérie, on retrouve le mammouth conservé intact avec sa chair et le poil qui lui servait de crinière. Cette toison semble indiquer un climat déjà assez froid.
Telles sont les explications par lesquelles les glaciéristes essayent de se rendre compte des faits qu'ils ont découverts; mais comme des blocs erratiques ont été presque partout rencontrés, on ne saurait imaginer pour chaque point un soulèvement ou un affaissement, une apparition ou une disparition de telle ou telle parlie de continent, encore moins d'un continent tout entier, ou bien supposer un courant chaud sous-marin venant des tropiques et un contre-courant froid venant des pôles. La théorie ne peut pousser si loin le champ des conjectures. Les raisons que donnent les antiglacicristcs de simples transports des blocs erratiques par les eaux, ou de démolitions subites des berges des grands fleuves, dans lesquels seraient tombés tout à coup les blocs qui en couronnaient les versants, ne
sont non plus guère acceptables1. Quant aux éléphants trouvés intacts dans les glaces de la Sibérie, il semble difficile d'admettre qu'ils soient descendus avec le déluge asiatique des flancs de l'Himalaya soulevé. La distance à parcourir est trop grande; puis les naturalistes opposent victorieusement en ce cas à leurs adversaires et la crinière protectrice de l'éléphant qui dénote un climat froid, et les espèces analogues trouvées dans d'autres régions avec le renne. Ainsi les os de ce même éléphant cbevelu ont été rencontrés en France dans les dépôts diluviens de l'époque glaciaire.
Ne cherchons pas de plus amples explications. Bornonsnous à constater les faits ; ils existent, cela est certain. Sans partager les exagérations des glaciéristes, qui vont jusqu'à admettre partout deux époques glaciaires différentes, on doit considérer comme hors de doute qu'à un moment de Iïtc diluvienne un froid intense a régné dans des contrées devenues depuis tempérées. Il y a eu dans ces contrées le même froid qu'aujourd'hui aux pôles (fig. 41) et sans doute les mêmes glaciers, car les glaciers de nos hautes montagnes et les glaciers polaires obéissent aux
I. 'IV* U1 oM. par exemple, la manière dont quelques géologues essayent A expliquer la présence de ces gros hlocs Je rochers qu'on trouve dans l'ancien Ut Ao h Seine . entre autres Je ces énormes spécimens de meulière et île j::ès tig. 30 et «iO : voir pages S2 et 83) signalés par MM. de \et-iieiul et Colloml» au milieu Ju terrain diluvien du Champ de Mars, à IVuis Ceux-ci turent t roux es en ISèO dans les tranchées ouvertes pour les u.ix.ni\ de '. r.xpo*i:i,i:î universelle. Il est fâcheux que ces pierres, qui .ix.uenî en qu.vjue <or:e assise à la :ov:natio:i des dernières assises du lusMîi d- l\i:i*. n.r.i'.ïî |Ki< ete co::<erxees, e: que h< personnes chargées île pieside: à ,.\»ïr;.iïï>.it:on de ;'K\r-o*i:i»':ï v.:» leur aient pas donné la pieuïiè-e p'..u»' d.i::* ;.i ^ale-ie prv:::>:^ri ;ue d;; plais du Champ de Mars. Ou .1 l.itsN, Us .1 :,*:.>:•:>. k'itissev.'.s de I\::.ir.*e monument sitôt disparu, dcm.'Ut »es \ '..». s j».»»iv t".î î'.iiîv dos kï h,>.,.< ; mais aussi Ton n'a rien mxUm1 p»*»; »»î:** prvd.»:ur.iev d.r.-.s '.c pu*.i.< L'ordre elliptique et rayonné : l'euil peut c:*.v c.îic v v m ivv.sa ::.»::.
LA NAISSANCE DES PIERRES. 91 mêmes lois. Comment ensuite les climats se sout-ils brusquement modifiés? La véritable raison de ces change-
l'ig. 4J. — Éruption du Vésuve [52 octobre \HÏ1), vue prise de la base orientale du pelil cûhb , d'après Utniond.
Hieuts anoi-maux nous sera peut-être toujours cachée Mais qu'importe? 11 y a tant d'autres phénomènes que nou n'expliquons point. Notre existence même, et c'est peut
'il LES PIERRES.
être ii 1 1 bien, u'esl-elle pas comme un continuel problème dont nous ne pourrons jamais dégager l'inconnu? Au lîei donc d'uller se creuser la tète à forger des supposition; plus ou moins ingénieuses, n'est-il pas plus simple de dit ici, comme le faisait quelquefois Arago : Je ue sais i
Après les phénomènes diluviens et glaciaires que noi venons d'étudier, survient une époque plus calme, chaude, celle qu'on peut nommer l'époque ulluviei ou récente. Elle comprend déjà les âges mythologiq Bientôt après commence l'histoire, et avec elle les plié: mènes géologiques actuels dont nous sommes encore U moins. Ces phénomènes sont principalement, dans l'c sédimentairo, la formation des tourbières,, des deltas atterri ssements à l'embouchure des fleuves, l'avauci des dunes, les dépôts de bancs de coraux, de grès i rins, de lufs d'eau douce, le transport par les pluies, oroges, de (erres, de sables, de cailloux, et souvent < roches énormes, comme celles que charrient les glaciei si bien que dans certains cas, ici comme dans l'ép diluvienne, l'origine reste douteuse. Au nombre des plu nomènes géologiques actuels d'ordre éruptif, il faut sigi 1er le soulèvement ou l'affaissement des côtes, les tremble monts de terre et les fissures du sol qu'ils occasionnel enfin les éruptions volcaniques.
l'in-ini les volcans de l'Europe, sont l'Hécla le Vésuve (lig. 43j, l'Etna, le Stromboli (fig. ■iï). Ce den est remarquable par son activité continuelle, dans Inquel aucun iirrèt n'a jamais été signalé.
Quoiqu'il eu soit «les phénomènes volcaniques contemporains de ta présence de l'homme sur la terre, on peut dire qu'aucune révolution violente n'est venue marquer jusqu'ici le cours de cette ère nouvelle. Le calme de la na- Iiiit semble avoir précédé l'nvénemeut de la civilisa-
tion ; mais que sont les huit ou dix mille ans de l'époque historique devant la durée qu'exigent quelquefois pour se produire les phénomènes géologiques les plus simples ?
Les dépôts quaternaires, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne sont pas moins bien fournis que leurs aînés de tous les minéraux, de toutes les pierres indispensables à l'homme. Les gîtes métallifères que Ton nomme les placers, ceux de la Californie, de l'Oural, de l'Australie, du Brésil, datent de cette époque. Ils contiennent, suivant les localités, l'or, le platine, à l'état métallique ; le fer, l'étain (Cornouaillçs, les Détroits), à l'état de minerais oxydés; enGn les plus précieuses gemmes, telles que le diamant, le saphir, le rubis. On connaît les fameux placers diamantifères du Brésil et de l'Inde.
Les placers se composent de sables désagrégés, de cailloux roulés, et quelquefois de lits compactes de' poudingue, d'argile, enterrés à d'assez grandes profondeurs. Presque toujours les matières dont ils sont formés ont été arrachées à des roches préexistantes, encore en place. Cependant on invoque aussi pour l'or, nous l'avons vu, le passage, au milieu des terrains superficiels, de sources chaudes et alcalines, qui auraient contenu le métal en dissolution, et l'auraient laissé peu à peu déposer. On explique par ce moyen comment il peut se faire, ainsi qu'il a été si souvent constaté en Californie, que l'or existe en si grande quantité dans les sables de la surface, tandis que les filons qui dominent les vallées adjacentes sont relativement très-pauvres. Cependant nous n'acceptons que sous toutes réserves l'explication proposée.
Les minerais de fer dils d'alluvions et en grains sont aussi d'âge diluvien ou récent. Ces dépôts remplissent des cavités, des espèces de poches, d'amas ou de sacs , et ces
cavités sont ouvertes au milieu des terrains quaternaires eux-mêmes, ou des formations d'âge antérieur.
Le minerai de fer dit des marais, des lacs et des prairies, à cause des points où on le trouve, est frère du précédent. Il est dû, comme lui, à des dépôts de sources ferrugineuses, dont quelques-unes agissent encore sous nos yeux, et nous mettent ainsi au courant des moyens que la nature a dû employer dans les formations géologiques du passé.
Aux dépots d'âge quaternaire appartiennent aussi les tourbières, vastes amas de plantes aquatiques, fibreuses, remplissant le fond d'anciens lacs, d'anciens marais, ou déposées sur certains plateaux. Ces végétaux, à moitié fossiles, sont entrelacés, feutrés et comme soudés ensemble. Us se débitent en mottes à la bêche, et peuvent fournir, surtout après avoir été lavés, comprimés et au besoin distillés, un assez bon combustible. C'est dans tous les cas, daus nombre de nos départements, le combustible du pauvre, et a ce titre la tourbe méritait bien une mention.
On rencontre dans les plus anciennes tourbières des ossements d'animaux éteints, et dans les plus modernes, îles restes de l'industrie de l'homme primitif ou civilisé. Ces faits prouvent que le dépôt de la tourbe est continu sur certains points et s'est poursuivi dans les temps historiques. En quelques localités, il se poursuit même encore aujourd'hui.
Les roches qu'utilise l'art de bâtir sont assez abondantes clans les terrains quaternaires. C'est d'abord du sable et des cailloux roulés, y compris ceux des cours d'eau actuels, et qu'on emploie avantageusement dans la fabrication du mortier, du béton et du macadam; puis de la terre à pisé, de l'argile, dont on fait des briques;
puis du tuf, du travertin1, qui servent de pierre de taille ou de moellon; enfin, des blocs erratiques, qu'en Poméranie on cherche avec la sonde jusque dans le sol2.
Dans Tlnde, dans les îles de l'océan Indien, en Arabie, dans la mer Rouge, les dépôts de coraux sont exploités comme pierre à bâtir, comme macadam, et pour la chaux qu'on en retire. Enfin les laves, les argiles et les cendres volcaniques, datant de l'époque diluvienne ou présente, s'emploient dans les constructions , soit à l'état de moellon , soit à l'état de pouzzolane , comme les roches volcaniques anciennes.
Quelques minéraux particuliers, dont l'industrie a su tirer le plus grand profit, sont contenus dans les terrains quaternaires. Citons entre autres le guano, composé de bancs d'excréments fossiles répandus dans quelques îles tropicales, mais surtout vers le Pérou, aux îles Chincha , où jamais il ne pleut. Les oiseaux marins du passé, les cormorans, les pélicans, les pingouins, qui se gorgeaient de poissons dans ces parages, ont préludé là, tous les jours, religieusement, à leur laborieuse digestion. Quelques-uns sont tombés sur place pour ne plus se relever, et, moulés dans leurs déjections, y sont passés à l'état fossile. On peut voir encore aujourd'hui dans les mêmes eaux, sur les mêmes îles, les mêmes volatiles se livrer, à l'imitation de leurs ancêtres, au même travail ;
1. Cette roche a été ainsi appelée parce qu'elle a été primitivement exploitée par les Romains, près de Tibur, aujourd'hui Tivoli. De Tibur on a fait liburtinus, d'où notre français travertin. L'aqueduc des Tarquins, le Cotisée, etc., sont construits en travertin. La roche prend très-bien le mortier, et durcit singulièrement à l'air.
2. En Suisse, on vient de défendre avec beaucoup de raison l'exploitation de ces blocs. On les a déclarés monuments nationaux, se rattachant aux origines de l'Helvétie, et comme tels on les conservera à tout jamais.
mais combien le guano du passé vaut mieux que celui d a présent !
Les Incas, au temps de leur florissant empire, avaient reconnu les propriétés fertilisantes de cet engrais presque minéralisé, et ils avaient défendu, sous les peines les plus sévères, de tuer, de déranger même les oiseaux marins qui continuaient à confectionner le guano. Après la conquête espagnole, l'usage de ce fumier se perdit. Les propriétés de l'engrais tropical n'ont été retrouvées qu'à notre époque. Elles ont fait la fortune du Pérou, qui s'est empressé de concéder à une compagnie anglaise le monopole d'exploitation de cette précieuse substance, dont il tire le plus clair de ses revenus.
Il faut citer avec le guano le sel nitre (azotate de soude) qui existe également au Pérou, dans les sables d'Iquique. Ce nitre provient de sources minérales aujourd'hui taries. On lessive les sables et Ton fait cristalliser le sel.
Le natron ' ou alcali naturel (carbonate de soude), qu'on retire de lacs desséchés de la haute Égvpte, de l'Abyssinie, de l'Inde, est parent du nitre péruvien.
Parmi les produits salins importants de l'époque actuelle, il y a encore le borax ou borate de soude qu'on extrait de certains lacs de Californie, de l'Inde, du Thibet, où il se reforme tons les jours, et l'acide borique, dont on fait le borax artificiel, et qu'on exploite principalement en Toscane dans les sof/ioni Jots de vapeur) et les lagoni ^petits lacs-\ Il y a aussi le sel ammoniac (chlorhydrate d'animoninque\ et avec lui l'alun, le soufre, qu'on re-
1. On retrouve dans ce vieux mot la racine des mots plus modernes, fiîfrr et natrium. Ce dernier est le mot latin par lequel, dans les formules chimiques, on dêsiirne la soude.
2. Voir pour les figures et plus de détails sur le guano, le nitre du Pérou, le borax et l'acide borique, le chapitre IV et la planche I.
cueille dans toutes les solfatares ou cratères à moitié éteints.
Mais ce n'est pas seulement par Pabondance et la variété des minéraux utiles que la période quaternaire est intéressante à étudier. Plus qu'aucune des précédentes, elle a vu descendre dans les plaines des terres accumulées, sur lesquelles devaient se développer plus tard les villes les plus populeuses et les plus belles campagnes. Une première végétation, trouvant là un centre des plus propices, s'est élancée vigoureuse. La décomposition lente des racines et des feuilles a donné naissance à l'humus ou terreau, et sur des lieux plats ou en pente douce, que les eaux arrosaient mais ne dévastaient point, se sont ainsi élevés peu à peu d'énormes bancs de terre végétale.
Les plus riches plaines reposent sur les formations diluvienne et alluviale. C'est là que le froment, le chanvre, le maïs, le riz poussent de préférence. Les magnifiques campagnes de la Limagne d'Auvergne, arrosées par l'Allier; la vallée du Grésivaudan, où coule l'Isère ; la Camargue d'Arles, fécondée par le Rhône ; les plaines d'Alsace, baignées par le Rhin, et les vallées latérales du Rhin, comme celle de l'Aar (fig. 45) ; enfin les plaines de la Lombardie, que lave le Pô, sont toutes formées de détritus d'âge quaternaire. Il en est de même des terres noires du Danube, qui fournissent les blés que le commerce autrichien et russe envoie chaque année en si grande abondance à Marseille. On connaît la fertilité des alluvions du Nil. Dans l'Inde, dans l'Amérique du Nord, les terres qui produisent la canne, le riz, le coton, le tabac, ont été également charriées par des eaux diluviennes. Enfin à l'île Maurice et à l'île Bourbon, les superbes plantations de cannes qui font ou faisaient naguère la fortune de ces deux colonies, sont aussi établies sur des atterrissements.
Il est triste de «lire que, dans les plus anciens pays Civilisés, ces mêmes plaines que la nature n'a livrées 'à
au cœur même de ces terrains. Ainsi la nature va mêlant partout le bien avec le mal, le désordre au milieu de Tordre, et nous laisse à la fois émus et attristés, quand nous voulons sonder le mystère qui a présidé à la formation de ce monde.