LA HOUILLE
Principaux bassins houillère indigènes. — Parallèle avec les nations rivales. — Ensemble d une mine de charbon. — Historique de nos principales houillères. — Production et consommation de la houille en France. — Causes de la prééminence industrielle de l'Angleterre et de la Belgique. — Qualités physiques et morales du mineur charbonnier. — Les ouvriers et les compagnies. — Ce que réclament nos houillères.
Nous avons traité de l'étude des pierres et de l'origine de colles-ci. Il faut maintenant appliquer tout.ee qui a été dit, et par des exemples montrer le véritable rôle que les espèces minérales jouent dans la marche des soeiélos, surtout des sociétés modernes. On est peu au courant, en Franco, do la richesse souterraine du pays. Ne sorail-il pas le cas do parler dès à présent de ce que nous pourrions appeler nos pierres noires, de nos mines de charbon1 ?
I, Nous avons dojn iraiiè ce sujet, parmi quelques autres, dans le petit liwo i!.i .Wf.'tviiWjt iiu iiuvuit soutardin x Paris. Hachette. 1868).
Quand on jette un coup d'œil sur la carte géologique de France, cet admirable monument élevé par nos ingénieurs des mines à l'industrie nationale, on remarque au nord, au centre et au midi, et surtout disséminées autour d'une ligne méridienne qui passe environ à 100 kilomètres à droite de celle de Paris, une série de taches noires irrégulièrement délimitées.
Ces taches, à la teinte conventionnelle, sont l'exacte représentation graphique de nos bassins houillers.
Si nous lisons les noms gravés en regard, nous y retrouvons plus d'une localité connue et depuis longtemps parmi nous populaire.
Ce sont, dans le midi, Alais, la Grand-Combe et Bes-
séges; au centre, Saint-Étienne et Rive-de-Gier, les plus
productives de nos houillères; puis Blanzy, le Creusot et
Êpinac ; au nord enfin, Valenciennes, où se rencontrent
les mines de Denain et d'Anzin, marchant de pair avec
celles de la Loire, et formant le prolongement du riche
tassin de Mons qui fait la fortune de la Belgique (carte VII).
A gauche des bassins précités s'en trouvent d'autres
presque aussi importants : Aubin et Decazeville dans
l'Aveyron; Commentry, Doyet et Bézenet (fig. 46) dans
l'Allier; puis çà et là des gîtes qui tiennent encore une
^^sez large place dans notre production houillère : les
dessins d'Aix dans les Bouches-du-Rhône, de Carmaux
*îans le Tarn, de Brassac dans le Puy-de-Dôme et la
^ïautc- Loire, de Decize dans la Nièvre, de Graissessac dans
i* Hérault, de Ronchamp dans la Haute-Saône, du Drac
«ïans l'Isère. N'oublions pas non plus les bassins du Maine
^t de la Basse-Loire (carte VIII), enfin celui de la Sarre
clans la Moselle, où vient finir souterrainement le fertile
bassin de Sarrebruck, dont s'enorgueillissent ajuste titre
la Bavière et la Prusse rhénanes.
Tous ces gitcs, avec quelques autres beaucoup plus modestes et qui n'ont qu'une importance purement locale, tels que Lîttry dans le Calvados, Vouvant dans la Vendée. Fins dans l'Allier, Ahuu dans la Creuse, Bouxwiller dans le Bas-Rhin, etc., etc., composent le bilan de nos bassins houillers.
Ces bassins, on le voit, sont fort irrégulièrement répâr-
Fig. 46. — Coupes prises sur ta couclie
:■ 11:11, il'ajHirs les Jonim.'iiL- li.'CJui.
: (Allier), ilre;sev«
tifl sur notre territoire, ils n'ont qu'une faible étendue v>'lulhe, on le devine par leur nombre même, et il- M Muaient être comparés en aucune façon h ces Inépuisable! sites dont la nature a doté quelques pays privilégiés : la Belgique, l'An g le terre, la Prusse et surtout l'Amérique du Wd.
lï'iin roté tous les avantages réunis M rencontrent : le nombre et l'épaisseur dos couebes de combustible, le J'i'ii do profondeur de ces couches au-dessous du sol, l'étendue
superficielle, des gîles partout beaucoup plus considérable qu'eu France, excepté en Belgique, la facilité d'extraction et des transports, la certitude de débouchés presque indéfinis, l'absence de toute entrave administrative.
Chez nous tous les inconvénients contraires pèsent sur cette industrie, et cependant, tant est grande l'activité et la souplesse de l'esprit national, tant le besoin et l'intérêt créent de ressources et permettent de surmonter d'obstacles, que nous n'avons rien à redouter, pour l'exploitation économique ou technique de nos mines de houille, d'un parallèle avec les nations rivales. Les faits ont même démontré que, pour l'excellence et l'ingéniosité des méthodes, la priorité nous était acquise. C'est là une assertion désormais hors de doute, à laquelle ont suffisamment répondu des enquêtes privées ou officielles conduites en dehors de tout esprit de parti.
Celui qui n'est jamais descendu dans une houillère s'estil quelquefois demandé tout ce que le mineur devait déployer de patience, de courage et d'intelligence pour résister victorieusement à tous les éléments conjurés contre lui? Aux eaux qui font de tous côtés irruption, il sait opposer des pompes gigantesques mues par la vapeur, d'une force qui atteint jusqu'à six et huit cents chevaux; ou bien des galeries d'écoulement qui, agissant à la façon d'énormes tuyaux de drainage, ont une longueur qui dépasse en quelques circonstances celle de nos plus longs tunnels, cinq et six kilomètres. Ces galeries, comme on le voit dans quelques mines anglaises, sont parfois transformées en véritables canaux, et servent ainsi au transport souterrain de la houille en même temps qu'à l'épuisement des eaux.
Aux éboulements qui le menacent de tous côtés, le mineur résiste par des boisages ou des muraillements savam-
ment établis ; aux gaz inflammables et explosifs, il oppose le treillis métallique de la lampe de Davy sans eesse perfectionnée; aux incendies spontanés qui s'allument au milieu du charbon, des barrages qui limitent le feu ; aux amas d'eau, aux lacs souterrains, des digues qui les arrêtent; enfin, au manque d'air respirable, ou à la présence de gaz pernicieux, dans le dédale inextricable où il s'enfonce et circule, le bouilleur répond par les machines soufflantes les plus variées et les plus ingénieuses.
Pour tirer d'une mine le plus de charbon possible à la fois, et satisfaire dans un temps donné à toutes les demandes des consommateurs, il a imaginé les engins les plus curieux, les mieux disposés, installé les plus fortes, machines, si bien qu'aujourd'hui il n'est pas rare de voir extraire d'un seul puits jusqu'à mille tonnes de houille par vingt-quatre heures, soit un million de kilogrammes 1
A mesure que les travaux gagnent en profondeur, le temps que mettent les hommes à descendre et à remonter a été heureusement diminué au moyen de machines à double oscillation, véritables échelles mouvautes, dites ivarot*qtœres l, fahrhuist 2 ou mai cngines*, portant les ouvriers jusque dans les chantiers les plus bas, et les ramenant au dehors sans la moindre peine. Ainsi ont disparu les anémies si fréquentes chez les mineurs qui descendaient et remontaient chaque jour par des échelles fixes de 400 mètres et plus de hauteur, dignes d'être comparées
à l'échelle de Jacob.
Incessants sont les progrès réalisés par l'industrie houillère. N'est-ce pas à elle que nous devons les premières ma-
1. Du nom <!«• M. Warocqué, l'inventeur de ces machines en Belgique, y. Mol allemand qu'on peut traduire à peu près par chemin mécanique. 3. MoU anglais qui signifient littéralement machines à hommes.
chines à vapeur et les premiers chemins de fer? Pourquoi faut-il que, dans la plupart des cas, les travaux de nos mineurs demeurent obscurs et inconnus, et que nos mineurs eux-mêmes, ces braves et infatigables soldats des souterrains, non moins patients et courageux que leurs confrères de Tannée, n'attirent l'attention du public que lorsqu'un lamentable accident vient épouvanter toute une population et jeter des centaines de familles dans le deuil !
L'historique de nos principales houillères ne saurait être passé sous silence, car il est fécond en enseignements. Nous devons faire remarquer d'abord que sur la plupart des bassins carbonifères les couches de combustible semblent avoir été connues de tout temps. Elles affleurent à la surface du sol, dans les champs, aux flancs des collines, et sur les talus des tranchées ouvertes pour donner passage aux routes. Les Romains eux-mêmes ont mis à nu quelques-unes de ces couches de houille dans l'exécution de leurs grands travaux hydrauliques. Ainsi ce fait s'est présenté dans la Loire, près de Rive-de-Gier, et dans le Var, non loin de Fréjus; mais les maîtres du monde ne paraissent pas avoir vu dans le charbon minéral autre chose qu'une pierre noire, s' allumant au feu, et y dégageant une odeur bitumineuse.
Pendant le moyen âge, c'est au plus si quelques forgerons daignent recourir à ce combustible ; les foyers domestiques eux-mêmes répugnent à l'employer. Le moment n'est pas encore venu du déboisement des forêts et de la transformation radicale que les sociétés subiront par l'avénement de l'industrie. Mais, dès l'aurore du dix-neuvième siècle, un essor sans égal est donné tout à coup aux exploitations houillères. La modification profonde que les procédés anglais, si vite adoptés chez nous, apportent alors dans la fabrication du fer, en substituant la houille au
charbon de bois, est la principale cause du développement subit imprimé aux mines de charbon. L'introduction du combustible minéral dans la fabrication du verre, des glaces, de la porcelaine, des briques, de la chaux et du ciment ; l'usage jusqu'ici exclusif qu'on en fait pour la préparation du gaz d'éclairage, en même temps qu'il est d'un emploi presque absolu dans le chauffage des machines à vapeur : machines fixes, machines de bateau, machines locomotives ou locomobiles; enfin le transport rapide et économique par chemins de fer et l'adoption de la houille dans tous les foyers des usines et jusque dans les foyers domestiques, tout cet ensemble de circonstances agissant presque simultanément concourt aussi à donner à l'exploitation de nos houillères une impulsion de plus en plus féconde. Le chiffre de l'extraction a depuis été sans cesse croissant, et Ton ne sait où il s'arrêtera en France comme dans tous les autres pays industriels.
Si des phénomènes généraux nous descendons aux cas particuliers, nous trouvons partout une preuve saisissante des miracles opérés par l'industrie houillère et des changements heureux qu'elle apporte avec elle dans tout pays où elle s'introduit. On peut dire qu'elle transforme, régénère et crée. Quelquefois les champs souffrent de son voisinage, mais elle fait tant de bien pour un peu de mal qu'elle cause! Au commencement du dix-septième siècle, Saiut-Étienne n'était qu'une bourgade habitée par quelques centaines d'ouvriers, experts dans Fart de forger les armes et les outils. Deux siècles après, la ville renferme à peine 20 000 habitants, bien qu'à la fabrication des armes se soit jointe celle de la grosse quincaillerie et le tissage des rubans. Mais à peine les houillères de cet intéressant district se développent-elles par la fabrication du fer à l'anglaise, que lu ville voit augmenter de plus en plus sa population.
Le chiffre en dépasse aujourd'hui 100000 habitants, au point que l'État, faisant enfin justice à des demandes réitérées, a dû transférer en 1855 le chef-lieu du département de la Loire de Montbrison à S aint-É tienne.
Il y a deux siècles, quand Saint-Étienne n'était encore qu'un modeste village, Rive-de-Gier et Givors n'existaient pas ; aujourd'hui ce sont des villes importantes. Saint-Chamond n'était célèbre que par son immense château fort, relevant des comtes de Forez ; le château est maintenant en ruine, mais à ses pieds s'élève une ville que la production et le commerce du charbon, encore plus que la fabrication des lacels de soie, ont rendue populeuse et prospère.
Les houillères de la Loire ont été pour la France, comme Ta fort bien remarqué M. A. Burat, le berceau de tous les genres d'usines sidérurgiques qui produisent les matières premières : hauts fourneaux, forges, aciéries, et de toutes celles qui amènent ces matières premières aux façons les plus complexes, lès plus délicates, telles que les armes de toute nature, les pièces de taillanderie, serrurerie, quincaillerie, etc.
Il est bon d'ajouter que c'est encore aux houillères du département de la Loire que nous devons les deux premiers chemins de fer qui se sont faits en France : celui de Saint-Étienne au pont d'Andrézieux sur la Loire, concédé en 1823, qui fut tracé comme une route ordinaire avec des pentes très-fortes et desservi par des chevaux : et celui de Saint-Étienne à Lyon 9 concédé en 1 826, qui fut notre premier chemin de fer à locomotives.
On pensait encore si peu, à cette époque, au transport des personnes sur les railways, que ces deux chemins de fer ne furent établis qu'en vue du mouvement des houilles. On iguorait alors que le plus productif des colis
serait le voyageur, et quand on parlait dans les chambres, en 1 834, d'établir des chemins de fer rayonnant de Paris sur la province, un ministre, converti depuis, allait jusqu'à prétendre qu'on en ferait bien quatre à cinq lieues par an, et que ces voies nouvelles ne seraient bonnes qu'à divertir les badauds de la capitale accourus au passage de la locomotive.
Quelle animation, quelle vie dans ce bassin houiller de la Loire, région naguère agricole, aujourd'hui presque entièrement industrielle 1 Quand on va de Lyon à Saint- Etienne par le chemin de fer qui , côtoyant le Rhône jusqu'à Givors, remonte ensuite la belle vallée du Gier aux collines boisées et verdoyantes, on ne tarde pas d'arriver dans le district des mines de houille. Cette région commence, à proprement parler, à Rive-de-Gier. A partir de ce point, ce ne sont que puits de mine ouverts dans la campagne, et dont les charpentes aux formes massives, étranges soutiennent les énormes poulies de fonte sur lesquelles passe le câble. A celui-ci sont attachées les bennes, sortes de cuves ou tonneaux qui montent et descendent dans le puits, et versent le charbon à
l'orifice.
Sur des installations plus perfectionnées, on remarque les puits guidés, où les bennes, étagées les unes au-dessus des autres, glissent le long de deux tiges fixes ou guides, parallèles à Taxe du puits, où le cable plat, souvent en fil d'aloès ou en fil de fer, remplace le traditionnel cable rond on chanvre: où la bobine, sur laquelle s'enroule le cable, tient si avantageusement lieu de l'antique tambour, où enfui l'emploi judicieux du parachute prévient les effets du décrochage des tonnes circulant dans les puits, et annule tout accident pour les hommes ou le matériel.
A coté des puits dVxtraction sont les halles de triage,
de mesurage et de dépôt, autour desquelles vont et viennent les ouvriers du dehors ; puis les appareils de lavage destinés à débarrasser le combustible de ses dernières impuretés; les ateliers où Ton comprime les charbons menus en rondins ou briquettes, enfin la longue ligne des fours à coke où l'on distille la houille, et dont les feux, la nuit, brillant en divers points de l'horizon, feraient croire qu'on traverse une contrée volcanique aux fumerolles enflammées.
Les villes sur le parcours, Rive-de-Gier, Saint-Chamond, sont loin d'offrir un aspect agréable à l'œil. Ici le touriste n'a que faire, tout est livré à l'industrie du houilléur. Les rues sont pleines d'une boue noire et épaisse, les façades des maisons sont noircies par la fumée et la poussière du charbon. Cette poussière pénétrante ne respecte rien; les feuilles des arbres, le linge, le visage de l'homme, elle salit et noircit tout, et le bourg de Terre-Noire, que Ton rencontre en chemin, porte dignement son nom.
Aux abords des gares et des centres de population, se pressent les lourds véhicules pesamment chargés, charrettes ou wagons. Souvent le chemin de fer lui-même traverse la rue, où les rails, par droit de conquête, s'alignent sur la chaussée. Les cheminées des usines envoient dans l'air leur panache de flamme et dé fumée, le bruit métallique du marteau et des laminoirs résonne de tous côtés; les fictions de l'antiquité ont pris un corps : on dirait le pays des Cyclopes. C'est le pays de nos bouilleurs, ouvriers pleins d'énergie, rompus à la fatigue, froids, disciplinés, comme si la continuelle habitude du danger, et la pratique journalière de la vie souterraine, donnaient naturellement à l'homme toutes ces qualités solides sans lesquelles il n'est point de bon mineur. Voyez-les passer le soir, au sortir
du puits ou de la fendue1, la lampe à la main, la démarche alourdie par leur dur travail, la face noircie, les habits et le chapeau couverts de boue. Ils rentrent dans leurs familles, calmes, silencieux; voyez-les passer, et saluez en eux les obscurs et courageux soldats de l'indu strie.
Le spectacle offert par le bassin houiller de la Loire est le même sur tous les bassins français, le même aussi en Belgique, en Angleterre et jusque dans l'Amérique du Nord. Partout l'industrie houillère affecte un caractère d'uniformité très-frappant. Ainsi le bassin de Valenciennes, autour de Denâin et d'Anzio , présente le même tableau que le bassin de Saint-Étienne autour de Rive-de-Gier et de Saint- Chamond. Mais si de nouvelles descriptions ne prêteraient qu'à des redites, que d'enseignements encore dans l'historique de nos mines du Nord ! Que de patience, de courage et d'argent ont été nécessaires, unis à tant d'intelligence, pour doter la France de cet inépuisable gisement qui, à lui seul, fournit plus du quart de notre production totale ! Ici le bassiu est entièrement souterrain, rien ne le révèle aux regards, il a fallu toute une perspicacité de géologue, alors que la géologie était encore à naître, pour arriver à la découverte du gîle.
Eu 1 7 1 6, un Belge, le vicomte Désandrouin, ayant remarqué que les couches du terrain houiller de Belgique suivaient une direction constante, allant de l'est à l'ouest, et pénétraient dans le Hainaut français sous les terrains de craie, eut l'idée de traverser ces terrains par des puits, et de rechercher la houille au-dessous. En moins de quatre ans, ses recherches furent couronnées de succès; iiiiiîh des nappes d'eau très-abondantes inondèrent les tra-
] . (iYst le nom qu'on donne aux galeries inclinées dans tout le bassin du lu Loire.
vaux, et il fallut inventer, pour les combattre, ces merveilleux blindages en bois qu'on a nommés des cuvelages. C'est là aussi que fut, pour la première fois, appliquée en France la machine à vapeur qui venait d'être découverte sur les mines d'Angleterre par Savery et Newcomen. Du reste, on ne rencontra d'abord que des houilles maigres, de mauvaise qualité, et ce ne fut qu'en 1 734, après dix -huit années d'efforts continus, et de difficultés sans nombre, à la fin heureusement surmontées, que les recherches aboutirent entièrement. Il était temps, les mines d'Anzin étaient trouvées , mais le vicomte Désandrouin et ses courageux associés y avaient dépensé presque toute leur fortune.
Il est inutile de s'appesantir sur les diverses péripéties par lesquelles dut passer encore cette exploitation avant de devenir la brillante affaire que chacun connaît. C'est le propre de presque toutes les entreprises de ce genre, de ne récompenser que la deuxième et souvent la troisième génération de mineurs qui s'attachent à les poursuivre. Disons seulement que, dans ces dernières années, des recherches analogues à celles que le vicomte Désandrouin avait le premier commencées autour de Valenciennes ont été reprises au voisinage de Douai , continuées dans le Pasde-Calais, vers Lens et Béthune, que là encore le succès est venu couronner de longs et courageux efforts, et que cette réussite a été la source, pour tous nos déparlements du Nord, de fortunes subites, inespérées, et d'une prospérité industrielle presque sans limites.
L'historique des bassins houillers de Saône-et-Loire, du Gard et de l'Aveyron rappelle par quelques points celui des bassins de Valenciennes et de Saint-Étienne.
Partout ce n'a été qu'après les plus persistantes recherches, les plus patients efforts, que les mineurs sont arrivés à leurs fins.
Dans le bassin de Saône-et-Loire, nous trouvons le Greusot, vallée triste et inhabitée il y a un siècle, aujourd'hui centre industriel des plus actifs, où l'extraction et le transport de la houille et du minerai de fer, la fabrication de la fonte et du fer, la construction des machines, occupent au delà de dix mille ouvriers. L'établissement industriel du Creusot est l'heureux rival des établissements les plus fameux en ce genre dans le monde. La Belgique, l'Angleterre, les États-Unis n'ont rien à lui opposer qui vaille mieux. La date d une situation si florissante est nouvelle. Ce n'est qu'à partir de 1837, et grâce à l'habile direction de MM. Schneider, que les industries du Creusot ont commencé à donner de fructueux résultats1.
Dans le Gard, la prospérité des houillères d'Alais et de la Grand- Combe est de date tout aussi récente : elle n'a véritablement commencé que le jour où un chemin de fer a relié ces gisements au Rhône en 1840. Alais, qui jusquelà n avait marqué dans l'histoire de nos provinces du Midi que par les guerres religieuses et le commerce de la soie, est devenue depuis uue ville essentiellement industrielle, où les vieilles querelles entre catholiques et protestants se sont assoupies, où l'importance des magnaneries a peu à peu disparu devant celle des usines métallurgiques.
Hességes, Portes et Sénéchas n'ont pas tardé à suivre la voie d'Alaisetde la Grand-Combe, et aujourd'hui le département du Gard, naguère presque oublié, est classé parmi les départements les plus intéressants de la France, ceux où l'industrie minérale a fait les plus grands progrès. Ainsi le Gard vient en troisième ligne dans notre production houillère, ne se laissant devancer que par les dépar-
I. Les paragraphes m et IV «le ce III* chapitre sont consacrés toul entier* à la description des diverses industries de ce magnifique établinHement.
tements de la Loire et du Nord, qui marchent tous les deux en tête, contribuant chacun pour plus du quart au chiffre de l'extraction totale.
Le bassin d'Aubin, dans l'Aveyron, ne compte également dans l'industrie nationale que depuis une quarantaine d'années. Decazeville doit son origine à un ministre de la Restauration, et ce n'est que depuis 1826, époque où furent commencées les fonderies et les forges à Tanglaise qui viennent d'être si heureusement remises en activité, que les mines de houille de l'Aveyron reçurent leur premier développement. Dans ces mines on eut aussi l'avantage immédiat de rencontrer en plus grande abondance qu'à Saint-Étienne et au Creusot ce fer carbonate pierreux, dit minerai des houillères, si répandu dans les mines anglaises, dont il n'a pas peu contribué à assurer l'étonnante fortune.
Partout il a fallu au début, pour favoriser l'extraction <le la houille, s'attacher à en consommer sur place la plus grande quantité. Les usines sidérurgiques qui, pour un poids donné de fer, consomment jusqu'à cinq fois le même poids de houille, sont celles que Ton a d'abord érigées <lans le voisinage des mines de charbon.
Ainsi se sont fondés les grands établissements de Terre- Koire, Saint-Chamond, Givors, le Creusot, Alais, Decazeville, Commentry, Denain, Anzin et tant d'autres.
Des verreries, des cristalleries, des fabriques de glaces se sont également établies autour des plus importantes houillères.
Enfin, dans certaines localités, comme dans les mines de la basse Loire (carte VIII) et celles de Sarthe et Mayenne (bassin du Maine), on a employé à fabriquer de la chaux, pour l'amendement des terres siliceuses de ces contrées, un charbon d'un écoulement difficile.
Tout le secret de la bonne exploitation des houillères est là: quand la qualité du combustible ne se prête pas à un transport lointain, ou que les voies de transport ellesmêmes sont défectueuses, il s'agit de transformer pour ainsi dire la houille en une autre matière : fer, produit de verreries, chaux, etc., d'un placement immédiat ou. du moins plus facile et plus assuré.
La quantité totale de houille produite par toutes nos mines était en nombre rorçd, en 1867, de 13 millions de tonnes métriques (la tonne est de 1000 kilogrammes).
Cette quantité n'est encore que le huitième de celle produite par l'Angleterre ; elle est égaie à celle qu'a fournie la Belgique et à moins de la moitié de ce qu'ont donné les États-Unis. La Prusse a fourni à elle seule, en 1867, la même quantité que les États-Unis, c'est-à-dire 30 millions de tonnes de combustible minéral.
La superficie houillère de la France est de 300 000 hectares; celle de la Prusse est à peu près égale; celle de la Belgique moitié moindre. La surface des bassins houillers les Iles-Britanniques est quintuple, et celle des États-Unis ïentuple de celle des bassins français ; mais on comprend pic, pour une foule de raisons, la production d'un bassin houiller ne soit pas en rapport avec la superficie qu'il occupe. C'est le volume, le mode de gisement et la qualité d'un combustible qui règlent surtout le chiffre de l'extraction. D'immenses superficies houillères peuvent ne renfermer qu'un combustible peu abondant, très-profond et de fort mauvaise qualité ; quelquefois même pas du tout de houille, mais seulement les grès et les schistes du terrain carbonifère.
La quantité de houille exploitée en France est allée toujours en augmentant, et l'on s'est assuré, par la comparaison d états statistiques soigneusement dressés depuis 1815,
800000, celui d'Aubin pour plus de 500000; les bassins d'Aix, de Ronchamp, du Maine et de la basse Loire chacun pour un peu plus de 200 000. Enfin, une soixantaine d'autres bassins, véritables lambeaux houillère, disséminés un peu partout à la surface de notre territoire, apportaient un contingent de près de 1 million de tonnes dans notre production nationale.
Malgré l'étonnante ascension a laquelle il obéit, le chiffre de notre production houillère est loin d'égaler celui de notre consommation, qui marche dans une progression encore plus rapide. En 1867, nous avons tiré de l'étranger pour plus de 7 millions de tonnes de houille ; c'est environ la moitié de notre production actuelle ou le tiers de notre consommation totale. La Belgique, la Grande-Bretagne et les provinces Rhénanes ont suppléé à notre déficit, la première pour les quatre septièmes, les deux autres chacune à peu près pour la moitié des trois septièmes restants.
En présence d'une importation si considérable, on comprend que le chiffre de notre exportation soit insignifiant. Il ne dépasse guère 200000 tonnes, soit un peu plus du soixantième de la production. Les bassins qui prennent part à ce trafic sont ceux du Nord, de la Haute-Saone, de l'Isère, de la Loire, du Gard, et les points vers lesquels se dirige l'exportation sont les pays limitrophes de nos frontières du Nord, de l'Est, et les contrées baignées par la Méditerranée.
Kn cherchant comment se répartit la consommation de la houille en France, on trouve d'abord, et c'est d'un heureux présage, que tous nos départements font usage du combustible minéral; ce sont d'ailleurs les départements du Nord, de la Seine, de la Loire, de la Moselle, du Pas-de- Galais, du Gard et du Rhône qui occupent les premiers rangs.
Le Nord seul, en 1864, a brûlé pour plus de 2 millions et demi de tonnes de houille, le septième de la consommation générale de la France. Dans la même année, le département de la Seine en a consommé pour près de 2 millions; celui de la Loire, 1200000; celui de la Moselle, 1 million; le Rhône, 900000; le Pas-de-Calais, 700 000; le Gard, à peu près autant.
A la suite des sept départements qui consomment à eux seuls plus de la moitié de la houille produite ou importée en France, viennent les départements de l'Aisne, de l'Allier, de l'Aveyron, des Bouches-du-Rhône, de Saône-et- Loire et de la Seine-Inférieure dont la consommation variait, en 1864, de 400000 à 650000 tonnes. Quant aux départements placés au dernier degré dans l'échelle de la consommation houillère, ce sont le Gers et la Corse dont les besoins n'ont pas réclamé, à l'époque qui nous occupe, plus de 600 tonnes. La cause de cette infériorité n'est que relative; elle n'est pas due, comme on pourrait peut-être, le croire, à l'absence de toute industrie locale, mais bien à l'éloignement des houillères et à la difficulté des transports.
Dans tous les cas, que les temps sont loin où la Sorbonne, au seizième siècle, excommuniait, pour cause de vapeurs malignes et sulfureuses, les charbons que les mines belges et anglaises essayaient d'envoyer à Paris, et où une ordonnance royale défendait aux maréchaux, sous peine de prison et d'amende, d'employer dans leurs ateliers le charbon de pierre ou de terre !
Au siècle suivant l'interdit fut levé, mais la classe bourgeoise, excitée sans doute par les médecins, se refusa, avec une sorte de parti pris, à l'emploi de la houille dans les foyers domestiques.
Sur la fin du siècle dernier, malgré la rareté et la cherté
c'est-à-dire depuis Pépoque où la grande industrie s'est établie chez nous, que le chiffre de notre production houillère a été en doublant environ tous les quinze ans.
On peut suivre dans le tableau suivant la loi de cette progression :
Chiffres de l'extraction Années. en tonnes de 1000 kilogrammes.
Comme rien n'indique que la loi de cette progression doive jamais se démentir, il est probable que toutes nos houillères seront épuisées assez promptement, c'est-à-dire dans deux ou trois siècles. Il en sera de même à peu près partout en Europe; mais alors le génie humain aura certainement trouvé un nouveau combustible pour remplacer la houille : chaque invention vient à son heure '.
Si l'on tient à savoir comment se répartit exactement la production de la France par bassins houillers, il faut remonter à l'année 1864, dernière date officiellement connue par le résumé des travaux statistiques de l'administration des mines. La production était alors de près de 1 1 millions de tonnes métriques en nombre rond. Dans ce chiffre, le bassin de la Loire et celui de Valenciennes entraient chacun pour plus de 3 millions de tonnes, celui d'Alais pour plus de 1 million, celui du Creusot, Blanzy et Épinac, et celui de Montluçon et Commentry, chacun pour près de
1. Nous avons examiné sous ses diverses faces la question de l'épuisement prochain de la houille, et celle du combustible de l'avenir, dans notre livre de la Vie souterraine. Nous y renvoyons le lecteur, ainsi que pour beaucoup d'autres questions qui ont trait au combustible fossile, et que nous n'avons pas abordées ici.
tout nos houilles dans les fournitures de la marine militaire, à l'exclusion des houilles anglaises précédemment seules adoptées.
Voici d'ailleurs comment se répartit le chiffre de notre production au point de vue de la qualité des combustibles et pour une extraction de 1 0 millions de tonnes, qui était celle de 1 863 :
Tonnes.
Anthracites 800 000
Houilles dures 1 400 000
Houilles collantes 600 000
Houilles grasses 4 000 000
Houilles maigres 3 000 000
Lignites 200 000
Le prix moyen de vente des charbons fraaçais, sur le carreau même des mines, oscille entre 10 et 12 francs la tonne. Il y a peu de différence pour chaque variété. Sur la plupart des lieux de consommation le prix est souvent triple et quadruple de ce qu'il est sur les mines, tant le coût des transports vient augmenter la valeur du combustible. Sur quelques autres points le combustible acquier, une valeur telle (00 francs la tonne et au delà) que l'emploi eu devient presque impossible.
1-e fait est sans exemple en Belgique et dans toute la firande-Bretagne. 11 donne la raison de la prééminence industrielle de ces deux pays, en démontrant clairement combien ils sont plus favorisés que le notre, non pas seulement au point de vue de la géologie houillère, mais encore pour la faillite des transports. En Angleterre, en Belgique, les canaux, les chemins de fer, les routes se croisent eu tous sens, couvrent le pays d'un immense réseau, qui resserre encore ses mailles aux abords des mines et des usines. L'Angleterre joint à tant d'avantages le développe-
ment de ses côtes, le long desquelles s'alignent les ports et les gîtes houillers, de telle façon qu'il n'est pas rare de voir le même wagon qui sort de la mine venir se vider dans les bateaux.
Le nombre des ouvriers employés sur nos mines de houille atteint à près de 100 000, et le salaire moyen de la journée de travail est de plus de 3 francs. Cette population est bonne, intelligente, bien disciplinée. Il est rare qu'elle se mette en grève. Habitué à la vie souterraine, le mineur des houillères est d'ordinaire sobre, calme, patient. Le travail des mines, contrairement à ce qu'en pense le vulgaire, n'a rien qui rappelle le travail de l'esclave; il exerce à la fois les qualités morales et physiques de l'ouvrier.
Au moral, le mineur s'habitue à l'exactitude, à l'obéissance; son intelligence est sans cesse en jeu dans la poursuite de l'œuvre à laquelle il prend part, tandis que le labeur quotidien développe toutes ses facultés corporelles. Ceux de nos houilleurs qui ont commencé jeunes le métier, plus encore que les paysans de nos campagnes, offrent de véritables types athlétiques.
L'intempérance est un vice assez rare dans celte classe de travailleurs ; le mineur rentre chez lui fatigué et s'endort. S'il fréquente le café, le cabaret, ce sont les jours de paye seulement, c'est-à-dire chaque quinzaine ou chaque mois, quelquefois aussi le dimanche, enfin le grand jour de sainte Barbe, la patronne des mineurs, encore plus que des canonniers et des marins.
Les diverses compagnies houillères veillent avec une sollicitude toute paternelle sur le sort de leurs ouvriers. Des caisses de secours ont été partout établies. Les compagnies y contribuent par des dons et les ouvriers par une foible retenue sur leur salaire quotidien, ou par le produit
des amendes auxquelles donne lieu l'infraction aux règlements en vigueur sur chaque mine. Ces caisses de secours qui fonctionnent, on peut le dire, sous la surveillance des mineurs eux-mêmes, ont permis d'accorder gratuitement à l'ouvrier malade les soins du médecin et les remèdes ; en outre, une rétribution journalière qui est moyennement d'un franc. Quand des blessures nécessitent une amputation grave, ne permettant plus aucun travail, l'ouvrier voit cette pension se continuer sa vie durant. S'il meurt dans un accident de mine, la compagnie prend soin de ses enfants, et fait également une pension à sa veuve. Enfin, on n'oublie pas non plus les ouvriers âgés ou infirmes.
La sollicitude des exploitants pour des hommes sans cesse exposés, sans cesse en péril, ne s'est pas bornée là. Dans la plupart des cas, les compagnies ont également songé aux soins de lame et de l'esprit. Elles ont fait bâtir à leurs frais des églises, et ont ouvert des écoles, qu'elles ont dotées de cours gratuits pour les enfants et les adultes des deux sexes. Les compagnies ont ainsi répondu dignement à leur mission. Le travail vient d'en bas, la lumière et l'aide d'en haut. Des secours si noblement distribués n'ont rien qui dégrade celui qui les reçoit. C'est de cette soûle façon qu'a notre époque doit s'exercer la bienfaisance, par une sorte de patronage déguisé; pas d'aumône, mais la protection la plus large, la plus libérale, l'instruction surtout, voilà ce qu'il faut garantir à l'ouvrier.
Si. descendant maintenant du coté social et philanthropique de la question, nous abordons les considérations économiques, nous y verrous qu'au point de vue de l'exploitai ion en gênerai comme au point de vue des travailleurs, la France a lieu d'ètrv satisfaite de la position qu'elle occupe dans l'industrie houillère. En 1860, les adversaires du traite de commerce avec l'Angleterre nous avaient me-
iiacés d'une complète invasion des houilles étrangères. Leurs prédictions ne se sont pas réalisées. Quoique la France, par ses frontières du Nord, soit ouverte aux houilles de la Belgique, par celles de l'Est, aux houilles des provinces Rhénanes, par ses rivages enfin aux houilles britanniques, on a vu que nos mines ont toujours fourni pour une part plus large à la consommation intérieure. En même temps, la prospérité industrielle du pays est allée toujours grandissant. Cette prospérité, que Ton peut mathématiquement mesurer par la consommation de la houille, a décuplé en quarante ans: en 1857, la France consommait dix fois plus de charbon qu'en 1817. Ainsi, tandis que notre production double environ tous les quinze ans, notre consommation suit une voie bien plus rapide, signe évident d'un essor industriel des plus remarquables.
Et si notre production n'a jamais marché au niveau de la consommation, la faute en est d'abord à la géologie, car nos mines de houille sont loin d'être aussi favorablement situées et aussi largement dotées par la nature que les mines belges, prussiennes et anglaises; la faute en est ensuite au gouvernement qui, par une très-mauvaise interprétation de la loi qui régit les mines, accable les exploitants d'entraves ; il ne fait peut-être pas nou plus tout ce qu'il doit pour faciliter les transports à la surface du pays.
Sans l'achèvement de nos voies ferrées, non pas seulement des grands réseaux, mais. des lignes de deuxième et de troisième ordre, ce qu'on nomme aujourd'hui les chemins de fer départementaux ; sans l'amélioration de nos voies navigables, fleuves, rivières ou canaux, sur lesquels il faut supprimer aussi tous les droits de péage ; sans la création de chemins vicinaux, reliant les mines perdues aux centres les plus voisins de consommation, enfin sans l'abaisse-
ment des tarifs sur toutes les voies de transport, et la diminution et même l'abolition de quelques droits d'octroi portés à des taux excessifs, une partie de notre richesse houillère restera toujours inexploitée.
Le rêve de beaucoup d'économistes, d'équilibrer notre consommation par notre production, ne sera ainsi jamais réalisé. Il est vrai que Ton est bien revenu aujourd'hui sur la portée que Ton attribuait autrefois à ces sortes de balances; car, si la France reçoit du charbon de l'étranger, elle lui adresse autre chose en échange.
N'oublions pas toutefois que, dans ces dernières années, la houille a été déclarée contrebande de guerre, et que, par conséquent, il peut y avoir intérêt pour nous, à un moment donné, à suffire de ce côté à tous nos besoins.
Si jamais une guerre européenne nous privait de l'appoint en combustible que nous tirons de l'étranger, non pas pour l'approvisionnement de notre flotte militaire, aujourd'hui partout alimentée par les houilles indigènes, mais pour celui de l'industrie privée, espérons que la France, dans un de ces élans énergiques dont elle a déjà donné tant de preuves, saurait tout à coup faire marcher de pair sa production avec sa consommation.
C'est ainsi que, lors des grandes guerres de la République, elle a su tirer à la fois de son sol le plomb, qu'elle n'exploitait plus; le salpêtre, qu'elle n'avait jamais fabriqué en grand ; la soude, pour la préparation de laquelle le procédé de Leblanc dota le pays d'une industrie nouvelle, qui fit à jamais disparaître le monopole des barillvs espagnoles.
A quelque école économique que Von appartienne, on ne peut s'empêcher de faire des vœux pour que la production houillère de la France continue à suivre sa voie ascen-
dante, et arrive enfin, s'il est possible, à équilibrer la consommation.
La houille, n'est-ce pas l'âme de toutes nos machines, de presque tous nos navires, de tous nos chemins de fer?
N'est-ce pas elle qui éclaire nos villes, qui est l'agent réducteur de tous les métaux, elle enfin qui fournit le calorique à tous les foyers, ceux de nos maisons aussi bien que ceux des plus grandes usines ?
N'est-ce pas de la houille enfin que l'on a retiré dans ces derniers temps pour la teinture les plus vives et les plus solides couleurs ?
A la fois lumière, chaleur, force, la houille est devenue la base de la prospérité et de l'importance des États.
Quelle serait en Europe la situation politique de la France, si la nature lui avait refusé le combustible minéral qu'elle a départi avec une si grande générosité à tant d'autres pays?