Du jrroc auto;, autos, soi-même, et d'tytc, op&is, vue
hollandaises, etc., tous ces pays se distinguent au premier rang par la variété et la richesse de leurs minerais métalliques.
La Grande-Bretague doit à ces nouveaux domaines souterrains, qu'elle exploite avec non moins d'empressement que ses houillères, la plus grande partie de sa puissance industrielle. Les métaux qu'elle extrait de son sol concourent aussi, comme la houille, à développer étonnamment sa puissance commerciale et maritime. La Grande-Bretagne n'a-t-elle pas les mines de cuivre et d'étain du Cornouailles, fouillées sans interruption depuis trois mille ans, et toujours productives? C'est là que les marins de Tyr et de Sidon allaient jadis charger l'étain et le cuivre, dont ils fabriquaient le bronze , qui remplaçait alors le fer. La Grande-Bretagne n'a-t-elle pas en outre des mines de plomb, de zinc, de bismuth, de nickel, d'antimoine, de manganèse, même des mines d'or? Enfin, elle a ses riches mines de fer, non moins importantes que ses houillères, et quelquefois situées dans le même gîte, avec le calcaire qui doit servir de fondant au minerai. La nature, si avare pour certaines contrées, s'est montrée pour d'autres singulièrement prodigue de ses dons : la Grande- Bretagne fournit non-seulement autant de charbon, mais encore autant de fer que tout le globe réuni.
La petite Belgique, industrieuse, active, intelligente, marche à côté de l'Angleterre pour l'abondance des minerais de fer; elle produit aussi les minerais de zinc, de plomb, de cuivre, etc.
A côté d'elle vient la Prusse, riche également en fer et en divers métaux, la Prusse qui, à l'Exposition universelle de 1867, voulut encore dans ce cas parler aux yeux, non moins que pour le charbon. Empilant les uns au-dessus des autres des cubes dorés, elle nous indiquait d'une ma-
nière palpable, à la fois la valeur, les quantités relatives et l'augmentation successive des divers produits minéraux qu'elle avait pendant un certain nombre d'années extraits de son sol. En 1 865, la valeur de tous ces produits dépassait, pour cette seule année, 180 millions de francs : mais qu'est-ce que cela à coté des chiffres que nous offre la Grande-Bretagne, dont la valeur des productions souterraines est supérieure à un milliard de francs?
La vieille Allemagne, restée classique pour l'exploitation des minerais, montrait avec une certaine complaisance, comme la Prusse, les différents échantillons de ses gîtes de fer, de cuivre, détain et d'autres métaux, qu'elle avait accompagnés de magnifiques dessins géologiques. On remarquait surtout les coupes des mines du Harz (cartes III, IV, V, XIV et XV).
Quelques pays, comme la Saxe, la Hongrie, la Bohême, brillent en Allemagne au premier rang de l'industrie minérale et peuvent aller de pair avec le Harz, le Mansfeld, qui tous deux appartiennent aujourd'hui à la Prusse : mais celle-ci est fière surtout de la Silésie, annexée par le grand Frédéric, et qu'elle nomme la perle de la monarchie prussienne, sans doute parce quelle est principalement riche en houille et en métaux.
La France est en cela bien moins favorisée que sa rivale actuelle. Les veines métalliques de notre pays, nous ne l'avons que trop répété, ne sont plus exploitées avec autant d'activité que jadis, sauf cependant celles de plomb et d'argent de Pontgibaud. Vialas, Largenticre, et toutes celles de fer. Celles-ci composent véritablement, avec la houille, la richesse minéralogique la plus importante de notre territoire. Nous avons principalement mentionné les minerais en grains du Berry et du Nivernais, et les minerais oolithiquesde Saône-et-Loire, dont l'extraction a été entreprise et
continuée avec tant de suite par le Creusot. Il y a aussi les minerais peroxydes et magnétiques des Pyrénées, dont ceux de Vicdessos dans PAriége sont les plus intéressants.
L'Espagne, dont les Pyrénées nous séparent, retrouve de l'autre côté de la chaîne des filons que nous travaillons chez nous. On connaît les fers renommés de la Biscaye et de la Catalogne. On connaît les minerais de zinc, les célèbres blendes et calamines de Santander, découvertes depuis vingt ans à peine et rivales de celles de la Vieille- Montagne, en Belgique. Mais l'Espagne nous offre aussi, dans le sud, des mines de cuivre, de manganèse, de fer, de plomb et d'argent, très-riches, très-étendues, excavées déjà par les Phéniciens et les Carthaginois. Dans l'Andalousie on montre Tharsis et le mont Salomon, et, près de Carthagène, le puits d'Annibal. Qui n'a entendu citer aussi les mines de mercure d'Almaden, près de Cordoue, fouillées dans les premiers temps de l'histoire?
Le Portugal, non moins favorisé que l'Espagne en richesses métalliques, nous présente surtout des minerais de cuivre et de plomb, frères de ceux de l'Espagne, car ils sont extraits des mêmes formations.
Si maintenant nous traversons le bassin méditerranéen, nous signalerons, en Algérie, des gisements que nous connaissons déjà. Ce sont des veines de cuivre, de plomb, d'antimoine, de mercure, de fer, dont notre colonie exploite quelques-unes et pourrait exploiter les autres avec grand bénéfice.
En Corse, en Sardaigne, dans la Péninsule Italique, abondent également les minerais de fer, et avec eux ceux de cuivre, de plomb et d'argent. Metallorum omnium fertilitate Italia nullis cedit terris, dit Pline le naturaliste : l'Italie ne le cède à aucun pays pour la fertilité des mines; et le dire de Pline est encore vrai aujourd'hui.
&t LES PIERRES.
Citons surtout, eu Toscane, Monte-Catini pour ses mi— l-« ôe cuivre, qui ont rendu leurs exploitants vingt fois rri3>ioîsdres. et le Bottino pour ses mines d'argent. N'ou- : Lîols t*&> iiou plus 1 iie d'Elbe. X île féconde en gîtes de fer rV:;.;-!?'/: <. à la description desquels nous consacrerons plus ;o:n un chapitre spécial.
Là iiiwe. la Turquie nous offrent des mines la plupart &r?4:Tres t-î q^t tes hommes n'ont plus fouillées depuis les ;ri^:«f <> Pt- rklî-5 et d'Alexandre.
Es iv^oLïîijt vers le nord de l'Europe, nous trouvons ".î S^-ôe tî la Norvège, avec leurs célèbres veines d'argent, ô. :u!rrv. de for. et celles de nickel, de zinc, de manganèse, p'.us modestes et d'une exploitation plus récente.
Le Danemark exploite des filons sinon dans son propre soi. au moins dans les glaces de ses établissements polaires. On cite les produits des mines du Groenland, dont quelques-uns. comme la cryolithe ou minerai d'aluminium, sont particuliers à ce pays fig. 58i.
La Russie est une contrée métallifère par excellence. iV/.c l".:o v. -entiers ses minerais de fer, de cuivre, de pla- :.::c ■ : .:".-: de !"• •ural tt de l'Altaï. Ses placer de l'Oural :'..;. ■• 4 >v.it presque aussi riches que ceux de la Cnlifor- :.:e et de l'Austîa'.ie. N'oublions pas les produits d'une nature, d'unr qualité exceptionnelle, les minerais de graphite île Sibérie, dmit on fait aujourd'hui presque tous les i Tavuns. ot dmit M. Alibert a promené partout les magnitiijius tivphce*. Le graphite est du carbone pur mêlé d'un peu de fer. l'.e n'est un minerai métallique que pour 1 éclat de là le nom de plombagine ou mine de plomb qu'on lui a aussi donne' : c'est un combustible pour la composition, et sous ce rapport il se rapproche étonnamment de certaines houilles très-dures, les anthracites. Pour les industriels, le graphite n'est ni un minerai, ni un combustible,
c'est la mine dont on fabrique les crayons. On peut à ce petit métier devenir millionnaire et gagner toutes les croix de l'Europe, comme Ta prouvé un Français, M. Àlibert, naguère barbier dans une ville du midi.
Faut-il maintenant passer d'Asie en Amérique, et saluer, dans l'Amérique septentrionale, d'abord les minerais d'or, de mercure, de cuivre de la Californie, et les riches minerais d'argent de la Nevada, puis les minerais de cuivre, de plomb, d'argent et d'or du Colorado dans les Montagnes- Rocheuses ? Là le géologue trouve non-seulement les plus riches veines métalliques, mais encore, au pied même des montagnes, des paysages étranges, comme ceux de Monument-Creek et Monument~Park (fig. 60 et 61). Nous reviendrons sur ces mines dans un chapitre spécial : il faut bien s'occuper un peu en détail de l'autre monde, et ne pas tout réserver à celui-ci.
Nommerons-nous encore les fameux cuivres du lac Supérieur, et ceux du Canada, où il y a aussi des minerais de fer et d'or ; parlerons-nous enfin du beau minerai de fer de Pensylvanie, le banc noir ou black-bandy qui se trouve au milieu même du charbon comme le minerai des houillères de la Grande-Bretagne ? Citerons-nous toutes ces richesses, et procéderons-nous aussi au dénombrement de toutes celles de l'Amérique espagnole, celles de l'île de Cuba (carte VI), celles du Pérou, de la Bolivie, du Chili, de la province Argentine, du Brésil, de l'Amérique centrale, du Mexique? Mais les richesses minérales de ces contrées privilégiées sont présentes à l'esprit de chacun.
Il est seulement fâcheux que bien des mines, jadis prospères dans l'Amérique ibérienne, soient aujourd'hui inexploitées, et que tel gîte du Pérou ou de la Bolivie, dans lequel les Espagnols de la conquête pesaient les lingots d'argent à la romaine, soit maintenant abandonné. Les
galeries sont éboulées, inondées ; on les trou Te peut-être trop profondes. Que les Hispano- Américains reviennent là-dessus aux saines traditions, qu'ils se réveillent d'un sommeil séculaire, qu'ils reprennent l'active exploitation de leurs mines. La Bolivie, avant la guerre de l'Indépendance (Humboldt en a fait le calcul), avait fourni à l'Espagne, en lingots d'argent, une valeur de sir milliards de francs. Est-elle devenue tout à fait stérile? Non certes; mais pour briller encore de l'éclat du passé, il faut Tordre, le calme, compagnons inséparables d'un travail productif. Que le Pérou, la Bolivie, le Mexique, l'Amérique centrale et équatoriale, où trop d'insurrections ont lieu, reviennent une bonne fois aux travaux pacifiques de l'industrie; qu'elles imitent là-dessus l'exemple du Brésil et du Chili, qui doivent à l'exploitation régulière de leurs mines une partie de leur puissance politique et de leurs relations, commerciales.
Le Chili, depuis quelques années, produit à lui seul la moitié du cuivre consommé dans le monde. A cette exploitation souterraine, à laquelle se mêlent celle des mines d'argent, puis les travaux de l'agriculture, car tout se tient, le Chili doit le bon état de ses finances et l'extension de sa marine. L'ouvrier y est occupé, content, assuré d'un salaire quotidien, et fuit ainsi les rébellions.
Nous finirons par l'Australie , et la partie du monde asiatique et africain dont nous n'avons pas encore parlé, cette revue rapide des richesses métalliques du globe.
En Australie, ce sont surtout les minerais d'or et de cuivre qui attirent notre attention. Les mines de cuivre de la péninsule d'York, dans l'Australie méridionale, sont les plus renommées (carte XI, 2).
Pans les colonies hollandaises et à Bornéo, nous pour-
rions signaler les minerais d'étain et d'antimoine, qui font une concurrence très-sérieuse à ceux d'Europe.
La Chine, le Japon continuent à nous fermer leurs portes, au moins en matière de mines, et nous connaissons à peine, par quelques échantillons, leurs minerais de fer, de cuivre, de plomb, d'antimoine et d'or.
En Arabie, on montre des minerais et des scories de cuivre, gisant aux flancs du Sinaï, et foulés peut-être jadis par le pied de Moïse. Sur la côte du Gabon (Afrique occidentale), des minerais de cuivre à l'état de malachite (planche 1, 4) et des minerais de fer. Il y a dans toute cette partie de l'Afrique de grandes richesses souterraines que les voyageurs se sont maintes fois plu à signaler, et que Ton retrouve jusque dans les colonies anglaises au sud de ce grand continent, au Cap et à Natal.
Résumant nos différentes observations sur les minerais métalliques, nous voyons que des gîtes exploités depuis les premiers temps de l'histoire, ceux du Cornouailles, de l'Italie, de l'Espagne, etc., sont encore féconds aujourd'hui. Il n'y a donc pas à craindre ici un épuisement prochain des veines comme pour les mines de houille. D'autre part, il nous faut reconnaître dans les minerais métalliques, surtout ceux de cuivre, d'étain et de fer, les premiers éléments de la civilisation, quand l'homme, abandonnant la pierre brute ou polie dont il avait fait jusqu'alors ses armes et ses outils (fig. 10, 11 et 12), et soumettant les minerais au feu, en tira d'abord le bronze, puis le fer, et que naquirent l'industrie et les arts. On peut dire à bon droit que les minerais métalliques sont les plus glorieux représentants du monde souterrain, car sans eux aucun avancement, aucun progrès matériel n'eût jamais été possible.
sont ceux qui peuvent se tailler en grandes masses et surtout se polir, tels que le granit, le porphyre, le marbre, l'albâtre (planches II et III) ; les matériaux proprement dits, qui s'emploient bruts à l'état naturel, tels que la pierre de taille, le moellon, l'ardoise ; enfin les matériaux artificiels, qui ont subi une préparation, comme la chaux, le ciment, le plâtre, l'argile moulée et cuite, à l'état de briques, tuiles, etc. Il n'entre pas dans notre pensée d'insister plus longtemps sur ce sujet, ni de faire ici une leçon d'architecture ; mais il était nécessaire d'établir dès le début une classification, pour promener plus facilement le lecteur à travers les différentes formes que la pierre à bâtir affecte et que nous venons d'indiquer.
Salut d'abord au marbre , à l'albâtre , au porphyre, au granit, et à toutes les autres roches dures, siliceuses, le basalte, le trachyte, qui peuvent se tailler en statues ou en bustes, en baignoires, en colonnes ou en pyramides. Les anciens, nos maîtres en l'art de bâtir comme en tant d'autres, avaient de bonne heure su dompter toutes les pierres décoratives, même les plus dures, comme le porphyre, et nul n'ignore l'usage heureux qu'ils en faisaient dans toutes leurs constructions, publiques ou privées. L'art de tailler et de polir le porphyre, perdu après l'invasion barbare, ne fut retrouvé qu'au quatorzième siècle, sous les premiers Médicis, par le Florentin Peruzzi ; de cette époque aussi date à Florence l'invention de la mosaïque , ce qu'on nomme si bien là-bas le travail des pierres dures. Mais que nous sommes loin encore des anciens, surtout aujourd'hui, dans l'emploi de ces pierres. Là-dessus nonseulement les Grecs et les Romains, mais encore les Assyriens, les Égyptiens , les Étrusques eux-mêmes nous dépassent de cent coudées.
Le granit, le porphyre, le basalte, les roches les plus
résistantes, celles que n'entame que l'acier le plus dur. ont été fouillés par tous ces peuples avec une ardeur sans exemple, et c'est des débris de ces pierres monumentales qu'après quatre et cinq mille ans se parent aujourd'hui les places des plus grandes capitales, Rome, Paris ou Loudres, et tous les musées de l'univers.
Il est vrai que le gisement de la pierre fait un peu l'architecture d'un pays. En Egypte, pays de granit, on ne pouvait bâtir comme en Grèce, pays de marbre ; à Rome, où git la pouzzolane et le tuf ou travertin facile à tailler , devaient être trouvés le mortier indestructible, le ciment romain, et les moellons découpés en berceau qui forment la voûte, tandis que les Grecs avaient naturellement rencontré dans les assises si solides de leurs calcaires, le pilier et la colonne, la plate-bande et le fronton.
Encore de nos jours si Gênes est une ville de marbre, elle le doit aux montagnes voisines de Carrare. Paris est bâti de pierres de taille et de moellons qu'il emprunte à ses carrières, tandis que Londres, qui repose sur l'argile, n'est qu'une ville de briques.
Nous avons nommé l'Egypte, la Grèce, l'Italie. Ce sont encore les pays qui brillent au premier rang dans l'exploitation des pierres décoratives. L'Egypte possède l'albâtre, le basalte, le granit 'planche III, 1), le porphyre (planche III, ;ï et i . mais n'en fait plus des statues ou des obélisques, comme au temps des Pharaons, où Ton travaillait en pleine matière. IV même si l'on admire toujours en Grèce le marbre de rares, à la structure lamelleuse, aux tons translucides, on songe involontairement que le ciseau d'aucun Phidias ne donne plus la vie à cette roche, et que nul architecte, émule dïetinus. ne bâtit plus avec elle de Par-
thénon.
Les pierres volcaniques des Cyclades nous rappellent
que la Grèce est restée le pays de Pluton, et que les forces souterraines, continuant leur action lente dans l'Archipel, y élèvent peu à peu des îles qui surgissent au-dessus de Tonde, comme au temps de Thaïes. Nous employons, pour bâtir nos demeures, les mêmes matériaux dont se sert la nature pour édifier le globe.
Si les carrières de Paros sont restées inexploitées, on ne saurait en dire autant de celles de Carrare, dont l'Italie envoie partout les plus volumineux échantillons. L'Italie est le pays du marbre, et du nord au sud de la Péninsule, les Alpes, les Apennins, la chaîne littorale en renferment toutes les variétés. Ici le jaune antique ou de Sienne (planche II, 1), et l'albâtre veiné de Volterre, là le marbre ruiniforme de Florence, qui, poli, imite des paysages semés de ruines (planche II, 5), ou le cipolin (planche II, 6) dont les zones rappellent celles d'un oignon coupé (cipolla) ; puis le porter de la Spezzia, aux tons noirs et dorés (planche II, 7), le vert de Gênes ou de mer (planche III, 7), et le rouge de la rivière du Levant (planche III, 8), tous trois exploités dans la même montagne; enfin cent autres espèces, aux noms bien connus des artistes, et dont la plupart sont fouillées depuis plus de vingt siècles.
Bien des pays extraient aujourd'hui des marbres ; mais tous pâlissent devant la péninsule italienne, surtout devant les exploitations de Carrare et de Seravezza. Celles-ci alimentent le monde entier; le marbre statuaire, les plus beaux marbres d'ornement viennent de là. Une partie des colonnes du nouvel Opéra de Paris sont en brèche violette de Seravezza (planche II, 3). Qui ne connaît aussi les beaux marbres fleuris de la même localité ? Mais ce peu de mots ne suffisent pas pour donner une idée de l'importance des marbres italiens. Les marbres occupent une place éminente parmi les pierres, et nous consacrerons plus loin à la des-
cription des carrières de Carrare et de Seravezza une étude spéciale.
Nous avons dit que d'autres contrées que l'Italie avaient des carrières plus ou moins productives. Ainsi nos Pyrénées sont riches en marbres blancs et de couleur; Y Angleterre taille ses granits et ses serpentines; la Suède et la Norvège, ainsi que la Russie, ont des granits et des porphyres: la Prusse et l'Allemagne, des marbres colorés et des granits: il en est de même de l'Espagne et du Portugal; enfin l'Algérie, si ses marbres blancs de Filfilah ne sont plus activement exploités depuis les Romains, travaille aujourd'hui le marbre onyx (pi. II, 2), dont elle a repris le monopole, et qui a étonné pour la première fois le monde industriel à l'Exposition universelle de 1855 à Paris. Depuis, l'onyx a fourni une belle carrière, et il joue, dans la décoration des édifices, le même rôle que le bois de thuya (que l'Algérie aussi cultive seule) dans l'ornementation du mobilier.
Le monde européen, y compris notre colonie algérienne, concourt donc pour une part bien évidente dans l 'extraction des pierres d'ornement. Toutefois il est juste de mentionner aussi les colonies anglaises, principalement le Canada, l'Inde et l'Australie ; mais les républiques hispanoaméricaines sont pauvres de ces matières ou les ont jusqu'ici fort peu exploitées. La pierre n'y est pas en honneur, et Ton v bâtit volontiers des maisons en adobe, c'est-àdire en lattes et en boue, sans doute pour courir moins de dangers au milieu des tremblements de terre.
A coté des matériaux d'ornement, se placent les matériaux de construction proprement dits : le calcaire, le <»rès, dont on fait surtout des pierres de taille et des moellons, l'ardoise, qui s'applique essentiellement aux dallages et aux couvertures de toits. N'oublions pas que ce
sont là les plus humbles des pierres, mais les plus utiles, car elles servent à édifier la maisonnette du paysan aussi bien que les plus somptueuses demeures. Ce sont en outre ces pierres, et celles dont nous avons précédemment parlé qui forment le noyau de toutes nos montagnes, composent le relief des continents, et ont donné aux pays, dont elles sont pour ainsi dire la charpente, des allures caractéristiques.
Non-seulement de la pierre dépend le style des édifices, mais aussi le caractère général d'une population. A Carrare, à Volterre, grâce au marbre et à l'albâtre, tout le monde naît sculpteur. En pays de plaines on ne pense pas, on n'agit pas comme en pays de montagnes. Les roches granitiques, porphyriques, siliceuses exercent sur l'homme, au moral comme au physique, une autre influence que les roches calcaires, argileuses, marneuses. En France, pour ne pas aller chercher d'autres exemples, le Breton, l'Auvergnat doivent au milieu qui les entoure une partie de leurs traits distinctifs, et les différences profondes qui les séparent des Provençaux, des Gascons. La délimitation des anciennes provinces de la France s'était inspirée, sans le savoir, de ces caractères géologiques.
Notons un dernier trait : c'est du détritus des roches en place qu'est formée la terre végétale, dont les cultures varient suivant la composition chimique du sol, et par conséquent d'après les roches qui lui ont donné naissance ; c'est sur les détritus de ces mêmes roches qu'en pays de montagnes poussent les forêts, dont les essences ne sont pas seulement variables avec les altitudes et les climats, mais aussi avec la nature du terrain qui les porte.
Tel est le rôle que jouent ici-bas les pierres proprement dites, rôle que l'on n'aperçoit pas d'abord, mais qu'un peu de réflexion et d'étude suffit pour faire découvrir.
Les matériaux artificiels, dont il nous reste à parler, sont loin d'avoir pour le philosophe l'importance des matériaux naturels; cependant l'architecte ne nous pardonnerait pas de les avoir oubliés. La chaux, que l'on tire du calcaire, et qui forme avec le sable l'élément du mortier; le plâtre, que l'on fabrique avec le gypse ; l'argile moulée et cuite à l'état de tuiles, de carreaux, de briques pleines ou creuses, et de tuyaux ou poteries, que depuis quelques années on emploie avec tant d'abondance dans les constructions ou le drainage; l'asphalte que l'on extrait des calcaires bitumineux, comme le faisaient jadis les architectes de INinive et de Babylone, et qui sert à daller et macadamiser nos rues et nos trottoirs avec non moins d'avantage que le grès, le granit, le porphyre, le basalte, tous successivement vaincus par le charroi parisien; enfin, le béton et quelques silicates dont ou a préservé la pierre exposée à l'air ou qu'où a moulés en briques et même en statues, tous ces produits apparaissent en rangs serrés au nombre des matériaux dout il est question.
Parmi les chaux, n'oublions pas les chaux hydrauliques et les ciments artificiels, dont la découverte éternisera te nom d'un de nos ingénieurs les plus distingués, M. Yieul. qui, ce jour-là, a détrôné le ciment romain.
Si cette découverte est venue jusqu'aux oreilles des maçons de L'ancienne Rome, dans la demeure élyséenne où ils contiuueut sans doute à bâtir et à dresser des projets et des devis, ils ont dû être bien étonnés, eux qui ne pouvaient avoir de mortier hydraulique qu'avec les sables volcaniques de Pouzzoles ou des Catacombes.
Rien de petit en ce monde, où les humbles tiennent souvent autant de place que les grands. Nous venons de le voir par l'étude des matériaux de constructiou, et dans cette étude nous avons voulu saisir l'ensemble plutôt t
les détails, car il convenait de tirer un enseignement d'un sujet qui paraît au premier abord aussi commun qu'abstrait.
Le rôle des gemmes. — Taille des diamants. — Les diamants historiques. — Les pierres fines naturelles. — Les pierres artificielles. — Le laboratoire des savants et celui de la nature. — Ce que disent les gemmes.
Un chroniqueur, fort au courant des choses de l'Exposition universelle de 1867, prétendait que le premier cri que jetaient les dames en entrant dans le palais du Champ de Mars était celui-ci : <c Oxï sont les bijoux? » Cette demande, le lecteur qui a bien voulu suivre jusqu'ici la série de ces études consacrées aux produits du sous-sol, pourrait nous l'adresser à nous-mêmes sous une autre forme : « Où sont donc les pierres précieuses? »
Il est temps de parler de ces reines du monde minéral, que nous eussions mises en tête de ces chapitres s'il ne s'était agi que de donner la palme à la beauté, à la couleur, à l'éclat. Mais il faut bien avoir égard, dans un livre sur les pierres, à l'importance économique des produits, et, à ce point de vue, toutes les substances dont nous ayons déjà parlé, le charbon, les minerais métalliques, les pierres communes, ont le pas sur les pierres précieuses.
C'est par milliards que se compte annuellement la valeur des premières, c'est à quelques dizaines de millions à peine qu'on estime le prix des gemmes arrachées chaque
année aux entrailles du sol. Paris, pour sa reconstruction, pour ses embellissements, consomme une valeur plus grande de pierres à bâtir que toutes les princesses de l'univers, toutes les femmes du monde élégant n'emploient de diamants, de rubis et d'émeraudes pour rendre lei toilette plus belle et leurs ultraits plus séduisants
Ce n'est pas que les pierres précieuses ne jouent au: un autre rôle que celui de subvenir aux besoins du luxe et à ce désir effréné de paraître et de briller qui caractérise surtout l'espèce féminine; les pierres précieuse courent ou ont concouru pour une part très-granâB l'avancement de tous les arts décoratifs, elles sent de [dus venues en aide à la cristallographie, la minéralogie, Politique, la chimie. Artistes et savants leur sont donc é( ment redevables, et sous ce double rapport elles ma d'occuper une très-grande place dans l'examen des stances souterraines.
Le diamant a toujours été et sera toujours la plus bell la plus chère de toutes les gemmes, celle par laquelle importe de commencer.
Les expositions universelles offrent entre autres av ges celui de permettre aux visiteurs de passer en re les produits du globe. C'est à ces expositions qu'il faut tout étudier les diamants. Ou se rappelle l'exhibition diamants de la couronne à Paris, en 1855. Ils étaient sents à l'exposition de 1867: mais en retour, un sinipl particulier, M. Coster, d'Amsterdam, avec un soin qui diquait l'homme rompu à tous les détails du métier, étal une exhibition princière, et nous initiait à Ions Les de sou commerce. Ici il nous montrait un dessin l'ait d'i pris nature de l'exploitation de placers diamantifèn (fig. 02), et à côté les sables et les casvalfms (sortes cailloux agglutinés) au milieu desquels on trouve le <li
mant au Brésil. La véritable gangue, c'est-à-dire la roche en place où se cache l'incomparable gemme, est encore inconnue des géologues et des chercheurs.
Plus loin, on voyait le bort l ou diamant concrétionné, inachevé, de couleur indécise, aux formes arrondies, et qui ne sert guère qu'à polir le diamant du commerce ; puis le carbone ou diamant noir, qui est employé aux mêmes usages, et qui sert aussi, encastré à l'extrémité de fleurets ou burins d'acier, à forer les roches les plus dures, telles que le granit et le porphyre, que le mineur, armé des moyens ordinaires, aurait peine à entailler.
Venait ensuite le diamant cristallisé , aux formes pointues, pyramidales ou dodécaédriques , quelquefois sphériques, le vrai diamant, limpide, étincelant, le plus souvent incolore, mais encore brut, non poli par la main de l'homme. On le prendrait pour un éclat de verre, et d'autres fois pour un caillou de quartz, tant la patine qui le recouvre est terne et épaisse. La dureté prévient toute méprise : le diamant raye toutes les pierres, tous les corps, et ne se laisse rayer par aucun.
Cette propriété du diamant est précisément celle qu'on a mise à profit pour le travailler. La taille comprend trois opérations. On procède d'abord au clivage. Un ouvrier très-exercé commence par diviser au moyen d'une lame d'acier les cristaux naturels suivant leurs facettes géométriques.
Après cette opération, vient celle de Yégrisage, qui consiste à user l'un contre l'autre deux cristaux déjà clivés. L'ouvrier, les mains munies de gros gants de peau de chamois, tient les diamants au bout de deux poignées
1. On écrit aussi boort, bord ou bore. Quelle peut être la bonne orthographe? car c'est là sans doute une expression empruntée aux ouvriers qui extrayent ou travaillent le diamant.
et les frotte incessamment. C'est, dit-on, l'une des manœuvres les plus fatigantes qui se puissent voir. La poussière qui résulte de l'usure est précieusement recueillie. On la nomme (-grisée; elle sert dans la dernière opération, celle du polissage.
Sur une meule horizontale ou plaie-forme d'acier, niée de plusieurs milliers de tours à la minute, deux mille cinq cents et plus, si bien qu'on la croirait immobile, l'ouvrier lient le diaman' " moyen de rondelles de plomb qui pèsent sur une poignée où est enchâssée la gemme. La meule est enduite d'égrisée ou de poussière de Carbone imbibée d'huile vierge, et de temps en temps l'ouvrier examine la pierre pour juger de l'effet produit et changer, s'il y a lieu, la facette à 3 *. Pour mieux voir, il trempe la gemme dnus l'eau. 1 ?ffet du frottement énergique qui vient d'agir sur elle, lierre est si chaude, que l*i s'évapore au contact.
Il faut suivre, dans la taillerie de M. Coster, à Amsterdam, les détails de ces trois opérations du clivage, de l'égrisage et polissage, que nous ne pouvons ici qu'effleurer. La taille du diamant appartient aujourd'hui presque entièrement ù la Hollaude, et à voir les diamantaires que nous montrait M. Coster en 1867, à les entendre parler, ou devinait des Israélites néerlandais.
Eu eux résident désormais tous les tours de mains, ton? tes secrets de cette fabrication que la France a la première imaginée, ou du moins notablement perfectionnée, sous Maiariu. et qu'elle a presque totalement perdue depuis, avec beaucoup d'autres industries. Dans ces dernières années* on a essayé de dire revivre à Paris l'art de tailler le diamant. M. Bernard est à la tête d'une taillerie qu'il a décorée du nom d'impériale, mais qui ne travaille pas tous les jours.
belle ani-