LES DIAMANTS HISTORIQUES
LES PlKRTtES
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Dans ce même palais du Champ de Mars, aujourd'hui si malheureusement disparu, et où nous nous promenions tout à l'heure en idée, un minéralogiste de Londres, M. J. Gregory, exposait en 1867 nombre d'échantillons naturellement cristallisés des différentes gemmes, le fac-similé des diamants les plus célèbres, puis quelques pierres imitées. Là trônait le fameux Régent (planche IV, 2), le plus beau fleuron de la couronne de France, bien mieux, le premier, le plus apprécié, sinon le plus gros de tous les diamants; puis le Koh-i-noor, ou la montagne de lumière, joyau de la couronne britannique, qui l'a fait tailler (planche IV, 8 et 10), et Y Étoile du sud (planche IV, 4), découverte par une négresse au Brésil en 1853, et que MM. Halphen, qui s'en étaient rendus acquéreurs, exhibèrent victorieusement à l'exposition de 1855. Ils l'ont taillée depuis, mais ne nous ont point dit encore ce qu'ils en ont fait, ni quelle tête couronnée l'a acquise.
A côté était le Mattam, qui a la forme d'une poire lisse, et appartient au radjah de Mattam, à Bornéo; puis le Grand Mogol, qui ressemble à un œuf de dinde coupé transversalement par le milieu et taillé (planche IV, 1), puis le Grand-Duc de Toscane et le Sancy (planche IV, 3 et 6), perdus l'un après l'autre par Charles le Téméraire à Granson et à Morat, et passés depuis par bien des mains, au milieu de péripéties qui tiennent du roman.
Après venait le Shah, à la forme prismatique, abandonné par le shah de Perse dans une bataille avec la Russie et resté au pouvoir du czar vainqueur; et avec le Shah r Or loff et V Étoile polaire, qui pourraient raconter aussi leurs aventures : l'Orloff, du moins, volé dans l'Inde au siècle dernier par un grenadier français sur une idole de Brahmah.
Ce n'était pas tout. On admirait encore le Pigott, qui
appartient aujourd'hui au pacha d'Egypte ; le Arassac, au marquis de Westminster; et V Impératrice Eugénie, a l'impératrice des Français.
Enfin ceux qui préféraient les diamants de couleur parce qu'ils sont plus rares, jetaient les yeux sur le diamant bleu de M. Hope (planche IV, 9), sur le Florentine (planche IV, 5), qui est d'un jaune verdàtre et qui appartient à l'Autriche, et sur le Green-f'aultsP (planche ÏV, 7) qui est vert-émeraude et que l'on voit à Dresde.
Ne quittons pas la vitrine de M. Gregory sans parler des ruhis et des saphirs (planche V, 2 et 3), des émeraudes et des topazes (planche V, 5 et 8), des turquoises, des opales et des grenats (planche V, 6), des améthystes, des chrysoprases, des tourmalines, du cristal de roche limpide, du péridot (planche V, 4, 7, 9, 10 et H), puis des malachites, des jaspes, des agates (planche VI, 8), des fluorines, des épidotos (plauche VI, i, 2 et 3), des micas violets ou lépidolites, des calcaires cristallisés aux pointements en pyramides (planche VI, 4 et 6), des lapis, de l'ambre jaune, du jais, de lamarcassite, etc., etc.
Le joaillier londonien nous montrait toutes ces pierres naturelles, parfaitement authentiques, sans parler de nombre de cristaux de diamant brut, du Brésil ou de l'Inde. Il exposait tout cela avec la satisfaction du savant et du connaisseur. Sa vitrine résumait toute la minéralogie des gemmes, des beaux échantillons naturels qui s'en rapprochent, et, à ce point de vue, il eût bien fait d'écarter les pierres factices.
Les malachites de l'Oural sont renommées. Quand elles sont pures et formées de zones concentriques, elles rentrent dans la catégorie des pierres précieuses. M. P. DemidolT en exposait en 1867 un bloc qui pesait au delà de 2000 kilogrammes et qu'on estimait 75 000 fr. : c'est pour
rien. Avant qu'on eût mis la pancarte, nous avons entendu des visiteurs évaluer le prix de la pierre au triple. Il est vrai que, simples amateurs, ils ne l'eussent achetée ni à ce prix ni au-dessous.
Avec la malachite de l'Oural, nous devons citer aussi les opales de Hongrie, exposées en 1867, sous une vitrine spéciale, par l'Autriche. C'étaient les plus grosses opales du monde, comme disait l'inscription ; puis venaient les grenats de Bohême qu'on avait mis à côté, et qui n'ont qu'un tort, c'est d'être trop communs et trop facilement imitables.
Le Mexique, l'Amérique centrale eussent pu nous présenter de plus belles opales que celles de Hongrie, nous les cherchâmes vainement, aussi bien que les topazes et les améthystes du Brésil, qui peut-être n'arrivèrent que plus tard.
La Nouvelle-Grenade exhibait au moins ses incomparables émeraudes, dont un superbe trophée avait été artificiellement monté dans la gangue au milieu même des galeries françaises.
La province Argentine nous offrait à son tour de magnifiques géodes d'améthystes. Emballées sans soin, elles arrivèrent malheureusement avec quelques blessures.
Le Chili n'avait pas oublié ses lapis, qui, il est vrai, ne sauraient faire concurrence à ceux de Sibérie et de l'Asie centrale, surtout ceux de la Petite-Boukharie.
La Californie avait négligé de nous faire voir les diamants et les autres pierres fines qu'elle trouve aujourd'hui dans ses placers, là où naguère elle ne daignait chercher que les paillettes d'or; l'Australie, au contraire, avait étalé toutes ses gemmes; elle avait tenu à nous montrer que les placers aurifères et gemmifères ne composent qu'un même gisement géologique, et que le plus pré-
cieux des métaux va volontiers de compagnie 'avec les plus précieuses des pierres.
11 faut borner là notre course et signaler en finissant l'ambra mielleux, transparent de la Baltique, et celui do la Chine et du Japon, le jais d'Angleterre, enfin les perles et le corail, car toutes ces substances fout aussi partie des pierres qu'emploie la joaillerie, pierres qu'on uommr. suivant les cas, dures, fines ou précieuses.
Terminons par un mot sur les gemmes factices qu'on fabrique si bien aujourd'hui. Le minéral naturel est imité dans sa couleur, son éclat, sa transparence; il n'y a que la dureté qui manque; la composition chimique n'est pas non plus la même. N'oublions pas toutefois que, telles lies sont, ces pierres artificielles composent le bijou, le joyau du pauvre, et que plus d'une villageoise et d'une grisette s'en parent avec autant de joie que si elles étaient vraies. L'effet produit n'est-il pas à peu près identique?
Les savants, en essayant de leur côté d'imiter les pierres précieuses, et de les imiter de tous points, eu respectant la composition chimique, ont tenté un des problèmes les plus délicats imposés au génie humain. Beaucoup ont réussi; mais les spécimens iabriqués sont restés, il faut le dire, microscopiques. Le diamant, le rubis, le saphir, l'améthyste, le cristal de roche, sont un jour ainsi apparus aux yeux étonnés des Desprez, des Gaudin, des Daubrée, des Sainte-Claire Deville, et d'autres chimistes non moins illustres, honneur de l'école française, car c'est surtout la France qui s'est distinguée dans ces patientes et industrieuses recherches.
Là s'est jusqu'à présent bornée la découverte. La nature n'a livré qu'une partie de ses secrets : avec un peu de carbone, d'alumine, d'argile colorée, avec un peu de silice, elle a fait, dans son laboratoire à elle, le diamant, le rubis,